Découvrir

La révolution du digital

En 1985, Prince Jammy, producteur, patron d’un sound system et ancien élève de King Tubby,  changea à jamais la face du reggae  Il sortit à l’époque le Sleng Teng, le premier riddim entièrement digital.  Ce riddim était joué par des machines pré-programmées.  Ce faisant, Jammy sonnait le glas des groupes de studio et achevait d’enterrer un reggae roots déjà bien mis à mal par le early dancehall.  Même Channel One, où Junjo Lawes enregistra tous ses hits, fut à deux doigts de mettre la clé sous la porte  Le Sleng Teng était entièrement composé et joué sur un clavier, ce qui permit au producteur de se passer de musiciens et donc de fortement diminuer le coût de production d’un disque.  Jammy fut rapidement imité par tous les producteurs, le Sleng Teng remportant un tel succès que les gens ne voulaient plus entendre que ça.

  La création de ce riddim n’était pas due à Prince Jammy mais bien à deux chanteurs, Wayne Smith et Noel Daley, qui se servaient d’un clavier Casio pour s’entraîner. Un jour, ils découvrirent dans le clavier une boucle de rock qu’ils ralentirent.  Ils se rendirent alors chez Prince Jammy  Celui-ci fit reprogrammer la boucle par un musicien compétent et enregistra Wayne Smith sur le riddim.  La chanson de celui-ci «Under me Sleng Teng» fut un gros hit qui imposa les rythmiques digitales.  Le Sleng Teng lança aussi la mode des one riddims albums

L'équipe de Jammy

À cette époque, Jammy semblait invincible  Son équipe comptait les «nouveaux Sly& Robbie» avec le batteur Steely et le bassisste Clevie dans le rôle de la paire rythmique la plus cotée du pays.  Il pouvait également compter sur son ingénieur du son, Bobby digital, et sur son armée de DJ’s dont  Josie Wales, Admiral Bailey, Shabba Ranks, ou encore le jeune Tenor Saw avec sa chanson clash devenue un classique, « Ring the Alarm» et ses paroles clashs sans équivoque («Ring the Alarm, Another Sound is Dying»).  Cette dernière chanson révèle un autre grand riddim de l’époque, le Stalag, inspiré de l’instrumental «Double Barrel» d’Ansel Collins.

Le DJ Shabba Ranks Le DJ Shabba Ranks

Les autres producteurs et chanteurs

Les autres producteurs importants de l’époque furent Donovan Germain, qui créa son label Penthouse en 1987, ainsi que Bobby Digital et Steelie & Clevie, qui quittèrent Prince Jammy à la même époque. 

Il fallait aussi compter avec Gussie Clarke et son studio Music Work dont le son plus soigné accompagna entres autres les DJ’s Ninjaman, Cutty Ranks et Shabba Ranks.

D’autres chanteurs importants de l’époque sont Cocoa Tea, Wayne Wonder, Sanchez, ou Pliers, ou encore le DJ Supercat, l‘un des précurseurs des «gun lyrics».

À cette époque apparurent aussi les premiers signes annonciateurs du retour des influences rastas et du reggae culturel qui aura lieu au début des années 90.  Les précurseurs en furent Tony Rebel, le grand Garnett Silk et les Christian Soldiers.

Playlist:

Wayne Smith: "Under Me Sleng teng"- extrait sonore

Tenor Saw: "Ring The Alarm"- extrait sonore

Wayne Wonder: "Where Do Broken Hearts Go?"- extrait sonore

Ninjaman: "Dis De Don"- extrait sonore