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Une dénomination qui crée la polémique

 

Cela fait un certain temps maintenant que le nom est remis en cause. Raphael Saadiq qui lance un grand «Rest In Peace» (repose en paix) à la Nu-Soul, Erykah Badu qui dresse ce constat en 2003 sur l’album Worldwide Underground, Marsha Ambrosius qui va encore plus loin en sortant en 2007 une mixtape tout simplement intitulée Néo-Soul Is Dead, le deuxième album de Jaguar Wright Divorcing Neo to Mary Soul, 2005… Sans compter les acteurs du milieu qui rejettent complètement cette étiquette.

Pour y voir plus clair, bref retour en arrière: au début des années 1990, Kedar Massenburg crée le terme Nu-Soul. Il va découvrir et signer des artistes comme Erykah Badu, India. Arie, De Barge,… Pour promouvoir leurs travaux respectifs, Massenburg imagine un nom qui rassemblerait ses poulains sous une même bannière. Mais il va aussi prendre conscience que ces chanteurs sont mû par un désir de se distinguer d’un genre plébiscité à l’époque, le New Jack Swing. En fait, ils tentent de communiquer leur passion pour l’âge d’or de la Soul et de ce fait, Kedar imagine de reprendre le concept de la New Jack Swing et de l’appliquer à la Soul. Il fallait désigner les œuvres de ces artistes qui se différenciaient du courant dominant tout en inscrivant leurs motivations dans le présent. C’est pour cela que le terme Nu-Soul verra le jour, une dénomination qui reprend la caractéristique de la nouveauté du nom « New Jack Swing » mais qui souligne très nettement un retour à un son organique, à des thèmes consciencieux, à une spiritualité revendiquée...

Mais alors c’est quoi réellement la Nu-Soul ? Tout simplement une façon de pointer le doigt sur un nouveau phénomène générationnel et sur une volonté évidente de perpétuer le travail des grands de la Soul ancienne. Concrètement, cette mouvance tente de réfléchir sur ce que la Soul aurait pu créer dès le début des années 90, lance au public des hypothèses sous la forme de questions sous-jacentes comme : « Comment aurait muté le travail artistique d’un Marvin Gaye, d’une Minnie Riperton,… S’ils étaient encore vivants aujourd’hui ? » Finalement, on assiste de nos jours à une continuité. Les artistes partent du postulat que la Soul aurait irrémédiablement croisé la route des rythmes carrés du hip-hop, des perfusions électroniques diverses…Ou serait même restée telle quelle ! (On pense à ce que produit le chanteur Donnie).

Mais cette querelle qui semble manifestement pas prête de s’éteindre, est révélatrice d’un élément fondamental qui a toujours émaillé l’histoire de la musique noire. Elle bouge, évolue et est avide d’expérimentations. Dire que la Nu-Soul soit un genre distinct de la Soul serait certainement faux puisqu’elle en matérialise la portée contemporaine. La musique afro-américaine s’est de tout temps nourrie des inventions technologiques (on pense à l’arrivée des synthétiseurs dès les années 70), aux influences diverses (encore en 70 avec une ouverture au Jazz/Funk). C’est une formidable matrice artistique qui fait fi de toutes logiques. Ainsi, il y a autant de différences entre la Soul des années 60 et celle des années 70, et vice-versa. Et en même temps, elle s’amuse à fréquemment reproduire des schémas rythmiques très classiques dans notre ère moderne (écoutez le Lay It Down, 2008 de Al Green, une musique qui semble figée dans une époque bien particulière). La Soul est à l’image des autres genres musicaux, perméable aux époques et qui est écartelée entre modernité et classicisme, continuité et immobilisme.