Le précurseur Garnett Silk
Un homme peut être considéré comme le précurseur du retour du roots dans le reggae, Garnett Silk. Avec l’aide de Tony Rebel et des Christian Soldiers, il remit les influences rasta au goût du jour dès le début des années 90.
Les artistes et producteurs principaux de l’époque
Au début des années 90, le dancehall hardcore régnait sans partage sur l’île. Les gros artistes étaient les DJ's Shabba Ranks et Ninjaman et d’autres, dont la plupart des textes traitaient d’armes à feu et de sexe. Si Ninjaman était à l’époque le DJ numéro un en Jamaïque, il était talonné par de nombreux jeunes DJ’s dont certains comme Buju Banton ou Bounty Killer, rencontrent toujours le succès de nos jours. Le point commun de ces DJ’s était leur voix grave et rauque, et leurs textes traitant de la vie dans le ghetto. À la même époque, le grand chanteur Beres Hammond connut ses premiers succès. Le gros producteur de l’époque furentt Donovan Germain et son label Penthouse. Dans son équipe, il comptait Beres Hammond, Tony Rebel, Spragga Benz, le jeune Beenie Man et Capleton. Bobby Digital fut un autre gros producteur de l’époque.
De gauche à droite, Beenie Man, Bounty Killer et Ninjaman
L’arrivée du rythme bogle
En 1992 apparut un nouveau rythme, le bogle (qualifié par ses détracteurs de rythme « boum boum »). Buju Banton lança le terme avec son single «Bogle Dance» un des plus grands hits de l’année. Le terme bogle devint vite synonyme de dancehall, créant ainsi une distinction entre les rythmes dancehall et reggae roots. Le nouveau DJ à s’imposer était le jeune Beenie Man, un showman accomplit qui fut bientôt opposé à Bounty Killer dans la tradititon des clashs inter-artistes. Si Beenie Man, en parfait entertainer, représentait le côté festif du reggae/dancehall, Bounty Killer, au flow acéré et puissant et aux textes précis et sans équivoque, en représentait le côté sérieux et obscur.
La polémique «Boom Bye Bye»
Alors que Shabba Ranks remportait un deuxième Grammy Awards pour son album «Xtra-naked», Buju Banton sortit «Boom Bye Bye», une chanson au texte violemment homophobe. Ce texte déclencha une polémique aux USA. En voulant prendre la défense de Buju à la télévision américaine, Shabba Ranks brisa sa carrière internationale. Il ne connut plus jamais un succès tel qu’il l’avait expérimenté.
Le retour du message rasta
Buju Banton
En 1993, un DJ ami de Buju Banton fut assassiné. Le DJ lui dédia la chanson «Murderer» puis se convertit au rastafarisme. Cette seule chanson lança un mouvement de recul de la violence dans les textes de chansons. Peu après mourut le chanteur Garnett Silk, qui avait été l’un des seuls chanteurs rastas à connaître le succès à l’époque. Quelques jours plus tard, Buju Banton annonça publiquement sa conversion au rastafarisme lors d’une remise de prix. Alors au sommet de sa popularité, Buju Banton fit ainsi changer les mentalités dans le milieu musical. Il permit un retour à des textes à thématique sociale et/ou rasta en lieu et place des textes «bad boy».
Sizzla
Le new roots
À cette période apparut Sizzla. Ce jeune DJ, membre de la communauté rasta des Bobo Shantis, allait devenir l’un des artistes les plus respectés des années 1990-2000. Produit par Fatis Burrel, qui était le nouveau producteur dominant avec son label Xterminator, Sizzla lança la vague des DJ Bobos. Il fut vite suivi par Anthony B et par un Capleton fraîchement converti. Un autre rasta à faire son apparition à l’époque fut le chanteur Luciano, dont le succès ne se démentit pas au fil du temps. Le groupe Morgan Heritage apparut également à l’époque. 1995 marqua le retour des percussions nyahbinghi, qui avaient disparu du paysage musical depuis les années 70. Elles réapparaissent sous la forme d’une rythmique électronique baptisée « Kette Drum». Cette période marquant le retour des influences rastas fut baptisée «new roots» (à ne pas confondre avec le «nü-roots» à venir).
Même si les rastas avaient fait un retour remarqué dans le paysage musical, c’étaient toujours des DJ’s dancehall comme Merciless, Frisco Kid, Spragga Benz ou Bucaneer qui dominaient le marché.
Playlist
Tony Rebel: "Jah Is By My Side"- extrait sonore
AnthonyB: "Police"- extrait sonore
Buju Banton: "Murderer"- extrait sonore
Sizzla: "Things Will Be Beter"- extrait sonore
Capleton: "Mashing up the Earth"- extrait sonore
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