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GEOMUSIQUES & GEOCINÉMA : À CHACUN SA BOUSSOLE…

 

La géographie n'est pas une science exacte ! Les atlas historiques montrent l'évolution de la cartographie mondiale selon les intérêts politiques et économiques successifs. La représentation subjective supplante parfois la réalité du sol au point de refléter, à une certaine époque, l'égocentrisme de l'Occident ! (« Courrier International, Hors-série, L'Atlas des atlas, frontières, conflits, idéologies, prospectives, utopies »). Des satellites transportent des technologies de plus en plus perfectionnées pour établir un portrait toujours plus précis de la terre (Le Monde, vendredi 10 mars 2006, « La planète Terre scrutée à la loupe depuis l'espace »). Pour ajuster sa compréhension géostratégique du monde, des ouvrages doivent ajuster chaque année la somme des connaissances sur les conflits, les échanges économiques, les indices de développement (« L'Atlas », Hors-série du Monde diplomatique).

Nous vivons décidément dans un monde mouvant… Notre quotidien le confirme en nous confrontant à de nombreuses expériences qui, mine de rien, modifient nos cadres de références. Ce que vise bien le sociologue allemand en s'interrogeant sur le cosmopolitisme : « Les technologies de l'information qui équipent de nombreux foyers abolissent partiellement les frontières du temp, de l'espace, du lieu, du proche et du lointain. Grâce à elles, les absents sont potentiellement présents à tout moment et en tout lieu. Les contacts entre les hommes ne sont plus tributaires de la simple proximité géographique. Comme des études récentes l'ont déjà montré, on rencontre désormais des situations dans lesquelles des hommes vivent à l'écart de leurs voisins directs tout en étant intégrés à des réseaux sociaux transcontinentaux d'une densité surprenante. Il existe donc un phénomène que l'on pourrait appeler la cosmopolitisation intérieure des immobiles. » (U. Beck, « Qu'est-ce que le cosmopolitisme ? », Aubier, 2006).

Nos vécus musicaux et cinématographiques (parmi d'autres aventures artistiques) enrichissent nos relations avec ce monde en évolution constante. Ils participent à nos démarches cognitives fondamentales, à nos recherches de sens. Ils permettent de s'adapter ou de se décaler, ils contribuent à établir le positionnement qui nous convient le mieux… Musiques et cinéma comme instruments d'orientation. Musiques et cinéma comme outils de connaissance de soi et du monde. Ce sont ces relations complexes et passionnantes que nous vous proposons d'investiguer en plusieurs chapitres :

 

- Alan Lomax, les grands collecteurs de musiques

- Field recordings, des micros pour raconter le monde


- La route de la soie

- Musique baroque sud-américaine

 

LES INSTRUMENTS DE MUSIQUE

- La valiha, cithare de Madagascar

- Orgues à bouche

- Arc musical

- La vielle à roue

- Erhu

- Les lamellophones

- Le bendir du Maghreb

- Le shakuhachi

- Le kantele

 

- Entre deux villes, un road movie

- Sur l'écran noir des nuits blanches de la ville…

- Un petit tour du monde en 80 villes

 
DU COLLECTAGE AU FIELD RECORDING ACTUEL


- Alan Lomax , les grands collecteurs de musiques
, une brochure réalisée par Étienne Bours

- Field recordings, des micros pour raconter le monde, un feuillet didactique et une discographie commentée de Jean-Grégoire Muller.

 

Présentation :

Loin des performances numériques actuelles qui banalisent la distance entre musicien et auditeur, l'exemple du collectage musical à l'ancienne rappelle l'importance des rouages et des interventions humaines qui matérialisent les musiques pour nos sens. Elles n'arrivent pas par un miracle banal à nos oreilles ! Ce n'est pas un dû.  

Le collectage musical, c'est réellement aller vers le musicien là où il se trouve, le rencontrer profondément, l'écouter, l'enregistrer dans son environnement, en respectant tous les éléments de sa pratique. C'est ensuite partager cet enregistrement, le rendre disponible, le diffuser. Il y a là une philosophie de l'écoute de l'autre, de l'écoute du monde. Rien à voir avec la préoccupation égoïste actuelle : combien vais-je payer pour écouter ce morceau ? On est aujourd'hui dans des modes de consommation musicale qui éclipsent l'épaisseur de la transaction culturelle. Et donc, revenons un peu dans l'ancien temps, penchons-nous sur le travail d'Alan Lomax…

« Gens de terrain, les collecteurs de musiques furent souvent poussés par un intérêt scientifique dicté la plupart du temps par les sciences humaines : anthropologie, ethnologie, sociologie… Mais la musicologie et l'ethnomusicologie s'imposèrent rapidement aux côtés de ces disciplines. » (É. Bours)

