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A- Qui a inventé le jazz ?

B- Les sources

Références discographiques

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QUESTION N3 :
Qui a inventé le jazz ?

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A. Qui a inventé le jazz ?

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A cette question volontairement naïve, nous répondrons tout d'abord de manière lapidaire: les inventeurs du jazz sont des Africains déportés en Amérique, autrement dit des Afro-américains.

Cela dit, il est amusant de savoir que plusieurs jazzmen des débuts se couronnèrent eux-mêmes du titre d'"inventeur du jazz". Vanité ou cabotinage? En tout cas les premières formes de jazz doivent-elles être recherchées vers la fin du XIXème siècle où s'affirme peu à peu une musique nouvelle, issue d'une lente macération de différents ingrédients. Voici lesquels:

  • Dès le XVIIème siècle, 200.000 Africains sont déportés sur le continent américain pour y être soumis à l'esclavage. Trois siècles plus tard, ils seront des millions. A partir de ce moment, la pratique musicale des Africains, si étouffée soit-elle par les Blancs, va néanmoins s'exercer et connaître l'influence de la musique qu'écoutent ou jouent les maîtres. L'intégration de certaines caractéristiques de ces musiques au niveau le plus profond de l'expression musicale africaine entraînera, après quelque trois siècles de macération, la création d'une expression nouvelle, marqué sur le plan rythmique par le phénomène du swing.

    Sur le plan mélodique, on constate notamment la création d'une gamme nouvelle dont les notes de tension, dites en anglais "blue notes", seront à l'origine du blues, qui fait partie intégrante du jazz.

    Il est important de garder en mémoire, lorsqu'on aborde le processus d'élaboration du jazz, le fait que la musique traditionnelle africaine contenait en elle les germes prédominants que sont:
    • des rythmes irréguliers ou "déhanchés" (ce terme nous paraît le mieux convenir à vulgariser ce que les musiciens reconnaîtront comme des "syncopes" et "contretemps"), qui transformeront puissamment la rythmique occidentale;
    • des gammes souvent pentatoniques (le musicien s'exprime au moyen de cinq notes différentes) qui, confrontées aux gammes de sept notes occidentales, entraîneront des transformations, peut-être même directement au niveau des deux notes supplémentaires, les fameuses "blue notes" du blues. (Cette dernière hypothèse est parfois contestée).

Toute l'âme noire est là: deux notes dites "blue notes", baissées par rapport à la gamme "majeure" (gamme de référence en Occident) au moyen d'un "bémol", peuvent également ne pas l'être (grâce à un "bécarre"), au gré de l'humeur, de la mélancolie ou de la joie du chanteur... Cette versatilité (au sens anglais et positif du terme) constitue à elle seule une grande caractéristique du jazz.

  • L'adhésion de plus en plus grande des Afro-américains à la religion protestante les conduit à chanter, à l'église, les chants sacrés des Blancs. Cependant, notamment au niveau de la langue anglo-saxonne dont ils ne maîtrisent pas bien les accents toniques, les Afro-américains vont bouleverser la manière traditionnelle d'interpréter ces chants. De toute manière, ni leurs structures rythmiques ancestrales, ni leurs structures mélodiques ne correspondent à la manière occidentale de concevoir la musique. Le mélange qui s'ensuit est fondamental dans le processus de création du jazz.

A la fin du XIXème siècle, ce sont près de 300 ans de macération qui auront permis l'établissement d'un véritable swing constitutif du jazz, qui s'incarnera dans la musique d'église chantée, principalement sous la forme de "spirituals" et de "gospels".

  • L'origine du spiritual paraît remonter à la fin du XVIIIème siècle, reflétant plutôt l'expression de la souffrance que de la joie ou de l'espoir, lesquels furent du ressort du gospel à partir du début du XXème. Il est intéressant de constater que l'aspect ”dialogal” évoqué par une des acceptions du mot "jazz" (voir réponse à la question 1) est très présent dans le spiritual et le gospel (les fidèles font "la réplique" au prêtre, une phrase après l'autre); d'autre part, ce même rapport ”dialogal” existe dans un grand nombre de musiques ancestrales africaines... Grâce au gospel, les Noirs peuvent exprimer à l'église leurs sentiments profonds et... ancestraux. Le Révérend Kelsey parlait de "la joie extatique avec laquelle les Afro-américains interprétaient les psaumes et les cantiques. Ils associaient la danse et la liturgie".

  • A partir du moment où les Afro-américains sont libérés de l'esclavage (1865), ils auront accès à des instruments de Blancs. Ils passent alors peu à peu des tambours, planches à laver, balafons primitifs, importés d'Afrique et éventuellement perfectionnés sur le continent américain (en ce qui concerne le banjo), à des instruments de fanfare (trompette, clarinette, trombone), ainsi qu'au piano. Jouant de ces instruments, ils s'inspirent du répertoire européen (musiques pour fanfares, musique classique pour piano) mais, selon le principe décrit ci-avant, ils détournent la musique de son style original pour l'imprégner peu à peu des acquis du swing et du blues. Cet aboutissement se produit au début du XXème siècle. Dans cette évolution, il ne faut pas négliger l'apport des Créoles (les Noirs des colonies françaises, non soumis à l'esclavage), qui étaient aussi bien commerçants qu'hommes d'affaires ou... musiciens. Ainsi de Sidney Bechet, qui fut l'un des premiers jazzmen reconnus, et s'illustra dans le premier style de jazz, nommé "New Orleans". Ainsi aussi de Ferdinand Joseph La Menthe, dit "Jelly Roll Morton", qui se disait l'inventeur du jazz...

NB: nous avons beaucoup parlé de swing, en tant qu'élément constitutif du jazz. Souvenons-nous que ce terme sert également à définir un style de jazz correspondant à une époque. Le swing en tant que caractéristique rythmique existe dans tout le jazz, quels que soient le style et l'époque (tout au moins jusqu'aux années '60 où certains musiciens rompent expressément avec lui).

REFERENCES DISCOGRAPHIQUES: voir réponse à la question 4

A propos de disques, signalons d'emblée que toute l'histoire du jazz en dépend. L'industrialisation du disque, qui commence en 1917 en ce qui concerne le jazz, est l'instrument fondamental de diffusion qui permettra aux musiciens de s'écouter les uns les autres en dépit des distances géographiques ou des conditions sociales (accès aux lieux de concerts trop coûteux, cours de musique inexistants ou trop onéreux également).

 
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