Découvrir

L’Atelier d’Écriture Musicale

 

Écrire de la musique sans pour autant avoir suivi un parcours musical habituel : c’est le défi que relève l’Atelier d’Ecriture Musicale, alias « ADEM », né en 1999 à l’UCL sous l’impulsion de Pierre Bartholomée. Dans le cadre de sa saison 2011-2012, l’Atelier propose d’exposer les phénomènes qu’implique la création musicale à travers la notion de mixité. Apparu au milieu XXème siècle avec le développement des technologies électroacoustiques ce phénomène est devenu incontournable dans notre monde contemporain. Cependant, l’aborder au sein d’un processus de composition musicale reste une question complexe pour beaucoup.

Cette année, l’Adem a présenté dans nos médiathèques (Bruxelles-Centre, Louvain-la-Neuve, Charleroi et Namur) 4 séances de leurs « concerts-dialogues ». Une initiative coordonnée par Jérôme Monet. Sous la direction de Geofrey François. Musicienne invitée : Aurore Schatteman, clarinette. Avec le soutien d’Archipel.

2

Sébastien Biset – Comment est né l’Atelier d’Écriture Musicale et en quoi sa forme actuelle poursuit-elle l’initiative de départ ? Aussi, est-il toujours rattaché à l’UCL, comme il le fut autrefois ?

Jérôme Monet – L'ADEM est apparu suite à l'initiative de Pierre Bartholomée lors de son passage à l'UCL (1999-2003) en tant qu'artiste en résidence. Il a souhaité offrir aux étudiants et au personnel de l'UCL un cours d'initiation à l'écriture sur base des connaissances propres aux participants. Le bagage demandé se limitant à un intérêt pour la musique et de la motivation.

Pour ceux qui voudraient en savoir plus, nous conseillons l'article de Thierry Desmedt – également à l'origine de ce projet – « Compagnon d’écriture » (in Pierre Bartholomée : Parcours d’un musicien, Mardaga, 2008), retraçant les débuts de l'ADEM.

Après le départ de Pierre Bartholomée, les réunions ont été maintenues par quelques participants ne pouvant se résoudre à abandonner le projet. C'est ainsi qu'en septembre 2005, Peter Swinnen reprend la direction pédagogique de l'ADEM. Il souhaitait insisté sur ce rapport entre recherche universitaire et création musicale. Il imposait donc aux participants de mettre en musique une théorie scientifique. Cette approche de la composition pouvant être comparée à celle de Xenakis entre autres. L'ADEM organisait également des «concertférences» (mix entre concert et conférence) afin de générer des débats lors de l'exécution des pièces.µ

Avec l'arrivée de Geoffrey François en 2010, de nouvelles approches pédagogiques sont arrivées également. Nous conservons cette idée de métaphore extra-musicale comme point de départ à l'écriture. Mais nous avons tout de même souhaité ouvrir le champ à d'autres domaines que celui de la recherche scientifique. Mais ce qui caractérise l'approche pédagogique de Geoffrey François, c'est l'insistance sur le contact avec l'interprète, autrement dit, la remise en question de l'idée abstraite de la composition par l'application pratique durant le processus de composition.

A mon sens, en tant que participant/organisateur depuis 2005, nous conservons cette volonté d'ouvrir l'écriture musicale à tous en fonction de ses connaissances. Nous ne promettons aucun miracle, nous faisons en sorte d'aider celui ou celle qui souhaite entrer dans le monde de la composition via la médiation de l'écriture.

Nous n'avons plus de lien avec l'université si ce n'est la conscience que l'ADEM lui doit beaucoup.

Mais depuis 2 ans maintenant, c'est auprès de la Médiathèque et Archipel que nous trouvons un soutien concret et très motivant pour notre démarche.

S. B. – À qui s’adresse-t-il ? Quel en est l’objet premier, la mission ? Se concentre-t-il sur l’écriture à proprement parler, ou est-il un lieu offert à ceux qui le souhaitent pour réfléchir sur la musique et la composition aujourd’hui ?           

J. M. – À toute personne intéressée par l'écriture musicale, motivée, curieuse et ouverte à la discussion et à la critique de son projet personnel.