Si les collecteurs se sont surtout intéressés à la mémoire, aux musiciens et chanteurs détenteurs de traditions qui risquaient de disparaître, la pratique de « tendre le micro » vers le monde actuel se répand aussi de plus en plus. Une pratique qui se popularise avec l'évolution des appareils d'enregistrement. Des artistes actuels mêlent des éléments d'anthropologie, d'ethnologie, de sociologie à leur démarche artistique. Ils manient le micro comme on balade sa caméra numérique. Pour dresser le portrait sonore de morceaux de vies publiques, établir l'empreinte de certains endroits, interroger l'identité de lieux et de leurs habitants. Interroger notre relation au sonore dans une société de plus en plus bruyante. Ils transposent le field recording à l'environnement moderne. C'est un patrimoine discographique important, foisonnant, qui trace des liens entre bruits concrets, mondes sonores et inventions de langages esthétiques modernes. C'est le prolongement contemporain des collecteurs musicaux que présente Jean-Grégoire Muller dans un feuillet Field recordings, des micros pour raconter le monde  complété par une discographie exemplative commentée. (Un travail qui a bénéficié des réflexions de Pierre-Charles Offergeld et d'Alain Bolle).

La route de la soie, feuillet didactique et discographie d'Anne-Sophie De Sutter

Musique baroque sud-américaine , feuillet et discographie de Lucie Dangotte

La route de la soie c'est, avant l'heure, une expérience de la mondialisation. Un trajet commercial, économique qui met en relation des peuples, leurs traditions, leurs cultures. Un déplacement qui fait circuler des idées, des imaginations. Questionnez ce mouvement par le biais des musiques qui jalonnaient ce va-et-vient commerçant.

Comment et pourquoi un genre musical se déporte et s'implante dans une autre géographie et une autre civilisation ? C'est aussi le genre d'événement qui permet de sentir ce qui ce noue entre les peuples et leurs musiques, les interpénétrations du culturel et du social, les échanges entre environnement et peuple. Si le baroque change le mental des indiens, ceux-ci influent aussi sur le baroque…

 

LES INSTRUMENTS DE MUSIQUES

Les instruments de musiques sont liés à l'histoire des peuples qui les inventent. Le shakuachi naît au Japon, pas au Maroc. Le bendir partage le quotidien des Berbères, pas des Chinois. Même si après les instruments circulent, s'adaptent, connaissent des variantes. On peut dire que les instruments sont façonnés par l'imaginaire collectif des peuples, imbriqués dans leurs mythes fondateurs. Leur invention est tributaire aussi des matériaux et techniques spécifiques des différents peuples. Ils parlent des relations que l'on tisse avec ses lieux de vie, ils entrent en communication avec l'âme de l'environnement culturel et cultuel. Leur apparition est souvent aussi liée à une histoire, à une époque précise. Quand je lis sur un CD ce descriptif d'instrument de musique : « energized surface, voltage made audible », je sais quelle époque engendre cette musique.
Passage en revue avec un travail descriptif de neuf instruments traditionnels. Feuillets didactiques et discographies de : Bertrand Backeland, Étienne Bours, Isabelle Delaby, Anne-Sophie De Sutter, Guillaume Duthoit, Danielle Rivière

CINÉMA


Entre deux ville, un road movie , feuillet didactique et filmographie de Brigitte Segers

Sur l'écran noir des nuits blanches de la ville… , feuillet didactique et filmographie d' Éva Debaix (avec la contribution de Michel Verbeeck).

Un petit tour du monde en 80 villes , feuillet didactique et filmographie de Brigitte Segers

Dans le road movie , le cinéma filme le déplacement. Il capte comment le regard embrasse le paysage qui change. À la fois, c'est l'histoire de l'implantation dans un paysage mobile et celle du déracinement progressif, presque imperceptible. Le road movie est souvent lié aussi à une dimension « initiatique » : changer de monde, changer de peau, s'oublier ou retrouver la mémoire. Si ça, ce n'est pas interroger notre relation au monde et chercher les moyens adéquats de le mettre en image !

Filmer la ville la nuit ou établir un petit tour du monde en 80 villes revient à explorer certains aspects de la relation entre cinéastes et les villes qui les fascinent. Comment ils s'en approchent, comment ils cherchent à en percer l'identité, l'intimité. En voyageant sur écran, de grandes villes en grandes villes, on découvre les films d'auteur qui ont personnalisé au mieux ces milieux urbains. En restituant l'atmosphère, l'urbanisme, le pouls de la vie collective, selon la réalité et le fantasme, l'esthétique du témoignage ou l'interprétation utopiste.


Pierre HEMPTINNE