Le cinéma expérimental ! Certainement une
notion qui fait peur, qui a toutes les chances d'être considérée
comme pointue, difficile, réservée à une minorité
de branchés ou de spécialistes ! Pour aller vite, et à
la grosse louche, il s'agit de cinéastes qui construisent des langages
d'images qui ne ressemblent pas aux images vues à la télé
ou dans les salles grands publics. Forcément, un cinéma
qui désoriente nos habitudes, les conforts de réception. La narrativité
est bousculée, malmenée. Le temps est tout autre, il peut être
très lent, interminable. L'image n'est pas forcément conviviale,
ne cherche pas à séduire : il faut faire un effort, s'intéresser,
chercher par où entrer. Mais on ne peut nier que dans le champ cinéphile,
le « cinéma expérimental »
se développe, fasse débat.
Libération titre le 9 juin : "Cet été, à Paris, pas moins de trois événements sont consacrés au cinéma expérimental et à son renouveau. Présentation et analyse de ce genre pluriel et hybride dont la vivacité n'a jamais été aussi manifeste". Face à la domination de plus en plus forte d'un cinéma commercial mondialisé, y a-t-il un effet de résistance qui attire créateurs et publics cinéphiles vers l'expérimental ?
La Médiathèque a acheté une importante collection de cinéma
dit expérimentale en VHS, histoire de mettre cela à portée
du plus grand nombre (car les manifestations du renouveau de ce cinéma
sont souvent situées dans des grandes villes et des institutions culturelles
qui fonctionnent avec des publics ciblés). Ainsi, nous poursuivons un
travail d'information démocratique sur les expressions actuelles. Pour
nous, ce n'est pas réservé à une « élite ».
Tout le monde peut et doit s'y intéresser ! De plus, nous ne pouvons
que défendre les formes d'expressions dites difficiles : plus on
prônera la facilité, plus on affaiblira nos démocraties
culturelles !
Enfin, à méditer :
"Le cinéma expérimental c'est comme l'agriculture
biologique ou la démocratie participative : on n'aurait jamais du
y ajouter un adjectif. Si on a dû rajouter un adjectif, ça prouve
qu'il y a un problème avec le substantif"
(Nicolas REY, cinéaste et responsable du laboratoire indépendant
L'abominable)
Pierre Hemptinne