Tout naturellement, ce choix reste éminemment subjectif. Interprétez-le comme un guide pratique pour mieux déchiffrer et (re)découvrir la mouvance. A noter que vous trouverez à chaque fin de description d’un disque les autres albums à écouter ainsi qu’une liste des artistes dont les motivations se rapprochent de ceux mis en évidence.
Il me paraît également opportun de mettre en avant des noms importants qui ont hanté et influencé la vie d’un artiste de Nu-Soul. Cela permettra sans aucun doute d’attiser votre soif de découverte.
MAXWELL'S URBAN HANG SUITE - KM2160
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Berry Gordy, le fondateur du Motown à Detroit, a toujours organisé sa société comme une énorme industrie à tubes. Et c’est pas un hasard si la dénomination sociale de son label se rapproche étrangement de la Motor Town, le Detroit où un certain Henri Ford inventa la légendaire Ford T. Cette voiture fût révolutionnaire car c’est elle qui mit en pratique la théorie du Taylorisme, le fameux travail à la chaîne qui exigea une répartition planifiée des tâches dans la production. Motown Records était bâtie selon des règles inflexibles où toutes les professions se devaient de produire encore et encore. Mais qui dit création frénétique ne veut pas nécessairement dire un nivellement automatique par le bas. Et l’abeille Erykah Badu en sait quelque chose. Cette trouvaille de Kedar Massenburg est l’une des premières artistes Nu-Soul à se construire son propre univers: ses accoutrements excentriques, ses paroles touchantes, son attitude je-m-enfoutiste et son obsession à puiser dans toutes les formes artistiques possibles ou imaginables ont marqué l’année 1997. Elle aime se nourrir et grimper dans son arbre, évoluer dans une dimension parallèle à la nôtre. De ses pérégrinations diverses comme une présence affirmée dans le collectif Néo-Soul Soulquarians (un rassemblement de ténors du genre comme Jay Dee, Common, James Poyser, Mos Def, Talib Kweli…), la belle n’en gardera que le meilleur pour mieux le projeter dans ce premier solo. Le « Baduizm », c’est une religion, un mode de vie à embrasser afin de purger les tracas quotidiens. De sa voix nasillarde et douce à la fois, la princesse Erykah érige un environnement stylisé dans lequel règne une apaisante sérénité. Un retour judicieux dans les délices de la Soul des années 70, une assimilation parfaite des travaux de Earth, Wind & Fire, Stevie Wonder, Bob Marley et consorts, voilà en substance comment on pourrait résumer Baduizm. Un disque qui prend aux tripes, et qui conjugue magnifiquement un prénom « Erykah » aux consonances égyptiennes avec le «Badu» empreint d’une lumière sortie de l’âme et orientée vers la vérité absolue. Les orgues manifestent un doux message humaniste, les nappes électroniques marinées dans des influences Afro renforcent une identité singulière. « Appletree » et ses motivations à évoluer dans un cadre où la solitude dicte ses lois, un « On & On » élégant… Tout transpire la vie, ce besoin de célébrer la musique tout simplement.
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L’exemple parfait de la proximité entre le Hip-Hop et la Soul. Rappelez-vous la formidable reprise du « Killing Me Softly » de Roberta Flack, un titre qui aura monopolisé tous les tops internationaux et qui a hissé un groupe, les Fugees, au panthéon de la mémoire collective. Et pourtant, cette voix d’ébène concentrée d’aigus dont la caractéristique assez étonnante était de marier aussi bien un débit soutenu de vers avec un chant solennel, annonçait la fin d’une carrière déjà fort bien remplie. Parce que le cœur n’en pouvait plus des dissensions béantes qui secouaient le collectif, Lauryn Hill claque la porte et se lance dans la foulée dans l’enregistrement d’un disque, une sorte d’éducation intérieure à faire partager au plus grand nombre. Mais jamais nous n’aurions pu imaginer que ce The Miseducation Of Lauryn Hill atteigne un tel degré de perfectionnisme et mieux encore, un tel mariage des expressions musicales noires. Des clins d’œil aux ébullitions sociales des ghettos de New York ( « Doo Wop (That Thing) ») en passant par une remise en question des actes posés par le passé (« Everything Is Everything », « Ex-Factor »,…), ce monument, car c’est bien de cela qu’il s’agit, a fédéré en son sein une quantité impressionnante de forces en présence qui sévissent dans le milieu. John Legend, D’Angelo, Mary J Blige, James Poyser,… Tous ont participé à cette tentative de créer une fresque ultime dédiée à la vénération de la beauté noire. Une défi relevé haut la main et qui s’articule à l’écoute par des poèmes envoûtants, des mélodies d’une détermination et d’une maturité telle qu’elles resteront à jamais gravées dans l’inconscient de tout un chacun. Et heureusement, le public ne s’y est pas trompé puisque l’effort a atteint le stade mythique du disque de diamant. L’engouement était si intense à l’époque qu’aujourd’hui, les fans de Hip-Hop et de Nu-Soul considèrent cet essai comme un classique incontournable qui hante leurs styles respectifs.
