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Mento

Influences

Musique folklorique jamaïcaine, le mento apparut au XIXe siècle.  Il s’agit du croisement d’influences européennes, ouest africaines et bantoue).  Proche du calypso de Trinidad,  le mento s’en différencie de par son rythme plus chaloupé que celui du  calypso, et de par son répertoire original  (même si de nombreux airs de calypso furent adaptés en mento au fil du temps). 

Deux courants de mento

- Le mento  issu des campagnes

Il est parfois qualifié de country music par les Jamaïcains.   Les instruments habituellement utilisés sont la guitare acoustique, le banjo, la rumba box, diverses percussions et un instrument à vent artisanalement construit en bambou (saxophone, flûte, ou clarinette).  L’emploi du banjo et de la rumba box donne souvent à cette musique une saveur proche d’une sorte de reggae acoustique primitif.  Le banjo remplit le rôle que la guitare remplira plus tard dans le reggae,  marquant le contretemps de façon continue ou pouvant jouer en tant que lead.  La rumba box remplit le rôle de la basse.  Il s’agit d’un gros piano à pouces produisant des notes graves, héritier de la kalimba.   Les vocaux ont en général une qualité nasale héritée des campagnes jamaïcaines.

- Le mento urbain

Le second style de mento apparut plus tard.  Il s’agit du style urbain.  Ce style est plus policé et professionnel et est joué par de vrais groupes lors des soirées dansantes.  Les instruments en bambou sont remplacés par de «vrais» instruments, les percussions sont plus ordonnées et sont influencées par des musiques «latinos».  Le piano fait également son apparition au sein du groupe.

Ce style disparut dans les années 70, contrairement au style rural, toujours vivant de nos jours.

Les thèmes du mento

Les thèmes abordés par les chansons de mento sont simples et tirés de la vie des gens de la campagne.  Les thèmes favoris sont la Jamaïque, ses plats et ses recettes (il en existe énormément parlant de fruits), les rapports entre les hommes, entre l’homme et la nature.  L'humour est également un élément clé des paroles de mento, ainsi que les «double entendre» (allusions sexuelles, grossièrement métaphoriques).  Cette tradition est à l’origine du courant de musique « slackness» qui traverse toutes les époques de la musique jamaïcaine.   Plus tard, des artistes célèbres du ska et du reggae reprendront des classiques mento en les adaptant à la tendance musicale du moment  (Derrick Morgan, Yellowman).

L’âge d’or des années 50

Au début  des années 50, le succès international du calypso de Harry Belafonte  permit au mento de sortir de Jamaïque et d’être popularisé aux USA.  Car bien que le style de Belafonte fut qualifié de calypso,  nombre de ses chansons étaient en fait des mentos issus du répertoire jamaïcain.  Suite à ce succès furent enregistrés quelques disques de mento jamaïcains à destination du marché anglais et des groupes firent leur apparition sur les chaînes de télévision américaines.   Mais quand la mode du calypso s’éteignit au début des années 60, le mento disparut de la scène internationale. 

La fin de l’âge d’or

À l’arrivée en Jamaïque du rhythm & blues, le mento disparut ou plutôt se dilua dans la nouvelle vague musicale frappant l’île (écouter «Oh Carolina» des Folkes Brothers, mélange de mento  de r’n’b et de percussions nyahbinghi, paru en 1962). 

Bien qu’existant toujours, le mento se fit plus discret et fut surtout joué et enregistré pour les touristes qui y voyaient une touche folklorique locale exotique (un des plus gros groupes de l’époque, les Hiltonaires, portaient simplement le nom de l’hôtel ou ils travaillaient).

Le mento après l’âge d’or

En 1977,  Lyrichord, une maison de disques américaine de world music, sortit un album du groupe mento les Jelly Boys.   Deux autres disques du même groupe parurent en 1989, ainsi que quelques autres d’autres groupes.   Mais il fallut attendre les années 2000 pour que le mento connaisse à nouveau le succès. À cette époque, des enregistrements récents et des rééditions de disques de mento connurent un succès certain à l’intérieur et l’extérieur des frontières de la Jamaïque. L’album« Mento Music in Jamaica Vol.1» et ceux, plus instrumentaux, du Rod Dennis Mento Band et du Blue Glaze Mento Band sortirent à cette époque.  Le groupe Jamaica All Stars reprit (et reprend toujours) également des classiques de mento.  Par la suite parurent deux albums de Stanley Beckford qui connurent un succès certain.  L’influence mento se ressentit également dans certains riddims dancehall tel le «Chaka Chaka» où l’on trouvait de l’harmonica, de la flûte, une ligne de basse proche d’une rumba box et un rythme proche du mento.  Ce riddim offrit des hits aux artistes dancehall Elephant Man et Beenie Man.  En avril 2006, la maison de disque Trojan publia le double CD «Dip and Fall Back!: Dr. Kinsey to Haile Selassie - Classic Jamaican Mento» comprenant des enregistrements allant des années 50 aux années 70.   En juin 2006,  le label Pressure Sounds édita la compilation «Take me to Jamaica» couvrant les années 50.

Playlist

Stanley Beckford: "Rich Man " extrait sonore

DIscographie sélective de mento