L'objet premier consiste à aider les participants à évoluer dans leur travail de composition, qu'il soit débutant ou confirmé. L'objet second est de partager les résultats de ce travail collectif auprès du public (via les concerts-dialogues).

L'écriture est centrale. Néanmoins, elle sert également de point d'appuis pour diverses activités. Nous avons organisé l'an passé en collaboration avec l'unité de musicologie de l'UCL deux conférences. L'une avec le compositeur Claude Ledoux, l'autre avec le compositeur et musicologue Francis Courtot.

Il est évident que nous sommes ouverts à tout type de collaboration visant à favoriser et à faire connaître les musiques dites de traverses (musiques d'arts, contemporaines, expérimentales...)

S. B. – Comment fonctionne l’Atelier : il y a un compositeur qui encadre et structure, et un musicien invité. Mais aussi, bien sur, les participants (les « inscrits »). Comment se déroule cette collaboration ?

J. M. – Geoffrey François est donc le « compositeur invité » et il assure l'aspect pédagogique du projet. Depuis son arrivée, nous avons décidé de fonctionner autour d'un effectif instrumental commun. 2010-2011 trio à cordes. 2011-2012 clarinette et électronique. Et nous projetons de travailler autour de la percussion pour 2012-2013. En ce qui me concerne, je me charge de la partie organisation/coordination en plus de ma participation, mais chaque participant est poussé à amener des propositions pour améliorer le projet.

La collaboration se fait dans la bonne humeur. Un climat de bonne camaraderie me semble indispensable dans ce genre de projet. Plus concrètement, les séances se déroulent en moyenne une fois par mois (le samedi). Certaines séances sont plus théoriques (petit cours sur un sujet précis, auditions commentées...) d'autres séances plus pratiques (essai avec l'instrumentiste des ébauches de partitions). Un week-end est également consacré à la découverte de l'instrument autour duquel on écrit. Toutes ces séances fonctionnent en table ronde, la discussion et la question sont de rigueur. Les lieux de réunions varient mais se déroulent toujours à Namur, Bruxelles ou dans le Brabant Wallon, soit chez l'un d'entre nous, soit dans une salle plus apte à accueillir une répétition musicale.

Au printemps, une série de concerts-dialogues sont organisés autour d'une pièce. En automne, les concerts-dialogues sont consacrés aux pièces des participants.

Nous essayons également de mettre en place un enregistrement de qualité des pièces des participants afin de les diffuser gratuitement. Des enregistrements devraient être disponibles dans le courant de l'année sur le netlabel Tripostal.

S. B. – Tout le monde peut-il « écrire » de la musique ?

J. M. – S'agit-il de répondre à « tout le monde peut-il mettre sur papier un assemblage de symboles qu'un instrumentiste peut interpréter ? », ou bien à « tout le monde peut-il faire de l'art ? » ? Je ne pense pas être en mesure de répondre à ces questions. Le mieux étant d'essayer !

Geoffrey François – Nous pouvons rajouter aussi : « tout le monde peut-il apprendre un métier, un artisanat, et, quel est le temps et l'investissement que cela demande ? » Donc tout le monde, oui, mais à condition de se donner les moyens d'y arriver et parfois cela peut-être très long et très difficile...

S. B. –  En quoi cet Atelier se différencie-t-il d’autres formes d’apprentissage, comme une classe dans une Académie ?

J. M. – N'ayant qu'une expérience très courte et superficielle en académie je ne peux pas répondre à cette question non plus. Je souhaite simplement souligner que l'ADEM n'est pas une institution et que les participants ne reçoivent pas de notes. Notre existence ne tient qu'au fait que les participants souhaitent qu'elle continue.

G. F. – Il n'y a pas trop de différence mis à part le fait que cela relève d'une initiative associative indépendante et amateur (dans le sens de non-professionnelle). Son rôle est de proposer un enseignement permanent dans un domaine encore trop peu présent, même s'il existe parcimonieusement, dans les académies.

S. B. – La thématique de cette année est celle de la musique « mixte » – et plus particulièrement « clarinette & électronique ». Comment expliquez-vous ce choix ?