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Délaissant un académisme malgré tout magistral sur le Brown Sugar, D’Angelo décide de faire machine arrière et de redéfinir (déjà) les frontières de la Soul moderne. Exit les formes classieuses et (relativement) balisées, place à l’expérimentation, à la rage de faire écrouler les frontières. Voodoo, comme son nom l’indique, c’est une porte ouverte aux plaisirs coupables, à la pratique de la magie noire. Les corps sont dénudés, la chaleur étouffante vient humidifier des corps manifestement prêts à s’entrechoquer, à se marier et à copuler dans une orgie tonitruante. Au loin, on entend une brise légère annonciatrice d’une menace imminente, de drôles de cris, comme des hurlements de personnages possédés par le démon, ou plutôt d’âmes contaminées par toutes sortes de substances hallucinogènes. L’atmosphère vous prend à la gorge, elle contraint le cadre artistique à se mouvoir dans un environnement complètement clos où l’obscurité prime. Entre les incantations occultes et un désir explicite de toucher la transe collective, Voodoo sème le trouble à l’écoute et oblige l’auditeur à s’armer de persévérance pour ainsi décortiquer les thématiques projetées. Musicalement parlant, c’est fascinant. D’Angelo invite tout le gratin du Hip Hop et de la Soul: Raphael Saadiq, DJ Premier, James Poyser, Jay Dee, les membres du Wu-Tang Clan (Method Man et Redman)… Mais le nom qui retiendra plus l’attention sera très certainement le trompettiste Roy Hargrove, une éminence grise au service d’un répertoire plus que jamais étincelant, le Jazz. Telles des métronomes, les basses haussent le ton et entraînent dans leur sillage trompettes, piano et percussions variées. Ce qui prime le plus c’est cette idée que la musique échappe aux rythmes consensuels, négocie un virage artisanal et arbore une vision passionnante où l’homme s’accapare complètement les fondamentaux de son édifice artistique. D’Angelo est pilote de son œuvre, attache sa voix à un train foisonnant de chaleur et lance une thématique à peine déguisée sur la beauté de la procréation. Son chant en a dérouté plus d’un tant il se démarque de la concurrence: mielleux à souhait, un liquide prêt à bouillir comme le démontre « The Line ». Cet organe fantasmatique, un digne héritage de celui de Marvin Gaye, est placé judicieusement dans les « extrémités » des productions, moule les chansons avec ténacité pour en faire ressortir une épure enthousiasmante. A mi-chemin entre Hip Hop, Soul et Jazz, il tisse des liens, échafaude des ponts et se situe à mille lieux de la catégorisation facile. Le Groove, il l’a dans la peau, il gravite autour de toutes choses, réfléchit sur le silence car la musique a de nos jours trop tendance à sonner dans la cacophonie générale. Un silence pour méditer, un silence pour exister.
Selon bon nombre d’observateurs, c’est à partir des travaux de ce chanteur que d’autres artistes fixeront leurs repères. C’est un peu l’un des « pères » du mouvement.
