IMPROVISED MUSIC FROM JAPAN CO, 2003. Enregistrement 2002.
Poèmes sonores. De retour de vacances, Aki Onda remet de l'ordre, sélectionne,
retravaille des bribes éparses de sons prises lors d'un périple
à travers le monde. Volonté de l'englober. Dans le fond du sac,
un petit enregistreur à cassettes est une mémoire inconsciente.
Le miroir d'une certaine réalité. Il prend tout. Un tout qui préexiste
et dont l'enregistrement ne serait que le dévoilement d'une partie. Proche
dans ce sens du compositeur Gyorky Ligeti. Tentative de capter ce tout à
travers le monde. La sonde renvoie différentes ambiances sonores :
dans la forêt, personnes parlant dans le métro, place publique
à Tanger, passage de frontière à l'aéroport …
Les « rush » sont retravaillés un peu comme un
film. L'écoute du disque nous fait développer une imagerie mentale
de par la nature des sons, mais aussi et surtout par le travail de collage,
confrontation, superposition, mise en boucle de ces sons par Aki Onda. Notre
expérience se confronte à une autre réalité. Certains
passages sont plus abstraits que d'autres, on se balade dans les méandres
d'une vie grouillante. Beau travail !
(Bertrand Backeland, Mons)
CREATIVE SOURCES RECORDINGS CO, 2003.
L'accordéon, si proche de l'appareil respiratoire humain, colporteur
des états d'âme de tous les peuples de par ses migrations, si efficace
pour souffler des confidences à l'oreille du voisin, est ici dépiauté,
mis en scène pour théâtraliser les merveilles et ravages,
la magie et le diabolisme de la rumeur actionnant des mécanismes irrationnels.
Cela relève de la dramaturgie sonore, de l'installation, de la performance
conceptuelle, de la prouesse dans la maîtrise de la déconstruction
et des techniques obliques. Destruction et création sont inséparables.
Un exercice fascinant de mimétisme à travers l'instrument de musique,
en allant chercher ce qu'il y a de l'autre côté de l'instrument,
son inconscient, ses projections, ses cauchemars, ses élaborations d'autres
esthétiques, son espace laboratoire indispensable pour que d'autres accordéons,
ailleurs, puissent continuer à jouer la tradition avec senti… Et
voici la rumeur qui esquinte, traîne dans la boue, mine la santé,
met aux abois, sème la paranoïa, amplifie des riens et en fait des
ouragans, submerge la raison… la part du diable de l'accordéon
le transforme ainsi en quelque chose d'autre : et pourtant il n'a jamais
été aussi présent, écrasé sur notre pare-brise,
démantibulé, haletant, palpitant, avec ses soufflets, ses boutons,
ses agonies rythmées, ses nacres éclatées… Phénoménal !
(Pierre Hemptinne)