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La Médiathèque et les Halles créent les « Explosives »….

 

Pour mieux ouvrir notre fabuleux patrimoine aux défis de la société actuelle, pour stimuler les liens entre nos centres de prêt, les publics et les   lieux de vie musicale, pour mieux défendre tous les créateurs sans qui la diversité est un leurre, nous nous engageons dans la création d'un cycle d'événements live.
Seul, nous ne le pouvions pas, c'est grâce au partenariat avec les Halles de Scharbeeck que nous pouvons concrétiser ce nouvel engagement en mars 2005…
Espérant en faire un rendez-vous récurrent et décentralisé.
Cela se passe à Bruxelles, mais cela concerne tous les habitués de la Médiathèque, quel que soit le centre qu'ils fréquentent…

 

Ce sera 5 rencontres aux dates rapprochées, une forme festival. 5 rencontres emballées dans une thématique qui nous permettra de communiquer sur le fond, sur notre métier, sur les musiques en général, sur la société et la culture… tout ça à travers des moments de plaisirs musicaux !

 

Le thème  :

  • Le thème retenu est… le cerveau  !
  • Un rapprochement audacieux entre neuroscienses et consommations culturelles , pour relancer la réflexion sur le rôle du culturel dans notre société, tout en profitant de concerts surprenants.

 

Pourquoi le cerveau !?

 

Parce que depuis quelques décennies, l'exploration du cerveau vit des révolutions passionnantes et que leur impact n'est pas assez visible au quotidien.
Parce qu'il est par excellence l'organe de la connaissance, des interactions avec l'autre , et que nous oeuvrons précisément pour une société de la connaissance.
Parce qu'il est le lieu intime où intellect et émotions fusionnent.
Il est l'organe de tous les possibles, de l'avenir à construire.

Parce qu'enfin, quotidiennement, aux comptoirs des médiathèques, là où nous cherchons avec vous à stimuler la curiosité, l'envie de découvrir autre chose, de s'intéresser aux musiques émergentes, nous dialoguons avec/contre/ à propos de comportements de consommation culturelle, déterminés en amont par l'activité cérébrale. Et nous nous rendons compte que la culture non-marchande a beaucoup moins de poids que la culture marchande pour agir en amont, via le cerveau, sur le façonnement de ces comportements culturels… Un déséquilibre s'installe.

Donc, le cerveau parce que nous identifions des enjeux importants, qui nous touchent de près dans la question «  que faire de notre cerveau ?  »…
Pour repérer une part de ces enjeux, traçons un rapide topo de la question…

 

Pour jouir de notre plasticité


A.
On naît avec un cerveau de cerveau qui pèse pas lourd.

- Suit une première phase de formation qui dure 15 ans. C'est la mise en place de toutes les connexions.

Cette première phase est fortement déterminée génétiquement, avec une base commune à tout le monde.

- Il y a une deuxième phase de modelage des connexions . Le cerveau commence à se sculpter. Il met à mort des connexions inutiles. Il compense en développant d'autres types de connexion.

- « Il y a en quelque sorte un art plastique du cerveau. Il sculpte progressivement la forme définitive du système en ajustant les fibres nerveuses à leurs cibles ». (Catherine Malabou)

- Le modelage du cerveau est peu à peu celui que notre activité imprime aux connexions. D'où l'importance du milieu, des interactions avec l'extérieur, avec les autres, les influences de l'environnement sociales et culturelles…

 

Ces deux premières phases correspondent à la plasticité de formation.      

 

B. C'est pas tout… il y a une plasticité de modulation.

 - Selon les activités, les stimulations, le cerveau modifie, ajuste en permanence ses connexions. Il peut en abandonner et en créer d'autres selon les besoins, tout le temps.

- Il y a un remaniement permanent de la morphologie neuronale.

 

C. Et enfin… la plasticité de réparation

- Pour faire face à toute perte et déficience, lésions et autres accidents, le cerveau essaie toujours de se réparer. De trouver des solutions. De contourner l'obstacle. Même en cas de lésions graves, il essaiera de se réparer… de réorganiser la fonction atteinte.