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Philadelphie est l’un des berceaux de la musique noire. Cité aux multiples visages, écartelée entre les arts diversifiés et la sphère du travail laborieux (présence de nombreux sites industriels lourds), elle n’a eu de cesse de surprendre le premier venu grâce aux multiples trésors patrimoniaux ou culturels qu’elle renferme. Devant autant de brassages, la musique ne peut pas échapper à ce dynamisme voué à s’auto-alimenter sans cesse. Et ce que vient de réussir Musiq. Effectuer un rapprochement aussi subtil entre la Soul, le Hip-Hop et le RnB et en faire un objet d’une profondeur personnelle, c’est quasiment unique en soit. Stylisé, il dépose ses vers en respectant les us et coutumes du Rythm & Blues contemporain et vient dès lors (peut-être sans s’en rendre compte) de pousser la définition de la Nu-Soul dans les limites de son champ sémantique. Mélodies millimétrées, chant fougueux muni d’un timbre enflammé, productions ardentes qui se cristallisent le plus souvent en des montagnes de basses dédiées au Hip-Hop, Juslisen se matérialise au fil de ses 78 minutes en une pièce d’orfèvrerie viscérale où l’amour de la femme côtoie une dévotion absolue à atteindre le stade de la spiritualité. La sagesse hante l’opus, parfois elle se retrouve dans les performances Gospel (« caughtup »), dans les ballades intenses (l’électrique « halfcrazy », le solennel « dontchange »), souvent elle effleure les tympans comme le démontre Eric Roberson, quand celui-ci vient soutenir des chœurs déjà gorgés de chaleur (« previouscats »). Cet enfant de la Soul (« Soulchild », il se définit comme tel) entretient ses désirs de rendre un hommage soutenu aux ténors du genre. Et l’imagerie dépasse même l’art musical puisque le bonhomme va également jusqu’à se pencher sur l’emballage esthétique à conférer à ce second effort. En parcourant le petit livret, on est de suite captivé par une mise en abyme, une atmosphère effervescente qui émane d’une petit appartement d’un chanteur Soul. Les vinyls sont soigneusement rangés, l’odeur du bois apporte une touche intemporelle, le tourne disque est connecté à un casque haut de gamme et l’intéressé est là, fouinant dans sa collection avec ce visage rond paré de lunettes de soleil. Une place toute particulière est accordée aux enceintes, un message à destination de l’audience pour leur dire qu’avant toute chose, il s’agit d’un disque de passionné taillé à ravir les passionnés. Manifestement les frères McArthur (les producteurs) ont donné naissance à une fresque tortueuse qui s’amuse à imbriquer les influences noires pour le plaisir des oreilles. Et c’est pas un hasard si Musiq a décidé d’exploiter le concept de coller des termes indépendants, c’est justement pour prévenir que son expression repose sur des genres diversifiés. Un album qui baigne dans un univers singulier et qui n’attend que les amateurs prêts à attaquer la mouvance en douceur.
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Découverte via le groupe Hip-Hop acoustique The Roots, la chanteuse de Philadelphie, Jill Scott, humanise l’archétype de la joie de vivre, de cette envie de chanter des louanges au bonheur. Une friandise délicieuse qui émet des messages d’amour compréhensibles pour le commun des mortels, une immersion étourdissante dans la délicatesse, l’émotion à fleur de peau, le contact charnel… Résumer Who Is Jill Scott ? Words And Sounds Vol. 1 tiendrait de la démence pure tant cette œuvre tentaculaire touche chaque parcelle de la conscience. On a affaire à un discours sur l’âme dans sa démesure la plus totale et cette expression justement se base sur la simplicité. Dire les choses clairement, se mettre a nu devant le micro et déballer le bagage que l’on a emmagasiné tout au long de son existence, voilà le travail qu’incombe à cette cantatrice trempée dans la Soul depuis son enfance. Signée sur le label A Touch Of Jazz de DJ Jazzy Jeff et porte-étendard de la maison Hidden Beach Recordings, elle va démontrer tout au long de cet essai ses envies d’effectuer des rétrospectives sur des faits marquants de sa vie. Sa voix (Une relecture du style de Ruth Brown entre autres) peut muter selon ses humeurs. Tantôt elle flirte avec le rap, ensuite elle embrasse le Spoken-Word (sorte de poésie orale), les vers naïfs et enfin les fréquences suprêmes d’une Diva. Jill réalise d’une manière insolente son objectif à transformer son organe en un outil qui va observer ses expériences endurées dans le passé. Mais c’est encore plus profond que cela, Who Is Jill Scott? Words And Sounds Vol. 1 c’est la fierté d’être une femme, de crier au monde entier la beauté du sexe faible face à une culture qui ne cesse d’en dégrader l’image : le Hip-Hop. Paradoxalement, ce disque use et abuse des angles acérés de la culture pour mieux y pointer du doigt les dérives (« Love Rain »). La Néo-Soul gagne en souffle en 2001 car ce sera le terrain privilégié et un vecteur essentiel propice à communiquer l’état d’esprit des féministes de l’époque. Attention, Jill Scott, India. Arie, Alicia Keys ou encore Angie Stone ne sympathisent pas avec des idéologies extrémistes, elles essayent simplement de réparer des injustices. Musicalement parlant, Jill entretient sa passion d’être et se sentir femme avec de magnifiques relents jazzy (« It’s Love »), affirme son statut d’élément essentiel dans une relation amoureuse sous la coupe de violons obsédants (« He Loves Me ») ou va encore se noyer dans les bras de son prince dans la minute électronique la plus intense du disque (« I Think It’s Better »). Une célébration de l’individu, du respect mutuel, de la beauté et de la grâce. Ce premier effort de la cantatrice fera date dans l’histoire de la Nu-Soul pour sa maturité musicale et aussi pour son caractère bien trempé. En effet, si Jill prend certainement du plaisir à montrer une facette joyeuse de sa personnalité, il arrive parfois qu’elle pète les plombs comme quand elle découvre un jour sur un forum Internet des commentaires désagréables qui attaquaient sans fondement sa propre personne. Qu’à cela ne tienne, la belle retrousse ses manches et sort le vindicatif « Hate On Me » (présent sur le troisième album studio) en guise de réaction. Comme quoi, il ne faut surtout pas jouer avec ses nerfs!
