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Ingmar Bergman et Lars Von Trier

 

 

 

 

INGMAR BERGMAN

Ingmar Bergman Cinéaste métaphysique et introspectif par excellence, Ingmar Bergman a laissé souffler sur ses oeuvres un petit parfum de fantastique. Il n'est pas question ici d'effets visuels hautement démonstratifs et racoleurs, mais plutôt d'un forme d'onirisme directement inspiré par les thématiques qu'il aborde. Tout au long de son oeuvre Bergman s'interroge sur la mort, la relation des êtres humains à la religion et leur enfermement dans un quotidien socialement balisé. Sa caméra se préoccupe essentiellement des visages et des masques dont ils se parent tout au long de leur existence. Persona reste un parfait exemple de cette introspection mentale et l’œuvre formellement la plus libre, libérée du réalisateur.
Bergman est à la fois un cinéaste du réel et de l'imaginaire; il traque et dépeint les angoisses de l'homme en sondant l'inconscient et en faisant jaillir celui-ci dans la réalité présente. Un de ces plus beaux exemples reste L'heure du loup, film qui aurait pu inspirer le Mulholland drive de David Lynch. Dans ce huis clos fantasmagorique, ses personnages sont en proie à des difficultés relationnelles, chacun hanté par les fantômes de sa propre folie.
Une de ses oeuvres les plus célèbres, Le septième sceau, explore l'iconographie et les croyances médiévales pour nous livrer un face à face morbide et pessimiste avec la Mort. Il personnifie donc ses fantômes et donne corps à ses angoisses. Alors que le fantastique apparaît souvent dans son oeuvre comme une abstraction, ici le film même plonge le spectateur en pleine dimension merveilleuse.
Ingmar Bergman est un réalisateur passionné et passionnant qui n'aura certes pas une influence majeure sur le genre dit fantastique, mais qui aura su profiter à merveille de l'art cinématographique pour transmettre sa poésie onirique. Il aura montré le chemin à plus d'un cinéaste vers les insondables méandres du subconscient.

 

LARS VON TRIER

Lars Von Trier Réalisateur polymorphe et insaisissable, Lars Von Trier est un touche-à-tout de talent. S'il est surtout connu pour son Dogme et ses « commandements » quelques peu scolaires et ordonnancés, il faut se rappeler qu'il a commencé sa carrière par sa trilogie européenne (Element of crime, Epidemic et Europa) qui faisait la part belle au chaos. Au confluent du rêve et du cauchemar, Lars Von Trier nous livrait des oeuvres hypnotiques où les scénarios étaient souvent prétexte à une réelle volonté picturale envoûtante. On pourra y reconnaître l'influence de ses illustres prédécesseurs nordiques – Dreyer et Bergman.
Toujours en quête de renouvellement, il ravira à nouveau le public quelques années plus tard avec sa suite télévisuelle iconoclaste Kingdom. Avec un sens absolu de la dérision et de l'absurde, il signe une série à la liberté de ton surprenante qui tranche avec les standards télévisuels habituels. On y croise une palette de personnages aussi fascinants qu'attachants
qui déambulent dans un hôpital en proie à des phénomènes étranges. Fantômes, possessions, expérimentations douteuses, Lars Von Trier parvient à mêler – non sans un humour féroce – un large panel des thématiques propres au cinéma fantastique. On retrouve le savoir-faire filmique du cinéaste avec ses ambiances cauchemardesques et l'inventivité formelle chère au réalisateur.
La série aura un tel succès qu'un remake américain sera réalisé sous le titre Stephen King presents Kingdom Hospital (bien moins réussie que l'originale, faut-il le préciser).
Provocateur, brillant, inclassable, Lars Von Trier nous promet encore de grands moments de cinéma avec son Antichrist très prochainement à l'affiche et son projet Dimension, commencé en 1994, dont le but est de filmer régulièrement les mêmes acteurs pendant trente ans... Et vous pensiez ne plus pouvoir être surpris ?
Michaël Avenia