G. F. – Pour chaque saison de l’Adem, nous essayons de choisir un thème qui colore et oriente la démarche créatrice. Ces thèmes à la fois larges et restreints catalysent l'écriture musicale et présentent un enjeu pédagogique puissant.

Par exemple, l'année dernière, nous proposions d’exposer les phénomènes qu’implique la création musicale à travers les notions de « métaphores » et de « morphologies ». La première notion consiste en l’utilisation d’un paradigme étranger à la musique motivant un projet ou justifiant une forme, un matériau, un discours. La seconde est une entité musicale coiffant le paramétrage du son et motivée par une vie au sein de ce paramétrage. C’est-en quelque sorte l’idée, la vue globale, d’un matériau. En tant que micro-forme, la notion de morphologie rejoint les notions de modèles, de gestes d’écriture, de gestes instrumentaux et de figures, sans pour autant s’y assimiler.  La liaison de ces deux concepts va nous permettre d’esquisser la pédagogie suivante : la notion de métaphore donnera à la fois une légitimation et une délimitation à un projet tandis que la notion de morphologie, grâce au déploiement à travers le geste instrumental de la matière sonore, permettra de rester dans le concret de l’exécution, sans a priori de langage, et, mettra en confrontation le projet face à sa réalisation, travail essentiel dans la composition. Ici, le choix d'un trio à cordes (instrument extrêmement varié quant au mode de jeu) était le choix le plus pragmatique pour travailler sur ces notions de métaphore et morphologie.

Cette année, nous proposons d’exposer les phénomènes qu’implique la création musicale à travers la notion de mixité. Apparu au milieu XXème siècle avec le développement des technologies électroacoustiques ce phénomène est devenu incontournable dans notre monde contemporain. Cependant, l’aborder au sein d’un processus de composition musicale reste une question complexe pour beaucoup. Nous abordons donc la question sur plusieurs axes d’oppositions :- homme & machine - acoustique & électroacoustique - temps réel & temps différé ; - artisanat concret & artisanat abstrait ; - pérennité & obsolescence. En faisant le tour de ces apparentes contradictions, nous cernons quels sont les meilleurs choix à opérer pour la cohérence de chaque projet compositionnels; les contradictions mettant à jour (comme dans une curieuse mise en abime) les mécanismes de la création musicale. La Clarinette étant un instrument, évidemment vivant (souffle), très ductile, complet (tant au niveau de la dynamique que de l'ambitus), était un des meilleurs choix pour ce type d’exercice.

L'année prochaine, le thème sera celui du « théâtre musical et percussions ».

S. B. – Recrutez-vous déjà pour l’an prochain ? Quelle est la marche à suivre pour y participer ? Certains de nos membres et lecteurs pourraient être intéressés…

J. M. – Oui, le cycle 2012-2013 approchant grandement, les intéressés sont amenés à nous contacter! La marche à suivre consiste simplement à nous envoyer un mail, que vous vouliez participer, collaborer ou nous proposer un concert... et nous en discuterons.

Nous disposons d'un blog qui peut être utile pour ceux qui veulent en savoir plus sur l'ADEM : http://ladem.be

Enfin, notons cette petite info pour le mois de juin : « Du 15 au 26 juin, dans le cadre des Fêtes de la Musique, le collectif PhaseB (http://www.phaseb.be) expose à la gare de Namur. Parmi la série de photos proposée, vous pourrez jeter un œil à l’une de nos séances de travail en vue des concerts-dialogues d’automne consacrés à la clarinette et l’électronique. »

 

 

Envie d'apprendre à écrire la musique ou approfondir cette pratique  ?


L'ADEM vous propose un cycle de formation à l'écriture musicale accompagné par un compositeur et un interprète professionnel.

Constitué de sympathiques séances théoriques et pratiques, le cycle se termine par plusieurs concerts.

Les pré-requis nécessaires sont un intérêt pour la musique et de la motivation.

Les inscriptions sont ouvertes jusque mi-septembre.


Pour nous contacter : jerome_monet@hotmail.com

Plus d'infos sur : http://ladem.be/