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2001, c’est le millésime de tous les exploits, ou plutôt devrait-on dire une année placée sous la signe d’une spirale féminine qui va se déployer contre les attaques de n’importe quelles natures. Et pour donner de la force au message, quoi de mieux que de réexaminer la colonne vertébrale qui concentre en elle l’essence même de la musique noire ? Des racines solidement ancrées dans la terre, un retour aux sources salvateur afin de faire primer des dynamiques qui traversent quotidiennement le noyau familial (« Soul Insurance », « Brotha », « Easier That Done »…), c’est cela que souligne ce deuxième essai et qui a été régulièrement les motivations de ces chanteuses: laissons de côté le matérialisme, la confrontation physique et la violence. Revenons à des choses simples, méditons sur les relations que nous entretenons avec nos proches… Manifestement, la démarche adoptée est le dénominateur commun de cet essai. L’ex-compagne de D’Angelo a suivi un circuit artistique intense qui l’a emmenée à rapper en 1980 pour le groupe The Sequence, s’est inscrite dans le Rythm and blues en formant le trio Vertical Hold en 1996… La belle s’est alimentée de sa curiosité innée et a construit au fil de ses expériences une voix suave apte à relever tous types de difficultés, un instrument en accord avec ces grandes Divas black qui faisaient trembler la Soul de leur prestance. Mahogany Soul plaide pour la contemplation du magnifique acajou que possède la musique noire et puise dès lors ses éléments musicaux dans des codes usés jusqu’à à la corde. Et paradoxalement, la vieille recette de grand-mère reste toujours aussi effective à l’heure d’aujourd’hui. Cela est sans doute imputable aux productions vivantes de Raphael Saadiq, Angie Stone elle-même ou encore à la présence d’anciennes compositions remises au goût du jour comme celle de «Simply Beautiful» d’Al Green sur «20 Dollars». La limpidité de l’œuvre n’a d’égal que son authenticité, une volonté d’exposer des matières en accord avec notre réalité (la crainte de perdre un être cher sur l’aérien « Wish I Didn’t Miss You »). Le disque réussit à nous parler, motive son public à se questionner sur lui-même ainsi que sur la place qu’il occupe dans la société. Au diable les critiques qui hurlent que cette oeuvre exploite de nouveau les mêmes guitares, les mêmes basses et autres élans électroniques, le résultat s’avère soyeux, onirique et immergera à n’en point douter l’auditeur dans les méandres d’un genre tortueux à souhait. Ce deuxième essai frappe fort et juste et c’est l’essentiel.
