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Sélection du mois de novembre 2005

 

Toshiya TSUNODA

AIR VIBRATIONS - XT874H

HÄPNA, 2000. Enregistrement 1993-1999.

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Ce que l'on peut dire du son d'un enregistrement comme celui-ci, comme dans bien d'autres, est infiniment incomplet et plat par rapport à l'impact que peuvent avoir ces événements sonores sur un auditeur attentif.
Lorsqu'il s'agit d'une chanson, d'une mélodie, d'un jeu rythmique ou même d'une construction sonore, il est encore envisageable de tenter d'en traduire le sens et l'émotion par des mots.
Dans ce cas-ci, il s'agit de l'enregistrement des vibrations de l'air à travers des objets creux. Le disque ne touchera l'auditeur que lors d'une écoute solitaire, volontaire et patiente. Inutile de zapper pour se faire une idée, celle-ci sera complètement tronquée. Ce disque est intraduisible plus encore que d'autres, car il est fait d'éléments les plus simples - air, eau, vent, vague, tubes, récipients divers - naturels et artificiels, dénichés dans les campagnes japonaises. Objets et éléments qui se rencontrent et engendrent des phénomènes acoustiques aléatoires, changeants, imprévisibles. Ces objets forment des cavités dans lesquelles viennent chanter le vent ou clapoter les vagues. Comme cela semble pauvre, exprimé de cette façon. On sait que l'air qui entre dans un saxophone est le même pour tous, mais l'air qui en sort après avoir été « transfiguré » par certaines personnes prend des tournures infiniment variées. Ici c'est pareil, un homme extrêmement sensible et attentif a posé ses micros avec une imagination telle qu'il obtient une musique fantastique et simple à faire fuir le mélomane conventionnel.
Ce disque a sur moi un impact inédit. Il me donne la forte impression d'être relié à la Terre. Il me connecte à une forme de musique omniprésente qui, la plupart du temps, n'est pas révélée. Les objets, les canaux, les réseaux au creux desquels Toshiya Tsunoda place ses micros deviennent les sinus de la Terre. Vous savez, ces petites cavités que l'on a autour du nez et qui, a priori, ne servent à rien. Mais une fois qu'elles sont bouchées, on s'aperçoit que plus rien ne sonne clairement.
Au fil des plages, j'ai la double impression d'être à l'écoute des écoulements secrets de la Terre et d'être moi-même enfoui sous la surface, dans ces galeries, dans une intimité amniotique et de pouvoir témoigner autrement des rumeurs de notre monde urbain et des bizarreries sonores de nos campagnes.
Alors, new-age ? Pas du tout, car cette « immersion » dans les éléments « naturels » n'a aucune intention idéologique ou philosophique, elle s'en tient à une dimension sonique, musicale d'environnements extérieurs choisis par une personne au Japon. Tsunoda insiste dans ses notes sur le caractère physique du son et sur un paradoxe : si la structure de l'objet creux est fixe et mesurable, la source - un environnement sans limite - est sujette à une quantité infinie de variations et engendre, malgré l'inertie de l'objet creux, une musique fluctuante, vivante.
En résumé, Toshiya Tsunoda obtient les sons les plus bizarres à partir de huit objets creux les plus banals, égarés, oubliés du monde, dans des lieux extérieurs japonais, ce qui ici n'a pas d'importance.
Pour seul exemple, citons celui de ses micros placés au fond d'une bouteille couchée sur une route de montagne : avec un peu d'imagination, le monde entier a l'air d'y faire un détour.
(Pierre-Charles Offergeld, Liège)

AEROLITHES

AEROLITHES - UA1626

VAND'OEUVRE, 2005. Enregistrement 2001.

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Quartet d'improvisation costaud ! Les musiciens, deux souffleurs (Daunik Lazro et Michel Doneda) et deux archets (Michael Nick et Laurent Hoevenaers), travaillent une texture sonore arborescente. En expansion. Informelle. Pas de phrasés ni d'inflexions vertigineuses, ni de « mélodie », l'improvisation se fait métaphore d'ébullition. Énergie brute. À chaud. La musique est une. Volonté de ne pas rompre le flux. Bouillonnement d'aspérités. Passages ténus qui ne tiennent qu'à un fil. Traversées d'un souffle magique, les improvisations tournoient, fulminent, foncent vers l'inconnu… Enregistrement d'une performance live. Pour les amateurs des nouvelles tendances free. Excellent !
(Bertrand Backeland, Mons)