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L'adolescence au cinéma

 

Bienvenue dans l'âge ingrat

On les croyait innocents il y a peu; ils nous terrifient aujourd'hui: à travers des films comme Ken Park, Elephant ou Thirteen, le spectateur lambda assiste depuis quelques années à la mutation des ados. Finies les blagues de potache façon Scary Movie ! Les « nouveaux ados » grandissent vite, très vite, trop vite peut-être, quitte à brûler les étapes et, parfois, à se brûler les ailes.

Car si le mal-être des adolescents et jeunes adultes a toujours existé au cinéma (souvenez-vous de La fureur de vivre, American graffiti ou encore La Fièvre du samedi soir), jamais les cinéastes n'ont dépeint cet âge avec une telle brutalité.

C'est Kids de Larry Clark qui ouvre la voie en 1995 : on y découvre trois adolescents face au sexe, aux drogues et à la violence la plus crue dans les rues de Manhattan. Larry Clark et son scénariste, Harmony Korine, deviendront vite les porte-drapeaux de cette génération perdue née dans les années 80, pour qui la consommation est un moyen d'affirmation de soi : j'achète, donc je suis (du verbe « être » ou « suivre », au choix). Et ces jeunes adultes, ou « adulescents » selon le terme du psychiatre Tony Anatrella, sont une cible marketing privilégiée : la société de consommation leur fait une cour éhontée à grands coups de pub, de « must have » et de « must be », jouant sur le besoin de reconnaissance et la peur du ridicule liés à cet âge. Et, bien entendu, les agences de marketing se soucient peu de la fragilité des adolescents. Non contents de leur faire consommer des vêtements soi disant « hype » et des produits culturels de qualité médiocre pour ne pas dire nulle, les marques rivalisent d'ingéniosité pour faire entrer dans leurs mœurs le sexe et l'alcool. N'importe quelle marque de prêt à porter propose aujourd'hui des dessous affriolants taille enfant (ou presque), l'événementiel se chargeant du reste avec ces soirées sponsorisées par des producteurs d'alcools forts conditionnés en « prêt à boire » dans des bouteilles aux couleurs vives.

Matraqués de part et d'autres par des panneaux et spots publicitaires, et surtout par des formes de promotion plus subtiles (événementiel, concours, magazines spécialisés, etc.), il devient dur de faire de la résistance : dans l'esprit de nombreux ados, la consommation est une forme de rébellion, alors qu'elle n'est qu'une aliénation de plus. D'ailleurs, rares sont les jeunes qui y échappent. Et quand c'est le cas, ils passent pour des ringards.

Or, le besoin de consommer naît d'une frustration, d'un désir d'avoir plus que son voisin. Comme bon nombre de parents, les ados pensent trouver une place dans la société en acquérant le dernier modèle de GSM et des vêtements dernier cri, arborant fièrement à leur épaule les sacs de magasins chics et chers qui leurs font office de cartable.

Avec un peu de chance, ils en riront lorsque, dans quelques années, ils ressortiront leurs photos de classe, mais rien n'est moins sûr.

Comme dans la vie, le cinéma apporte son lot de contrastes: si le grand écart entre American Pie et Hell est saisissant, nombreux sont les cinéastes qui ont présenté une vision plus nuancée et sans doute plus juste des adolescents actuels, notamment Terry Zwigoff avec le très beau Ghost World, adaptation fidèle de la BD de Daniel Clowes, Dagur Kari avec le doux-amer Noi Albinoi ou Abdellatif Kechiche avec le multi-césarisé L'esquive.

Ici, ni haine, ni violence; juste des jeunes face au monde présent, à un avenir incertain et surtout face à eux-mêmes, en route vers un nouvel âge : l'âge adulte.

Catherine Thieron

 

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Mise en évidence réalisée dans le cadre d'un partenariat avec le Théâtre National autour du théma : « Les Jeunes ».