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Albums essentiels en Soul Revival

 

 

Nicole Willis & The Soul Investigators – Keep Reachin’ Up
Timmion Records (2006

Nicole Willis Véritable concentré de Funk et de Soul, Keep Reachin’ Up est bel et bien la bombe annoncée: une immersion dans le Détroit des années 60 avec cette petite touche de modernisme puisque l’album joue régulièrement entre le son analogique et digital. Munie d’une voix virtuose, Nicole en subjuguera plus d’un par sa présence et sa façon si typique d’embrasser les rythmes endiablés concoctés avec hargne par les musiciens finlandais The Soul Investigators. Car il est bien question d’une musique brute de décoffrage. Rien qu’à écouter «Holdin’ On», on sent qu’un grand travail sur les mesures et les cordes a été effectué. Les arrangements sont soignés, la préoccupation de créer un ensemble créatif massif et objectif transparaît dès les premières notes,… Franchement, il y a peu de reproches à formuler sur cet essai tant chaque titre est une invitation à découvrir l’ancien Detroit, là où la musique était essorée, libérée d’éléments peu recommandables. Mais ce disque ne fonctionne pas uniquement sur des bases fixes, il prend plaisir à scruter l’institution Motown («Invisible Man» et «My Four Leave Clover»), à reconduire un Funk enjoué («Keep Reachin’ Up», «Feeling Free») sans pour autant occulter le Blues. La démarche entreprise par cette collaboration se caractérise par la multiplicité des genres pratiqués et aussi par une volonté de mettre en avant un art direct qui frappe là où il faut. C’est un peu comme si on faisait face à un boulet de canon qui file à toute allure sans se soucier des conséquences: un album imperturbable, très «géométrique» à cause de ses rythmes acérés et qui remet au goût du jour un style qu’on oublie rapidement. Et comme souvent dans le milieu «Néo Vintage», l’esthétique des pochettes d’antan est mise à l’honneur: graphisme minimaliste et coupe de cheveux Rétro forment une recette atypique, une façon aussi de se démarquer des CD habituels qui ornent les bacs des disquaire et donc, d’interpeller le consommateur potentiel.

A écouter aussi :


Egalement conseillés :

Sharon Jones, Laura Lee, TBridge, Amy Winehouse, Celia Chavez

 

Breakestra – Hit The Floor
Ubiquity Records (2005)

Breakestra Prenez un DJ qui avalé des classiques Funk à la pelle (Miles Tackett), entourez-le ensuite d’une multitude de musiciens plus motivés les uns que les autres: Mike Bolger et Paul Vargas aux trompettes, Dan Ubik à la guitare, Pete McNeal à la batterie,… Associez un rappeur-percussionniste Miwmaster Wolf au tout et vous obtiendrez un cocktail explosif où le Funk rutilant des années 60 est ressucité, notamment grâce aux nombreux clins d’œil adressés à James Brown. En fait, les interventions de Mixmaster copient les performances scéniques du maître:  tantôt elles s’avèrent brutes comme le confirme les nombreux cris expulsés en réponse à l’énergie intense qui se dégage de la musique (« Hit Tha Flo! »), tantôt elles épousent le chant vigoureux (« Keep On Playin’ »). A chaque fois, l’ombre de James Brown plane sur ce disque, mais sans excès. Miles Tackett préfère jouer la carte de l’intelligence: retravailler le Funk de la Nouvelle Orléans tout en la saupoudrant de basses Hip Hop bien carrées et rondes. En découle de ce témoignage virevoltant de l’esprit des années 60-70, un voyage dans les entrailles de la musique noire. Miles applique les sciences modernes (il a travaillé aux côté de De La Soul, Digable Planet, Guru,…) à l’héritage incontournable. Résultat: une tsunami groovy emporte quasiment tout sur son passage, laissant ainsi des dégâts importants derrière lui. Vous ne pourrez pas résister aux rythmes endiablés de cet essai, vous vous laisserez sans aucun doute emporter dans un tourbillon d’instruments hétéroclites dont l’expression artistique est prise sur le vif, en direct. La préoccupation de coller à l’âge d’or du Funk est tellement palpable dans la formation que le célèbre bassiste du groupe hip-hop The Roots,Questlove, était persuadé d’avoir affaire à un orchestre sorti tout droit des années 70 lorsqu’il les avait écouté pour la première fois. Ca en dit long sur la singularité de ces énergumènes… 

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Egalement conseillés :

The Quantic Soul Orchestra, The Bamboos, The J.B.’s, Incredible Bango Band, Lyn Collins

