The Harder They Come
Le bouillonnement créatif et innovant qui agitait l’île dans les années 70 attira l’attention du reste du monde. Cette attention fut amplifiée par deux éléments. Tout d’abord, la parution du film « The Harder They Come », de Perry Henzell, dans lequel il racontait l’histoire d’un rude boy joué par Jimmy Cliff. Le héros est un jeune chanteur venant de la campagne et qui tente de percer. Mais il devient un assassin et se bat contre la police. Le film fit découvrir au public rock la violence des ghettos de la Jamaïque ainsi que son milieu musical. Il attira également l’attention de Chris Blackwell. Depuis qu’il avait abandonné la musique jamaïcaine, il avait fait fortune en sortant des disques de rock sur Island. Il sentit le potentiel commercial du reggae et tenta de renouveler le contrat de Jimmy Cliff avec Trojan, mais sur son label Island. Malheureusement, celui-ci refusa. Blackwell crut alors avoir perdu l’artiste numéro un du reggae, rôle dans lequel le film avait propulsé Cliff aux yeux du public rock.
La pochette de la B.O. du film "The Harder They Come"
La rencontre Marley/Blackwell
C’est alors que Blackwell rencontra Bob Marley à Londres. Il engagea celui-ci, lui fit enregistrer un disque en Jamaïque avec les autres Wailers (Peter Tosh et Bunny Livingstone) et les meilleurs musiciens de l’île. Les bandes furent ensuite renvoyées en Angleterre afin que des musiciens de studio y rajoutent des parties d’orgues et de guitares électriques. Le but de cette manœuvre était de rendre le son du reggae plus accessible aux Occidentaux fans de rock. Ce procédé «d’occidentalisation» du reggae fut par la suite utilisé sur tous les albums de Marley. Cela amena le public jamaïcain à finalement considérer sa musique comme de la variété internationale. Cela permit également le succès des nombreuses reprises de ses chansons en reggae pur et dur. Comparez les versions des chansons de Marley chantées par Johnny Clarke et les originaux ( «Get Up Stand Up», «No Woman No Cry»). La différence saute aux yeux, ou plutôt aux oreilles.
Premier album et séparation
Lorsque l’album «Catch a Fire» sortit en Angleterre, les Wailers furent présentés comme un groupe à part entière, ceci incluant les musiciens (dont les fameux frères Barrett) et les trois chanteurs. Cette pratique était à l’opposé de la tradition jamaïcaine qui séparait les vocalistes et les musiciens en deux entités distinctes qui ne se croisaient qu’en studio. Le but évident de cette manœuvre était de pouvoir vendre les Wailers au public anglais comme un groupe de rock noir.
Mais « Catch a Fire » ne rencontra qu’un succès d’estime en Angleterre. Après une tournée anglaise, Bunel Livingstone quitta les Wailers, bientôt suivi par Peter Tosh qui prit tout de même le temps de participer au deuxième album de la formation.
La reprise de Eric Clapton
En 1974-1975, Blackwell quitta Trojan pour revenir au label Island qui produisait à nouveau du reggae. Il donna une cassette audio de «Burnin’», le second album des Wailers, au guitariste Eric Clapton. Lorsque celui-ci reprit «I Shoot the Sheriff» de Marley, la chanson devint un tube. Tout le monde s’intéressa à son auteur. Marley finissait alors d’enregistrer «Natty dread», son premier disque solo. Sur ce disque, il était accompagné de trois choristes, les I-Threes, qui remplaçaient Peter et Bunny Wailer. À sa sortie, cet album ne remporta finalement qu’un nouveau succès d’estime.Naissance du hip-hop
À la même époque, dans Harlem, le Jamaïcain immigré Kool Herc organisait des fêtes de rues lorsqu’il passait des disques de funk pendant que son ami Roc la Mike tenait le micro. La filiation avec les sound systems jamaïcains était évidente. Ces soirées seront à l’origine du mouvement hip-hop.Découvrir > Genres musicaux> Le reggae > le début du succès international de Bob Marley