Les prémices
Les rastas de Studio One
Les rastas de Studio One
Contrairement à Duke Reid qui refusait aux rastas l’accès à son studio, Coxsone les enregistra, comme n’importe quels autres chanteurs. Parmi ces chanteurs rastas se trouvait Burning Spear, un jeune, ainsi que les Abyssinians avec le classique «Satta Massa Ganna». Les textes rastas de cette chanson contribuèrent à l’envol du genre, alors que l’accompagnement des Soul Dimensions jeta les bases d’un style de reggae au tempo plus modéré qui fut bientôt connu comme le roots reggae.
The Abyssinians
Lee Perry et les Wailers
À la même époque, Les Wailers de Marley, qui essayaient de s’autoproduire sans succès, travaillèrent avec le producteur Lee Perry. De leur collaboration jaillit un grand nombre de splendides chansons, regroupées dans les albums «Soul Almighty» et «Soul Revolution». La rythmique fut assurée par le groupe maison de Lee Perry, les Upsetters, dont la section basse-batterie (les frères Barrett) accompagna Bob Marley jusqu’à la fin de sa vie. Cette collaboration vit éclater le talent de Marley (certains considèrent qu’il s’agit de la meilleure période de sa carrière) mais aussi celui de Lee Perry en tant que producteur excentrique mais génial. Il marqua la décennie à venir des ingénieuses trouvailles de studio qui firent évoluer le reggae.
Le reggae rasta s’impose
La mort de Leslie Kong
En 1972, le producteur Leslie Kong s’éteignit. Avec lui les productions Beverley’s s’arrêtèrent. Le style early reggae ne lui survécut pas longtemps.
Le one drop
Le tempo ne cessa de ralentir, atteignant un record de lenteur vers 1973. Parallèlement, le style de batterie «one drop» s’imposa comme le nouveau style de reggae. Extrêmement simple, il s’agit d’un rythme de batterie consistant en un charleston continu et en un coup de grosse caisse et de caisse claire marquant conjointement le troisième temps d’une mesure de quatre temps.
Le reggae culturel
Le succès des thèmes rastas n’allait pas se démentir et ce genre allait dominer complètement l’île. Si le commentaire social chanté avait toujours existé avec, entres autres, certains textes de Prince Buster, il prit ici une dimension plus mystique et culturelle. Nombreux furent ceux qui se laissèrent pousser les cheveux et modifièrent leurs habitudes alimentaires (les rastas sont végétariens, ne consomment pas de sel, ne boivent pas d’alcool) en signe d’allégeance à Jah Rastafari.
À la même époque, Big Youth (surnommé Jah Youth) prit la place de U-Roy en tant que DJ numéro un alors que de nombreux autres commencent à se faire connaître (U-Brown, Prince Far-I, Dillinger). Les thèmes rastas étaient partout dans la musique. Max Romeo, les Abysinnians, les Wailers, Burning Spear, Horace Andy, Dennis Brown et beaucoup d’autres, tous se convertirent au rastafarisme. On commença à parler de reggae «culturel».
Le Dj Big Youth
Le chanteur Burning Spear
La récupération des rastas par les politiciens
Même Michael Manley, le candidat démocrate à la présidence du pays lors des élections de 1972, s’afficha en public avec un bâton de pèlerin qui lui aurait été remis par Haïlé Sélassié lors de sa visite au pays. Cela eut pour effet d’impressionner les rastas, pourtant apolitiques. Le même Michael Manley organisa une tournée musicale afin de soutenir sa campagne. Les Wailers y participèrent, alors que c’est une chanson de Delroy Wilson, «Better Must Come», qui fut l’hymne de sa campagne. Plusieurs artistes issus des ghettos enregistrèrent des chansons soutenant son programme (Wailers, Niney, Junior Byles, ou Max Roméo («Let the Power Fall For I»). En effet, le PNP, Parti National Populaire, semblait à l’écoute des ghettos, tandis que le JLP alors au pouvoir ne favorisait que les riches.
Les effets négatifs de cet engouement
Cet engouement pour les textes rastas eut des effets négatifs. Tout d’abord, ceux qui n’étaient pas rastas furent parfois honteusement ignorés à l’étranger. Ainsi le grand DJ I-Roy, amateur de rhum et de chapeaux, ne connut jamais un succès comparable à celui de U-Roy, rastaman et fumeur de ganja, alors que le premier sortit autant de grands morceaux que le deuxième. Le second effet négatif fut l’apparition de ceux qu’on appelait «wolves» ou «false rastas». Ils se laissaient pousser les dreadlocks dans le seul but de suivre la mode. De nombreuses chansons furent écrites à ce sujet parmi lesquelles la très drôle «Rasta Bandwagon» de Max Roméo et son refrain « Everybody Ridin’ Inna Rasta Bandwagon» ainsi que «False Rasta Aka Rascal Man» de Delroy Wilson, tous deux disponibles sur l’excellente compilation des productions de Winston « Niney» Holmes.
Playlist:
Niney: "Blood& Fire"- extrait sonore
Abyssinians: "Satta Massagana"- extrait sonore
Delroy Wilson: "Better Must Come"- extrait sonore
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