 

 

Amy Winehouse – Back To Black
Universal Music (2006)

Amy Winehouse Dire qu’Amy Winehouse est une artiste célèbre relèverait du doux euphémisme. Affirmer qu’elle est devenue l’enfant terrible de l’industrie actuelle, là on touche à la réalité. En effet, on ne compte plus les scandales et autres faits divers croustillants qui rythment régulièrement les tabloïds anglais et la presse en général. Véritable génie de la Soul Revival (ou Soul tout court) pour certains et sale Junkie qui passe son temps à claquer l’argent de son succès en poudre blanche pour d’autres, la dame ne laisse manifestement personne indifférent… De toute façon, elle s’en fout éperdument. Elle vit sur sa petite planète, certes gangrenée par des vices divers, mais cela ne la gêne nullement. Une planète où la couleur dominante serait le noir: des mélodies mélancoliques et sinistres, des paroles poignantes et pertinentes, … Le tout est enrobé par du Jazz et de la Soul en version «acide», un subtil retour dans les tourments d’une Ellie Ftzgerald et dans la grâce ravagée par la drogue et l’alcool de Billie Holyday. Les compositions sont partagées par deux pointures du milieu: Salaam Remi d’un côté qui est un des producteurs fidèles du rappeur Nas, et de l’autre nous avons Mark Ronson, un scientifique anglais amoureux des instruments Live. La voix puissante et nasillarde enivre le premier venu, s’accorde avec élégance des compositions piochées dans le Rythm and blues. Que ce soit sur le titre éponyme où la diva souffre le martyr, lacérée de violons assassins qui font de subtils échos aux anciens films d’espionnage (style James Bond) ou encore sur «Just Friends», un appel au Reggae, Amy Winhouse exploite finement la fibre Soul/Jazz de l’époque sur ce 10 titres. Un contenu très condensé, sans fioritures et dont les titres sont agencés d’une telle façon qu’ils encouragent l’auditeur à se repasser l’album en boucle… Comme de la bonne came, garantie toutefois sans overdose !

A écouter aussi :

Egalement conseillés :

The Shangri-Las, The Crystals, The Marvelettes, Minnie Riperton, Ella Fitzgerald, Duffy, Joss Stone

 

Sharon Jones & The Dap-Kings – 100 Days, 100 Nights
Daptone Records (2007)

Sharon Jones Dans les coulisses du succès de la Soul Vintage se cachent des musiciens passionnés, des bandes  de copains animés par une seule envie: faire renaître le souffle si puissant de la musique noire, réutiliser des instruments de l’époque pour mieux embrasser l’atmosphère qui émanait des pères fondateurs de la discipline,… Ces orchestres, ce sont les Soul Investigators et les Dap-Kings. A moins de jeter une œil attentive dans les livrets d’albums, vous n’avez sans doute jamais entendu parler de leurs activités, et pourtant… C’est grâce aux Dap-Kings qu’Amy Winehouse est autant plébiscitée. Et depuis, beaucoup d’artistes sont intéressés par leur capacité à faire de la Soul à l’ancienne, on se les arrache même. Curieusement, la face la plus «visible» de cette mouvance est produite par ces musiciens là. Et Sharon Jones ne déroge pas la règle, elle qui a commencé à faire ses armes… En faisant résonner les couloirs d’une prison de sa voix si puissante! Et oui, la Dame était dans une autre vie gardienne dans le célèbre pénitencier de Sing-Sing. A force de persuasion et de représentations dans les scènes les plus confidentielles de New York, Sharon est rapidement repérée notamment pour ses talents de cantatrice qui n’ont rien à envier à Tina Turner et Bettye Lavette. Avec les Dap-Kings, c’est une nouvelle voie qui s’offre à elle, une opportunité de faire plonger son audience dans les délices du Funk et de la Soul d’antan, et ce, sans aucunes compromissions. Que ce soit dans ses albums ou dans ses clips vidéos, absolument tout transpire l’hommage: la voix hystérique et incandescente, les chœurs expulsent des notes franches comme avant, les danses sont savoureusement limitées voire ridicules… Mais c’est voulu pour espérer atteindre complètement les objectifs Rétros. Les amoureux de la Soul vont sans doute tomber sous le charme de l’entreprise comme le confirme le média Longueur d’Ondes : « Pour présenter Sharon Jones, les noms d’Aretha Franklin et du parrain de la funk reviennent à juste titre. Mais n’y voyez pas une pâle imitation, Sharon Jones est une véritable “soul sister” ». Une soul sister qui a su se réapproprier et réactualiser la substantifique moelle des acquis de James Brown (elle est née dans la même ville que le maître à Augusta en Géorgie, un signe prémonitoire) tout en évitant rigoureusement de tomber dans des redites faciles. Quand on y pense, les grands noms de la musique noire doivent être satisfaits du soin que la nouvelle génération applique à leurs travaux.   