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Un artiste d’envergure où la communion des genres adopte une vision équilibrée, tiraillée entre la Soul, le Jazz et l’Acid Jazz (une combinaison du Jazz avec des influences Hip-Hop et Funk principalement). Omar a voyagé partout au fil de sa carrière, il fait usage d’une expression artistique bien précise et il peut subitement à tout instant faire volte face et lâcher un monde pour un autre. Un jongleur frivole, un expérimentateur de génie et avant toute chose, un amoureux de la musique. Et il fallait bien un tel personnage à la scène «Black» anglaise profondément meurtrie par la vague noire américaine qui domine outrageusement les débats. Multi-instrumentaliste et chanteur aguerri (un timbre reconnaissable entre mille), Omar Lye-Fook, fort de son patrimoine personnel plus que recommandable, est perçu par le milieu comme le «père» de la Nu-Soul. Le statut patriarcal doit plutôt être vu comme un souhait de donner la marche à suivre à ceux désireux de s’attaquer à une refonte de la musique d’antan. Autant le dire platement avec ce cinquième essai, Omar pousse l’avant-gardisme à un stade rarement atteint depuis. Est-ce que cela provient de ses talents de prestidigitateur à combiner de multiples matières premières différentes ou de sa maestria vocale? On n’en sait fichtrement rien. La seule certitude qui nous vient à l’esprit c’est de se dire que l’on est attaché à un train qui roule à 300 km/h sans trop comprendre ce qui se passe réellement. Un exemple parfait qui démontre combien on est enfermé quotidiennement dans une perception qui additionne les parties. Avide de délires électroniques, de relents Funk et d’ambiances feutrées, le chanteur nous convie à le suivre dans un grand huit pour passer en revue – et à vitesse grand V – les tenants et aboutissants d’un art gorgé de couleur ébène. Ni trop long, ni trop court, l’album est condensé et frappe là où il faut, c’est à dire à fournir à l’auditeur un clé «passe partout» lui permettant ainsi de mieux déchiffrer par la suite les innombrables facettes artistiques qui se présenteront à lui. Le plus captivant dans l’affaire c’est que cet effort entretient régulièrement le sens de l’hommage, l’hommage pour la Soul des années 70-80 mais aussi pour ces films un brin Blaxploitation sur «Syleste» et «Essential». Son oeuvre transpire de teintes hétéroclites, de chœurs chatoyants, d’une prise de risque étonnante et renferme en son sein assez de promesses et d’enjeux pour alimenter une dizaine d’albums actuels… Best By Far s’anime de contradictions mais occupe une position fixe et imperturbable, se nourrit de points de vue divers (présence du rappeur Guru, de la Diva Angie Stone,…) et sonne comme un recueil personnel tout en pudeur. L’Angleterre a son sauveur, un chimiste sonore désormais courtisé par les géants de la discipline, et plus particulièrement par les Américains. Belle revanche.
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Alicia Keys est une admiratrice de la Soul et à écouter ce premier essai, on y ressent automatiquement toutes les strates, ces plaques tectoniques des années 70 qui ont marqué durablement la musique de son empreinte. Alors, malgré les sempiternelles rotations audiovisuelles de ses œuvres, malgré l’acharnement médiatique, les millions d’albums vendus de par le monde, la belle Alicia a su préserver une expression ouvertement dédiée à l’amour de la Soul. Car on pourrait faire l’analogie de son travail avec celui du cinéaste Quentin Tarantino : l’un comme l’autre s’abreuvent de matières à plus soif et ne retiennent que les faits les plus saisissants pour mieux nous les resservir sur un plateau doré. Bien sûr, on est à la limite du plagiat, bien sûr les phases de piano ont déjà été exécutées maintes fois mais c’est principalement l’universalité du répertoire qui dicte ses lois sur Songs In A Minor. Un répertoire qui repose essentiellement sur les réalités urbaines et qui se laisse construire par le travail d’une plume enfermée dans un environnement voué à analyser une ville, en l’occurrence ici, le Harlem natal. Un conflit palpable va naître entre d’un côté un amour lumineux et de l’autre une tendance à s’intéresser aux facteurs sociaux. Dans « Troubles », on assiste à la déliquescente chute simultanée d’une citoyenne et de sa ville dans les abysses de la folie et des ténèbres: les gyrophares éclairent le tarmac trempé, l’obscurité renferme une tonalité fidèle aux éternelles problématiques criminelles, Alicia Keys sombre dans la dépression, asphyxiée et découragée par monde dont elle ne parvient pas à en saisir la signification première. Elle fait l’étalage de ses anxiétés en se réappropriant les mythes de la Blaxploitation, notamment sur «Rock Wit U» (un morceau exploité par la suite sur le remake du film Shaft). Bien entendu, sa jeunesse d’époque ne pouvait faire abstraction de la culture Hip-Hop, de standards du Rythm & Blues contemporain, mais elle s’imprègne volontairement d’une conjoncture récente pour mieux y rebondir avec efficacité. Par exemple, l’omniprésence du piano sur « Girlfriend », « A Woman’s Worth » ou « Mr. Man » apporte une touche sensuelle et envoûtante à des productions d’une géométrie extrême, d’une superficialité en apparence tout du moins. Pianiste virtuose, beauté fatale experte dans l’art d’assembler les mots et de les agencer par la suite, Alicia Keys démontre sans ostentations sa parfaite connaissance du secteur, et reproduit les schémas des mélodies salvatrices de l’époque (« Fallin’ », « Butterflyz », « Goodbye »,…) pour y inclure un ingrédient magique, permettant ainsi à l’ensemble de l’effort de se retrouver parmi les disques aptes à voyager entre les générations.
