EPITAPH, 2009.
Le Néo-Zélandais Stephen Clover propose sur cet album des plages
flottantes, à la fois stationnaires et en mouvement, comme extraites
de continuums sans début ni fin. La musique, constituée de boucles
électroniques, de nappes et de sons tenus, s'auto-entretient, se maintient
sur sa propre énergie. Pas de trace de voix humaine, des structures musicales
strictement linéaires qui progressent dans des plans non-cartésiens.
Seht évite les discours au bénéfice d'un son enveloppant
avec lequel l'auditeur peut entamer, dans un moment de solitude résonante
et apaisante, une relation muette.
Application antarctica download form est un album qui trouve naturellement
sa place dans un courant très développé à l'extrémité
occidentalisée du monde; les labels néo-zélandais Corpus
Hermeticum, Siltbreeze et Celebrate Psi Phenomenon publient des artistes qui
dépouillent les schémas du rock pour n'en garder que les ossements,
une musique fantôme dont la désolation fait apparaître quelques
questions et sentiments que le divertissement en général occulte.
(Jean-Grégoire Muller, Passage 44)
Autres écoutes recommandées :
« Le Jazz Non » (Corpus Hermeticum, Nouvelle-Zélande,
1996) -
X 460I
Birchville Cat Motel : « Beautiful speck triumph »
(Last Visible Dog, USA, 2004) -
XB432J
The Dead C : « Harsh 70's reality » (Siltbreeze,
USA, 1991) -
XD196I
Omit : « Interior desolation » (Corpus Hermeticum,
USA, 1996) -
XO316E
ERSTWHILE RECORDS, 2005. Enregistrement 2004.
Nanomusique.
Tetuzi Akiyama ne touche sa guitare que par « tape-delayed »
interposé. Günter Müller scrute et dissèque des cellules
musicales via un iPod et une batterie d'outils électroniques. Leurs appareils
correspondent aux nouveaux microscopes surpuissants, ioniques et lasérisés,
utilisés par les scientifiques pour explorer le cœur des cellules
vivantes. Imagerie infinie. La musique d'Akiyama et Müller appartient certainement
à un corps musical harmonieux. Mais ce tout mélodieux est simplement
ailleurs, exilé dans une autre dimension; est présumé connu.
Le propos actuel vise le chaos sonore des infimes particules qui constituent
l'harmonie. Ce sont les nanostructures soniques dans lesquelles, peut-être,
se trouve l'explication de la mélodie, du vivant musical. Et comme à
propos du vivant, la cellule mélodique est un monde « en construction
et déconstruction permanente ». Rien n'est stable. Tout est
fuyant. On ne comprend pas où ça va, d'où ça vient.
Ça défile. Et on suit, parce que c'est palpitant, ce sont sans
cesse des éruptions de nouvelles cellules brutes qui exécutent
leur programme, avec précision. Même si ce programme est de flotter,
de se transformer en bulles indécises. Des bulles remplies de « milliers
de corpuscules qui leur permettent de respirer, se nourrir, se défendre,
se diviser, se déplacer, communiquer avec d'autres cellules, se suicider
même… » (Libération, « Nonocosmos »,
5/11/05). Akiyama et Müller révèlent le bruit cosmique de
ces milliards de corpuscules qui s'activent pour libérer une formidable
énergie en s'entaillant à coups de sabre. Cette énergie
qui anime la musique et que l'on capte ici, brute, au niveau de ses nano-déflagrations,
nano-déchirures. Une musique qui entaille les habitudes d'écoute.
Et puisque les écoutes contrastées sont stimulantes, écoutez
un autre type de guitare :
Hans Werner Henze : « Royal Winter Music, sonatas on Shakespeare
Characters » -
FH3862
(Pierre Hemptinne)