 

« L'art plastique du cerveau donne naissance à une statue susceptible de se réparer elle-même. » (Catherine Malabou)

« Si le cerveau st en quelque sorte un organe qui se cultive, quelle culture lui correspond-elle, quel monde, quelle société ? » (Catherine Malabou)

 

Qu'est-ce qua ça change ?

 

Le terme le plus en vue est celui de « plasticité », c'est le terme scientifique derrière lequel on peut identifier toutes les nouvelles connaissances sur le cerveau.
Jusqu'ici, et encore de manière très présente dans l'imaginaire collectif, le cerveau est une machine, un ordinateur central rigide qui entame son déclin très tôt. ( « à partir de sa 25 ème année, chaque individu perd plusieurs millions de neurones par semaine ».)
On ne savait pas avant combien le cerveau continue à se transformer, à se modeler, à se créer…

 

Toutes les connaissances actuelles sur le cerveau, même si la vulgarisation se développe, restent pour l'essentiel confiné à la sphère des spécialistes. Il y a eu en été, un dossier spécial de « Courrier International » sur l'évolution du cerveau chez les adolescents. Le Soir, toujours en été, a traité la même information… Ce sont quelques exemples d'informations qui se diffusent dans la sphère grand public. Ca reste insuffisant pour vraiment changer la perception, à un plus large niveau social, des enjeux liés au fonctionnement du cerveau. Une conscience collective de cette plasticité cérébrale ne pourrait-elle influer sur le devenir politique, économique et culturelle de notre planète ?

 

Et la flexibilité ?

 

Curieusement, il y a un aspect de la plasticité cérébrale qui est très connue : c'est la flexibilité ! Flexibilité de l'horaire, flexibilité de l'emploi … toutes choses qui ont besoin de s'appuyer sur la flexibilité du dispositif cérébral… !
Mais la flexibilité se limite à la réception de la forme.
La flexibilité c'est le côté passif de la plasticité.
« Etre flexible, c'est recevoir la forme et l'empreinte, pouvoir se plier, prendre le pli, non le donner. Etre docile, non exploser. » ( Pourquoi le terme « exploser » ? Parce que quand les scientifiques décrivent le processus de nouvelles connexions – ce qui implique de nouvelles connaissances, de nouvelles mémoires – ils utilisent volontiers les métaphores du plasticage !)

Le cerveau entre marchand et non-marchand…

 

Comme dit Catherine Malabou, « nous faisons, à bien des égards, notre cerveau ; il est notre œuvre, façonnée toute une vie dans l'expérience intime du dehors. »

Et on ne le sait pas assez. On ne le dit pas assez, on ne l'explique pas assez.

 

« N'oublions pas que la question « que faire de notre cerveau ? » est une question pour tout le monde, qu'elle cherche à faire naître chez tous le sens d'une responsabilité nouvelle. »

 

Face au déséquilibre qui s'accentue entre d'une part culture marchande et culture non-marchande, les opérateurs de celle-ci font face à de nouveaux problèmes pour mener à bien leurs missions, et faire contre-poids à cette emprise de la marchandisation…

 

D'où cette question cruciale « que faire de nos cerveaux »…

 

Quel genre de festival, quel type de programme ?

 

En choisissant ce thème pour notre cycle, nous entendons contribuer à une prise de conscience. Cette conscience de la plasticité appelée par la philosophe Catherine Malabou.
Nous voulons ouvrir des questions, ouvrir le jeu de la consommation culturelle.

 

Le cycle comprendra, le dimanche 13 mars, une conférence débat « Que faire de notre cerveau ? ».

 

Cette conférence-débat sera suivie d'un concert rock passablement déjanté. Pour donner une idée des connexions internes à cette programmation, des connexions qui déménagent…

 

Il y aura 4 soirées musicales , chacune proposant des champs d'aventures sensorielles différents. Chaque soirée fera appel à des connexions différentes, des atmosphères en ruptures, des rencontres improbables….

  • Il y aura des moments tendances, des moments underground…
  • Il y aura des vieux, voire des vieillards, et des gamins, pour montrer que la plasticité pétillante n'a pas d'âge…
  • Il y aura un musicien traditionnel, proche de l'héritage oral, suivi d'une musicienne expérimentale, sondant la modernité… on mélange les genres, on décloisonne.