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Celle qui a toujours pris Stevie Wonder comme modèle (au point d’ailleurs d’en reprendre les sujets de prédilection) sera rapidement repérée par l’insatiable Kedar Massenburg. On pense que le bonhomme a dû être enthousiasmé en écoutant une voix douce et puissante à la fois venir frôler une guitare projetant des notes mélancoliques… C’est que cette digne héritière de Minnie Riperton trouve dans la musique le moyen d’en extraire une substance religieuse. Un moment de recueillement viscéral où l’art se transforme en une sensuelle réflexion sur l’existence, l’amour, la joie de vivre mais aussi sur les drames humains. Une chanteuse très «intello» qui s’est à de nombreuses reprises engagée dans des luttes contre le SIDA au Kenya notamment. Devant le sérieux de l’entreprise, India. Arie laisse couler une musique Soul lorgnant sans vergogne vers le Folk et où la simplicité apparente des compositions fait mouche dès la première écoute. Un ange d’espoir et d’enseignement qui voyage au gré des vents prêcher la bonne parole à qui veut bien l’entendre… Un sermon chargé de conditions comme un «Ready For Love» débordant de profondeur mais qui en même temps, tente d’arrondir les angles via l’application du respect mutuel. Et oui, le féminisme revient au galop!
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Erreur : Référence incorrecte (Attention aux espaces !)
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C’est en approchant les agissements des Soulquarians que Bilal s’est fait un nom sur la scène Nu-Soul de Philadelphie. Interrogé à propos du collectif, l’intéressé ne tarit pas d’éloges : «Ils sont pour ainsi dire nos aïeux» s’exclamera t-il. Cet enfant éduqué entre autres par la musique du producteur jamaïcain King Tubby et passionné de Jazz, a vogué parmi les membres de la Soulaquarian avant de réellement plancher sur son premier solo. Endossant le rôle de l’élève, Bilal suit méticuleusement leurs agissements pour espérer un jour les ressembler. Et ce jour est bien arrivé un 17 juillet 2001 quand 1st Born Second pointe le bout de son nez. Définition d’une Soul à géométrie variable faisant écho tant au Hip-Hop (notons la présence de Dr. Dre dans les productions, fait assez rare pour être souligné) qu’à un recadrage plus «conservateur» de la Soul, le chanteur fait état de ses obsessions amoureuses où l’idéalisme vibrant rappelle Donny Hataway. On s’alanguit de ces ballades langoureuses, d’une voix dont l’élasticité remarquable couvre aussi bien des gammes peu accessibles que des tonalités bizarroïdes. Cet instrument ensorcelant tire un incommensurable bénéfice de rituels incendiaires crées par des James Poyser et?uestlove entre autres, des partitions basées la plupart du temps sur la parcimonie des moyens mais qui laissent échapper, dès les premières secondes, un océan de bénédiction et de ferveur à l’esprit de la musique noire.
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Ce serait impossible de dresser un liste exhaustive de ses agissements artistiques car le chanteur a à son actif un nombre conséquent de compositions, d’alliances, d’apparitions ou encore de co-productions fantomatiques. Il est devenu au fil des ans un mastodonte noir, un énorme engin cuirassé qui fonce dans toutes les étiquettes maladroitement dressées par l’industrie musicale, superpose à grand renfort de colle glue Soul, Rythm and blues, Techno bariolée et on en passe et des meilleurs. Au final, on découvre médusés un 19 titres alliant expérimentations et préoccupation éternelle à préserver des liens avec les chanteurs de l’époque. Comme il le dit si bien, son essai est «Gospeldelic», une itération psychédélique qui jongle avec les influences, fait fi des conventions établies et crée de ce fait un monde utopiste où les barrières n’existent plus. Un plongeon radical, au sens propre comme au sens figuré, dans un océan multicolore où les invités D’Angelo, Angie Stone, T-Boz (TLC) et Calvin Richardson garderont à jamais des séquelles visibles de cette odyssée. A la fois un des pionniers du New Jack Swing via la formation du groupe Toni Toni Toné, des premiers pas du Rythm and blues contemporain avec Lucy Pearl et ancien bassiste de Prince, Raphael Saadiq a appris la théorie pour mieux se construire une expression personnelle où la fantaisie la plus brute ne laisse aucunement la rigueur artistique au placard.
