ICI D'AILLEURS, 2002. Enregistrement 2001.
Au centre, la voix. Puis, une musique. L'une dans l'autre, l'autre pour l'une :
cinéma.
La parole, les voix reviennent, les mêmes grains, les mêmes personnes
s'y cachent. Des proches de Petitgand nous dit-il : ils parlent de leur
vie, de leur intimité, mais c'est derrière, dans les à-côtés,
les silences que se trouvent le travail et l'art du français.
Électron libre du label Ici
D'ailleurs, il côtoie et joue avec (sur ce disque ou ailleurs) Dominique
A, Yann
Tiersen. Il est sur scène, dans les salles obscures, dans les galeries
d'art; dans les supermarchés même, ses pièces sont diffusées.
Sa force se tient dans cette pluralité, une de ses forces.
Partant de situations issues de la vie de tous les jours, par le montage et
la mise en parallèle de musique, tantôt concrète, tantôt
électro-acoustique, son envie n'est pas tant de restituer le discours,
mais de donner corps à ses voix, de les inscrire dans une durée,
une respiration. Le silence a une place de choix, c'est pour, dit-il, rendre
l'auditeur (j'ai presque envie de dire le spectateur) actif : que fait-il
durant ces temps morts ? Comment participe-t-il, de ses gestes ou de son
écoute, à la pièce, à l'histoire qui est racontée ?
Constamment, nous sommes en attente, comme suspendus dans le vide de la mémoire.
Petitgand
tend son micro la plupart du temps à des personnes âgées
(c'est le ton de la voix qui le dit : il n'y a aucune indication sur l'orateur,
aucune indication de lieu, d'espace, ni de temps) ou à des enfants. C'est,
il me semble, auprès d'eux que l'homme, dans son rapport à la
mémoire, est le plus présent.
J'ai dit cinéma, tant il y a similitude entre ce que nous livre le compositeur
(c'est-à-dire la relation entre la voix et la musique ou son opposé
complémentaire, le silence) et le septième art. À l'image
sont simplement supplantés des bruits quotidiens isolés de leur
contexte (de la même manière que les voix sont extraites du discours
qui les a vu naître), retravaillés d'une manière proche
des musiciens électroniques minimalistes. Pour petits et grands.
MC
FUSETRON, 2005.
ELECTRONICA
Un groupe d'improvisation mêlant les beats cassés d'une électronique
artisanale, le côté transe et hypnotique des Cabaret
Voltaire, les rêves amers et les textures mutantes de Throbbing
Gristle, des parties vocales détachées de la réalité,
dignes d'oiseaux des forêts équatoriales. L'ensemble s'envole un
peu cahin-caha comme un engin mal fagoté, mais des éléments
musicaux déterminés interviennent et le gros hanneton grinçant
entame une danse qui s'affirme de plus en plus et ne cesse de changer d'allure.
Une musique qui se situe dans un nouveau prolongement des fébriles et
acides années 80. Un album combinant textures soyeuses de synthétiseurs
analogiques, percussions tribales et batterie pleines de détails, la
voix d'oiseau de Lizzy
Bougatsos, les guitares désincarnées et la solide basse rappelant
les meilleurs moments de groupes tels A
Certain Ratio, Mark
Stewart & The Maffia… Un album peuplé des sons et climats
bizarres, mais dans une optique funk dub dynamique des plus créatives.
PCO
THE SOCIAL REGISTRY, 2005. Enregistrement 2004.
Ce premier album du groupe new-yorkais est un peu plus flou, plus doux que
le suivant. Tout y est plus fluide et plus lyrique. On dirait vraiment une nouvelle
société musicale qui émerge des
décombres de la ville. Une société qui aurait mûri
et muté dans l'underground (au sens propre, sous la terre) new-yorkais,
et dont la musique s'épanouit maintenant que les conditions sont propices.
Une musique effectivement fleurie, suave, tendre et psychédélique
nourrie de rythmiques que l'on peut relier à l'Afrique ou à la
musique gamelan telle que développée déjà dans les
années 80 par le fameux album
Urban Gamelan du groupe 23
Skidoo.
Le chant féminin est ici aussi fragile, brillant, peu affirmé
qu'essentiel au charme de cette musique acidulée toute vibrante de percussions
acoustiques amicales et de nappes électroniques vaporeuses. Je dirais
une musique amoureuse de la vie.
Toujours sur le label Social
Registry - qui réunit plusieurs nouveaux groupes vigoureux :
voir par exemple Samara
Lubelski en psych-folk fragile ou Tk
Webb en blues réanimé - un troisième album de
Gang
Gang Dance intitulé Hillujah
(
XG076U ) vient d'atterrir à la Médiathèque. Il consiste
en quatre performances live de 2003 à 2004, notamment à la Knitting
Factory de New York. La qualité sonore s'en ressent un peu. À
peine : à la seconde écoute, cette impression a disparu.
C'est du live. La matière est plus brute, le jeu plus sauvage, l'ambiance
tribale et des voix exaltées prennent le pas sur la relative fragilité
vocale des albums de studio. Les « chants d'oiseau » ont
perdu quelques plumes mais percent encore ci et là. La grâce et
la clarté ne sont pas totalement refoulées, mais les musiciens
sont là pour remuer ciel et terre et pour faire danser le public. On
prend toute l'énergie de face, tout est plus mouvementé, plus
noise, les rythmiques sont endiablées à force de batterie martiale,
les percussions ne laissent pas nos os en place : une transe du tonnerre
à vivre en concert. Ce gang de danse bruitiste n'a pas volé son
nom.
PCO