A écouter aussi :

Egalement conseillés :

The J.B.’s, James Brown, Otis Redding, Bettye Lavette, Candi Stato, Diana Ross, Lee Fields, Joseph Henry, The Mighty Imperials, The New Mastersounds

 

 

Raphael Saadiq – The Way I See It
Sony BMG (2008)

saadiq Non content de s'être déjà envolé à de nombreuses reprises vers des cieux musicaux inabordables pour le commun des mortels, le fondateur du trio Lucy Pearl et de la formation Toni Toni Toné (créatrice avec d'autres acteurs du New Jack Swing) récidive en balançant une bombe Old Shool baptisée The Way I See It. Car oui, Raphael a également succombé au concept à la mode de la « Retro Soul ». Ce parti pris ne semble plus trop étonner, car ce style d'approche fait désormais les joies des grandes maisons de disque. Mais là où une Duffy ou un Jamie Lidell se contentaient d'expérimenter cette identité sonore pour mieux y rebondir avec efficacité, Raphael Saadiq, fort de son passé de producteur et de chanteur (le classique Instant Vintage brille toujours pas son éclectisme), pousse la démarche encore plus loin en incitant l'auditeur à revivre les grandes émotions de la Soul d'antan. Des premiers pas du Rythm and blues jusqu'à l'explosion publique de Stevie Wonder, Marvin Gaye, des Delfonics, des Stylistics et on en passe et des meilleurs, nous avons droit à une analyse exhaustive des faits musicaux majeurs de l'époque. A voir sa façon de se présenter au micro muni de son costume cravate «so fresh so clean», Raphael présente un contenu sans concessions qui va même jusqu'à recycler les anciens standards esthétiques des vinyls. Et à l'écoute cela donne quoi ? Une émotion intense parcourt l'échine de tout amateur de musique noire et on peine à croire que l'on avale en 45 minutes nombre et nombre de classiques. Là on décèle les refrains chaleureux et plein d'entrain de « Let's Take A Walk », ici ce sont les violons obsédants de «Never Give You Up» qui viennent donner du tonus à l’harmonica de Stevie Wonder.

En apprenant que l'ex Toni Toni Toné a exigé qu'une grosse dizaine de musiciens vienne lui prêter main forte dans la réalisation, on comprend mieux d'où sort tout ce soin maladif à atteindre une hypothétique perfection. Le fruit de tous ces efforts se retrouve dans l'oreille à l'image de « Ohh Girl », de l'hispanique « Calling » et de l'entraînant « Love That Girl » qui replace le disque dans ses priorités thématiques que sont l'amour et la fidélité. Bien sûr, notre homme n'a jamais excellé dans le contenu textuel préférant jouer la carte de la simplicité et ainsi faire en sorte que son discours puisse atteindre un maximum de public. Et heureusement, la sauce prend puisque cette relative pauvreté lyricale traverse les frontières jusqu'à percer les barrières linguistiques. Un francophone par exemple n'aura pas trop de mal à s'immerger dans l'amour que porte Raphael pour sa compagne Joss Stone (« Just One Kiss ») où a décoder l'affection exprimée pour sa grand-mère (« Sometimes »). Au niveau du chant, l'artiste cale parfaitement sa voix sur les productions vivantes et chaudes comme le confirme « Sure Hope You Mean It » où l'organe se pose avec maestria sur la composition rythmée. Il ne s'en est peut-être pas rendu compte, mais Raphael Saadiq vient certainement de signer son solo le plus ambitieux et le projet qui lui touchait le plus à cœur. C'est un enfant qui s'est nourri de Soul et de Rythm and blues, un être assoiffé d'une passion pour la musique qui a incontestablement créé ici son essai le plus juste, le plus direct. Il faut dire que l'on applaudit des 2 mains quand ce genre de spécimen désire expérimenter des voies complètement différentes.

Article rédigé pour le site Rap2k.com et retravaillé.

A écouter aussi :

Egalement conseillés :

Al Green, D’Angelo, Lucy Pearl, Toni Toni Toné, Kindred the Family Soul, Bilal, Dwele