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Dans la vie, il existera toujours des exceptions (aussi minimes fussent-elles) pour venir chambouler nos perceptions des choses. Dans la Nu-Soul se produit un phénomène à l’identique, Jaguar Wright. Cette chanteuse au caractère bien trempé est l’une des seules à voir ses albums être estampillés « Parental Advisory Explicit Content ». Attention dès lors aux bien-pensants, le contenu de ce disque est bien plus «street», plus cru que les produits d’une Erykah Badu ou encore d’une Jill Scott. Et pourtant c’est ce qui fait son charme. Sa façon de jouer les rebelles, de venir se reposer sur un cadre classique pour communiquer des émotions personnelles… C’est justement sa psychologie singulière qui fait que sa musique en devient étincelante. Jacqueline Wright, de son vrai nom, a vécu une enfance bercée par le Gospel, les musiques de Stevie Wonder, les Rolling Stones, Marvin Gaye,… Un héritage artistique conséquent qui rejaillit indéniablement dans sa façon de chanter, tout en verve, en impulsivité et en rage comme un Jaguar prêt à bondir sur sa proie. D’ailleurs, son instabilité n’en peut plus de ces étiquettes qui balisent sa musique dans des codes définis. Excédée, elle sortira en 2005 Divorcing Neo 2 Marry Soul, une réaction virulente à tous ceux qui catégorisent un art voué à s’irriguer de courants hétéroclites. Mais qu’elle le veuille ou non, elle fait de la Soul moderne, une préservation des racines baignée dans des secousses contemporaines comme la reprise du soyeux «Love Need And Want You» de Patti Labelle par exemple. Jaguar Wright reste aussi fidèle à l’une des ouvertures voulues de la mouvance, ainsi elle invitera à de nombreuses reprises le rappeur Black Thought (un membre fort connu des Roots, c’est par ailleurs grâce à cette formation que la fille se fera connaître du grand public) à venir déposer ses rimes assassins sur des instrumentales délicates. Les spasmes électroniques sont omniprésents, le clin d’œil au Hip-Hop aussi. Bref, au risque d’être en contradiction avec les humeurs de la Madame, l’artiste pratique la Nu-Soul au sens le plus académique du terme. Evidemment, ce sursaut sera une réalité en 2005 avec le second album au nom provocateur mais il faut bien se rendre à l’évidence que ce dernier est qualitativement inférieur à son illustre grand frère. Devrait-on voir là un signe que ceux qui se démarquent de la majorité sont condamnés à se casser la figure ? A se remémorer l’histoire de l’intéressée, on serait bien tenté d’en faire une généralité…
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« Les arbres du Sud portent d’étranges fruits », c’est Billie Holyday qui le chantait en 1939 en reprenant le poème intitulé « Strange Fruit » de Abel Meeropol. Une virulente dénonciation du lynchage des Noirs par les autorités ségrégationnistes. Une chanson engagée, poignante et terriblement réaliste sur ce fait atroce devenu monnaie courante à l’époque. Ce fût l’une des nombreuses réactions aux crimes racistes et la sauvagerie humaine dans son ensemble. Mais malgré le passé douloureux et la crise financière actuelle qui aggrave la misère des Afro-Américains du Sud, il faut rester fier de ses origines et montrer coûte que coûte que sa contrée natale renferme des trésors. Naturellement, le discours de la musique noire a généralement muté en poèmes dont chaque rythme est un appel à peine masqué à se réfugier dans l’amour, mais en écoutant ce deuxième essai «officiel» d’Anthony Hamilton (il avait sorti un premier Solo baptisé XTC, physiquement introuvable de nos jours), on ressent automatiquement la moiteur d’une peau qui rentre en contact avec une chaleur étouffante couplée à un taux d’humidité élevé (Un Etat côtier de l’océan Atlantique marqué par de nombreux cours d’eau). L’atmosphère qui émane de l’interprète est bien entendu envoûtante mais c’est surtout le sentiment de labeur qui prime. On a beau posséder une voix suave et rocailleuse à la Bill Withers, les débuts en tant qu’artiste restent difficiles et Anthony en sait quelque chose. Lui qui a connu des faillites répétées de labels, des projets avortés et un mal fou à se faire un nom dans le milieu, est la personnification même de son Etat, la Caroline du Nord, qui traverse un parcours semé d’embûches. Heureusement, le bonhomme inverse la vapeur en donnant son accord à D’Angelo pour participer à la tournée « The Voodoo Tour » en tant que choriste. Cette expérience va lui ouvrir les yeux sur le monde musical professionnel. Et après une rencontre fructueuse avec Jermaine Dupri, celui-ci le signe immédiatement sur son label So So Def. En découle le magnifique Comin’ From Where I’m From, un matériau subtil où les messages véhiculés sont autant de rayons lumineux qui transpercent les cœurs. Muni d’un organe dont l’intensité des vibrations est presque aussi élevée que les prières les plus solennelles, le Crooner dresse un panorama tout en chaleur de sa situation comme en témoigne le titre éponyme, un regard exhaustif sur le noyau familial et qui tend à décrire avec précision les peurs universelles de l’être humain (peur de décevoir, peur d’avoir des enfants, etc.) ou encore met en place une description imprégnée de métaphores sur l’amour. Mais à chaque fois, cet album (et tout ce qu’il fera par la suite) reste inlassablement ancré à sa terre natale comme si le bonhomme se faisait un devoir de respecter un règlement ancestral. Les cuivres, produits pour la plupart par Mark Batson, résonnent comme des échos aux pleurs de la disparition d’un être cher ou de bien d’autres émotions soutenues. Tantôt bâti autour du Hip-Hop (« Mama Knew Love » reprend une instrumentale du « Momma Loves Me » du rappeur Jay-Z, elle-même influencée par le « Free At Least » d’Al Green.), tantôt auréolé de ballades dramatiques et sensuelles (« Charlene », « Lucille »), Comin’ From Where I’m From souligne la beauté des sentiments humains et offre au public cette image qu’Anthony Hamilton restera humble en toutes circonstances. Comme si la simplicité pouvait être la seule à même de produire des visions artistiques mémorables.
