LOAD RECORDS, 2004. Enregistrement 2003-2004.
Ce collectif basé à Baltimore, évoluant autour de James
« Twig » Harper et Carly Ptak, a décidé
de produire de la musique en dehors de toute rationalité. Certes, l'enregistrement
et la mise sur le marché d'un CD nécessitent toute une série
d'actes sensés; mais, pour le reste, Nautical Almanac parvient à
proposer un univers sonore qui ignore largement les codes de la pop ou du rock,
qui semble provenir d'une lointaine périphérie où toutes
les libertés, y compris les usages incorrects, sont permises. À
l'aide d'une électronique primitive, à la limite de l'ectoplasmique,
d'interventions vocales saturées et de diverses manipulations non répertoriées,
le groupe s'inscrit dans une longue lignée d'expérimentateurs
libertaires (Alan Watts, les Godz, le mouvement Fluxus, Wolf Eyes, pour n'en
citer que très peu) qui révèlent que l'expression peut
prendre des formes efficaces en dehors des règles traditionnellement
établies. Rooting for the Microbes est tour à tour cinglant,
absurde, touchant, irritant ou amusant.
(Jean-Grégoire Muller, Passage 44)
LUCKY KITCHEN, 2004.
Les rencontres entre jazz et musique contemporaine ne datent pas d'hier et
se révèlent toujours un exercice ô combien périlleux,
rarement abouti, voire souvent indigeste !
Ce jeune contrebassiste n'a visiblement pas peur de relever le défi et
ce, pour notre plus grand plaisir.
Ses compositions entretiennent des tensions permanentes et des rythmes sous-jacents,
au sein de structures proches du minimalisme, qui laissent une large place à
l'interaction et aux non-dits très éloquents. Cette musique exigeante,
de prime abord difficile, tant pour les musiciens que pour l'auditeur, ouvre
néanmoins avec aplomb de nouveaux horizons à l'improvisation,
nés des confrontations et multiples chocs au sein d'un espace prédéfini.
Non dépourvu d'élégance et de séduction, l'ensemble
témoigne d'une cohésion et d'une cohérence remarquables.
Défi relevé haut la main par ces instrumentistes doués,
issus de la prolifique scène de Chicago !
(Lionel Charlier, Seraing)
ARENA ROCK RECORDING, 2004.
Le projet musical d'un seul homme, Evan Railton, qui élargit encore
un peu les limites de l'electronica.
Sa musique croise une foule de sources acoustiques et synthétiques, mais
ce n'est pas cela qui la distingue. C'est plutôt sa façon de les
rapprocher, de les imbriquer et la musicalité de l'ensemble et de chaque
détail qui en fait un album à part et plus riche que d'autres.
Ce n'est pas de la musique expérimentale, mais il se dégage une
multitude d'expériences pour l'auditeur. Sa musique est « esthétique »,
agréable et n'est visiblement pas radicale, il emprunte même des
rythmiques consensuelles. Mais il nous balade sans contrainte, sans l'usage
de la brutalité, dans un labyrinthe incroyablement varié où
chaque couloir mène à une niche musicale enchantée, jamais
fermée longtemps sur elle-même. En fait, l'album constitue un dépaysement
en territoires connus. C'est l'imagination d'Evan Railton qui crée du
neuf avec des ingrédients usuels tels que mélodies synthétiques,
beats et rythmiques voisines du hip-hop, sons électroniques, instruments
acoustiques pas plus étranges qu'une guitare ou une batterie… La
plage The style of Idea est une sorte de « poupée
russe » de 33 minutes abordant presque autant d'idées qu'un
bon album de Zappa. Elle passe nonchalamment, comme lui, d'images musicales
saugrenues en zones graves ou simplement tranquilles, enchaînant aussi
plusieurs types d'instrumentation sur un même thème sans jamais
fatiguer l'auditeur, en le piquant néanmoins au vif une fois ou deux.
Evan Railton joue aussi dans l'album Entertainment du groupe The Swords Project
(
XS983P ) sorti en 2003 sur Ryko. Vivement que je me le mette sous la dent !
(Pierre-Charles Offergeld, Liège)