
Il est malaisé de distinguer le Drum’n Bass de la Jungle, et beaucoup d’analyses soutiennent qu’il s’agit simplement de deux termes différents pour une même musique. Ailleurs, on y voit plutôt une question de chronologie, de changement de nom : le Drum’n'Bass serait devenu la Jungle à la fin des années nonante. Suivant cette interprétation, ce qui caractérise le Drum’n'Bass résulterait de l’évolution de la Jungle. On peut accorder une certaine importance à plusieurs éléments: simplification des rythmiques; remplacement des breakbeats complexes par les structures plus rigides du techstep, dématérialisation et complexification des climats. Les influences jamaïcaines se font plus discrètes. Le chant raggamuffin est délaissé au profit de voix robotiques, ou de morceaux instrumentaux. La séparation chronologique entre Jungle et Drum’n'Bass correspond aussi à une période de repli de la communauté jungliste sur elle-même. Après le succès inattendu de la Jungle auprès du grand public et son détournement en « musique à la mode » mise à toutes les sauces, une grande partie des acteurs de la scène ont souhaité un retour à l’underground, à une plus grande authenticité. Vont ainsi être développées des stratégies visant à tenir le grand public à distance : renforcement de la violence de la musique, de sa noirceur, repli sur des salles plus petites, moins visibles, abandon de l’aspect entertainment de la période rave. Le terme de Drum’n’Bass reflète la radicalisation du genre: une structure minimaliste centrée sur les deux éléments principaux de la Jungle et du Dub –rythmiques et basse. Cette dernière va devenir un élément moteur de plus en plus important au fur et à mesure que se répandra l’usage des sub-bass, caissons donnant une présence quasi physique aux fréquences basses de la musique. On retrouvera cet élément au centre du Dubstep, qui lui vouera un réel culte.
Benoït Deuxant
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