A écouter aussi :
Egalement conseillés :
Sam Cooke, Etta James, Bill Withers, Al Green, Musiq, D’Angelo, Raphael Saadiq, John Legend, Ledisi, Leela James, Stephanie McKay, Dwele, Jill Scott
Raheem Devaughn partage tout au long de cet essai ses doutes et ses peurs sur une planète qui ne tourne décidément pas rond. Et selon lui, le meilleur moyen de remettre les choses en ordre, c’est de faire de la musique. Un art se matérialisant via ces deux mains (Divines ?) et qui viennent secourir, protéger et préserver une culture humaine profondément imparfaite. A l’instar de cet enfant qui se questionne sur son avenir, empreint de paix de surcroît, Raheem adopte un positionnement identique par cette interrogation qui introduit l’essai: « Are you feeling loved today? ». Une déclaration pessimiste sur un monde plongé dans des conflits absurdes. Le «Love» est donc conjugué à toutes les sauces et revêt dès lors une portée qui ne se cantonne pas uniquement à la sphère des plaisirs charnels. Et pour composer un grand album, il fallait donner une suite artistique aussi diversifiée que les sujets explorés. Ce défi est relevé haut la main à l’écoute car ce The Love Experience est régulièrement ponctué d’influences diverses qui font aussi bien appel au Hip-Hop, à la Soul qu’aux élans électrifiés du Rock. S’en dégage du produit une combinaison délicieuse des genres où les chaudes chorégraphies vocales du Monsieur viennent cicatriser des zones où l’amour s’est vidé de son essence. On le prend au mot quand celui-ci se définit comme un « Rnb Hippie Neo-Soul Rockstar ». Les guitares employées rappellent du Lenny Kravitz sur «Cadillac», battent la mesure sur « Who » et « Catch 22 », ou viennent encore finaliser la ballade atmosphérique « Ask Yourself ». Raheem symbolise aussi ce désir de tout faire soi-même. Ainsi, il ressent cette envie de descendre dans la rue pour y vendre ses propres démos et autres mixtapes, il n’hésite pas une seule seconde à collaborer à des projets artistiques, multiplie les apparitions aux côtés de rappeurs confirmés (on pense à Talib Kweli et The Game)… Bref, le jeune homme fait son auto-promotion et ce, sans le concours d’un quelconque organe officiel. Et manifestement, la démarche paie puisque le public a très bien accueilli son travail. Ils ne cessent d’ailleurs de chanter les louanges dans les sites Internet spécialisés à un artiste qui mixe des sonorités sensuelles baignées dans de grandes envolées Rock’n’Roll, de ces mélodies immersives munies d’épaisses textures vocales hors du commun. « Sweet Tooth », une production propre à provoquer des déhanchés dans les boîtes de nuit, est un peu une exception thématique dans cet océan voué à analyser le sentiment suprême sous toutes ses facettes.
A écouter aussi :
Egalement conseillés :
Marvin Gaye, Donny Hathaway, Stevie Wonder, Dwele, Van Hunt, Eric Roberson, Floetry, Goapele, Ledisi
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" Le Discobus 3 n'a pu circuler ce dimanche 12/2 et est en réparation ce lundi 13/2 : pas de stationnement à Ath, Antoing, Leuze et probablement Mouscron . .
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