 

Par le biais de nouvelles sensations, d'émotion inhabituelles irriguant le cerveau, rendre peut-être perceptible le stockage de nouvelles sensations, de nouvelles informations qui viennent stimuler le travail de la plasticité, l'orienter vers d'autres horizons, faisant le vœux d'une plasticité cérébrale, et donc émotive, plus attentive à la réception de la différence, de l'autre, de la diversité…



Présentation de Madame Catherine Malabou, inspiratrice de la thématique .

 

Il reste à présenter brièvement la muse de ce premier événement, Catherine Malabou, qui sera au centre du remue méninges du dimanche 13 mars, 18 heures…

Catherine Malabou
est philosophe, élève de Jacques Derrida, Maître de Conférences à Paris-Nanterre. Elle a fait son mémoire sur la « Plasticité », qui a donné lieu à un très beau livre publié chez Leo Scheer où interviennent des scientifiques, des philosophes, des plasticiens, des cinéastes, des écrivains…Dans « Que faire de notre cerveau ? », elle présente l'état actuel des connaissances scientifiques sur le cerveau. Puis, en philosophe, elle émet prospecte l'inconnu, ce qui reste inexpliqué : comment du neuronal devient du mental, comment du chimique devient du culturel… Elle postule qu'une autre conscience du cerveau devrait permettre de mieux tirer parti de sa créativité pour influer sur l'évolution de notre société. Elle expose, pour terminer, ce qu'elle appelle « un altermonidalsation biologique » en concluant : « tant que nous ne saisirons pas les implications politiques, économiques, sociales et culturelles des connaissances dont nous disposons sur la plasticité cérébrale, nous ne pourrons rien faire d'elle. »

 

Ses principales publications  :

 

- L'Avenir de Hegel , Paris, Vrin, 1996

- La Contre-Allée, avec Jacques Derrida, Paris, La Quinzaine littéraire-Louis Vuitton, 1999

- Plasticité, actes du colloque du Fresnoy, Paris, Editions Léo Scheer, 2000

- Le Change Heidegger, Paris, Editions Léo Scheer, 2004

- Que faire de notre cerveau  ?, Paris, Bayard, 2004

- La Plasticité au soir de l'écriture, Paris, Variations I, Léo Scheer, 20065

Dans son dernier ouvrage publié (La plasticité au soir de l'écriture), Catherine Malabou retrace le portrait du concept de plasticité. Tout en correspondant à l'esprit de la collection « Variations » des Editions Léo Scheer qui est de faire état d'un parcours, d'une métamorphose formatrice.

En page 17, elle commence ainsi la description de « ses visages » :

« Mon « masque à transformation » – c'est là sa première face, la plus immédiatement visible – est constitué des deux profils accolés de Hegel et Heidegger. Si on l'ouvre, on trouve un autre visage formé des deux profils accolés de Hegel et de Freud. Un troisième visage, caché sous le second, tient ensemble les deux profils de Heidegger et de Lévi-Strauss, un quatrième confronte Hegel à Derrida. Un dernier enfin fait s'affronter philosophie et neurosciences. Cet objet un et quadruple, un et multiple, cette structure feuilletée sont à l'image de ma vie et de ma psyché, essentiellement dédoublées, diffractées, scindées, mais en même temps, et mystérieusement, solidement articulées. » (Catherine Malabou)

Cette thématique sera présentée en conférence débat par Frédéric Neyrat le dimanche 13 mars 2005.

Titre de la conférence : "Les lieux de la bio-politique.

Pour suivre :


- Le programme détaillé

- La présentation des artistes

- Infos pratiques, où, quand, combien, réservations

 

Cette question nous interpelle. Dans la culture du cerveau quelle doit être la part marchande, la part non-marchande ? Comment atteindre une complémentarité plutôt qu'un déséquilibre. Nous offrons cette interrogation en débat tout en donnant rendez-vous pour 5 rencontres musicales explosives.

Cette question a intéressé aussi nos partenaires des Halles et de l'ULB qui soutiendra l'initiative.