Agitations sociales en Jamaïque
Durant les années 80, la Jamaïque traversa l’une des pires périodes de son histoire À la veille d’élections, la CIA américaine entama une campagne de décrédibilisation du parti social démocrate, le PNP, alors au pouvoir. En effet, le gouvernement américain de l’époque préférait voir le parti pro-américain JLP au pouvoir. Une véritable guerre urbaine précéda les élections. 800 personnes y trouvèrent la mort. Cette guérilla fut en partie financée par des gangsters proche de Seaga, le candidat JLP. Les fonds provenaient en bonne partie d’un trafic de cocaïne orchestré par les gangsters cités plus haut. Après les élections, Seaga perdit le contrôle de ces gangs, les leaders qui le soutenaient étant partis aux États-Unis, fuyant la violence croissante des rues de Kingston. Car dans la capitale, les affrontements n’étaient pas terminés. Les gangs, la police et l’armée s’affrontaient tous les jours dans les rues, et les morts continuaient à tomber. De plus, la politique conservatrice du nouveau premier ministre, Edward Seaga, poussa le pays à se refermer sur lui-même. À la même période, Bob Marley décéda et Lee Perry incendia son studio de Black Ark et se retira de la musique. Ces deux évènements marquèrent la fin du reggae roots.
Les chanteurs changent de sujets
Dans ce contexte très tendu, les thèmes rastas et contestataires reculèrent petit à petit dans les textes de reggae. À cette époque, les gens ne voulaient plus qu’on leur fasse la morale, ils voulaient se divertir et oublier tous leurs problèmes. Apparut alors une nouvelle vague de DJ’s, dont les chansons traitaient de sujets légers. Le style «slack» chargé d’allusions sexuelles de plus en plus explicites, revint en force. Lorsque ces DJ’s traitaient de la violence, c’était plus pour glorifier leur force que pour s’inquiéter du sort de la Jamaïque.
Un reggae plus brut
La musique aussi changea de visage. Les tempos se ralentirent et surtout, l’ensemble se dépouilla de toute subtilité. Les riddims (synonyme de rythmes) étaient souvent réduits à une basse/batterie assez simples, avec l’apparition occasionnelle d’une guitare ou d’un clavier. Ce nouveau style, carré et basique, était un support idéal pour les DJ’s qui, à partir de ce moment, allaient dominer la musique jamaïcaine. On parle de «early dancehall» pour désigner le courant musical de l’époque. La prédominance des DJ’s entraîna un changement dans le processus de création des riddims. Le DJ choisissait une ancienne rythmique. Celle-ci étaient revisitée par les musiciens puis le DJ se posait dessus. Ce n’est que par la suite que les chanteurs utilisaient la version réactualisée. Cela inversa le processus habituel où les musiciens créaient un rythme pour accompagner un chanteur, lequel était ensuite réutilisé par les DJ’s.
Ce style, basique et basé sur des textes légers ou violents, fut complètement ignoré en Europe. Il est vrai que le early dancehall était loin des harmonies délicates et des riches arrangements du roots reggae qui avait conquis l’Europe.
Artistes et producteurs importants
Le groupe de musiciens de l’époque était les Roots Radics, Et le producteur le plus en vue fut sans conteste Henry «Junjo» Lawes dont l’ingénieur du son Scientist était un élève de King Tubby (une gageure de qualité!!). Les autres producteurs étaient Linval Thompson, et surtout Prince Jammy, qui allait par la suite marquer le reggae à tout jamais.
Les artistes les plus en vue furent le DJ Yellowman et les chanteurs Barrington Levy et Sugar Minott. Certains vétérans s’adaptèrent très bien au nouveau son Parmi eux, John Holt (l’album «Police in Helicopter»), Gregory Isaacs, Ken Boothe ou encore Alton Ellis. De nombreux DJ''s et chanteurs se révélèrent à l’époque, dont Eek-A-Mouse, Josey Wales, Charlie Chaplin, Half Pint, Frankie Paul, Cocoa Tea ou le duo Clint Eastwood et General Saint
À gauche, Yellowman; à droite, Eek-A-Mouse
Playlist
Barrington Levy: "Murderer"- extrait sonore
Yellowman: "Zungguzungguguzungguzeng"- extrait sonore
Eek-A-Mouse: "Wa Do Dem"- extrait sonore
Sugar Minott: "Africa"- extrait sonore
Charlie Chaplin: "Tribute To Marvin Gaye"- extrait sonore
" Le Discobus 3 n'a pu circuler ce dimanche 12/2 et est en réparation ce lundi 13/2 : pas de stationnement à Ath, Antoing, Leuze et probablement Mouscron . .
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