Origines de l’influence des USA
Après la Deuxième Guerre mondiale, les soldats américains en poste en Jamaïque apportèrent avec eux des disques de jazz, de rhythm & blues et de country. Les premiers émetteurs radio apparaissant en Jamaïque à cette époque, on pouvait également y capter les programmes musicaux en provenance de Floride, de Louisiane et du Tennessee, ce qui renforça l’intérêt des Jamaïcains pour la musique américaine.
Les premiers orchestres locaux
À cette époque apparurent en Jamaïque de grands orchestres populaires comme ceux de Val Bennett et de Eric Dean, qui jouaient du jazz, du swing et des airs de Broadway. Ces big bands reprenaient du Count Basie, du Louis Amstrong, du Glenn Miller, du Benny Goodman ou encore du Duke Ellington. L’orchestre de Eric Dean compta parmi ses membres le brillant guitariste de jazz Ernest Ranglin et plusieurs futurs Skatalites, parmi lesquels le tromboniste Don Drummond.
De nombreux musiciens de Jamaïque se passionnèrent pour le jazz et partirent faire carrière aux USA. Beaucoup étaient issus de l’Alpha School, une école catholique mettant l’accent sur l’éducation musicale et par où passèrent de nombreux futurs Skatalites.Apparition des sound systems
Dans la plupart des lieux publics, une radio était constamment allumée afin d’attirer les clients. Au début des années 50 apparurent les premiers sound systems, parmi lesquels les plus importants étaient ceux de Duke Reid et de Tom the Great Sebastien. Ceux-ci jouaient principalement du boogie et de la musique de la Nouvelle-Orléans, deux genres musicaux qui donnèrent plus tard naissance au rock’n’roll. Louis Jordan et Fats Domino, deux musiciens issus des styles précités, étaient par exemple très appréciés.
Louis Jordan
L’arrivée de Coxsone
En 1954, Clément «Coxsone» Dodd lança son sound system, Downbeat. Bien qu’il posséda moins de matériel que ses rivaux Duke Reid et Tom The Great Sebastian, il bénéficiait de contacts avec les USA qui lui permettaient de se procurer en premier (voire en exclusivité) les dernières nouveautés américaines, ce qui fit grimper la cote de popularité de son sound par rapport à ses deux concurrents précités.
Un monde très compétitif
Le monde des sound systems est un monde compétitif où chaque patron de sound veut être le numéro un, considérant que c’est son honneur qui est en jeu. La plupart des propriétaires s’affublent d’ailleurs de titres glorieux tels que Duke, Count, Great, etc. Pour être n°1, tous les coups sont permis. Certains comme Duke Reid employèrent des voyous pour briser l’ambiance et dégrader le matériel de leurs concurrents lors de leurs soirées.
Les premiers DJ’s
En plus de posséder les meilleurs disques, Coxsone vola à Tom the Great Sebastien son selector Count Machuki. Lors d’une soirée, Machuki commença à rimer dans le micro et à faire des jeux de mots en parlant dans le rythme plutôt que simplement par-dessus. Le succès fut immédiat et poussa Machuki à développer ce style. Il devint ainsi le premier DJ. Car en Jamaïque d’où ce terme est originaire, le DJ, loin de la conception occidentale, n’est pas celui qui passe le disque mais celui qui tient le micro. Littéralement, le disc-jockey est celui qui « chevauche » le rythme de sa voix. Le succès de Machuki propulsa Downbeat comme sound system n°1. Depuis cette époque, chaque sound se doit d’avoir son DJ.
En 1956, King Stitt rejoignit l’écurie Downbeat en tant que DJ. Celui-ci, que l’on surnommait « The Ugly One » à cause d’une malformation faciale congénitale lui déformant le visage, apprit les ficelles du deejaying avec Count Machuki. Son style, directement influencé par celui de son mentor, fut enregistré sur disque et est représentatif de cette époque préfigurant l’avènement des DJ’s en tant qu’artistes à part entière, ce qui n’aura lieu qu’avec l’explosion de U-Roy.Premiers enregistrements de musique jamaïcaine
Vers la fin des années 50, les goûts du public américain s’éloignèrent du r’n’b pour se diriger vers une soul plus sophistiquée, qui ne plaisait que moyennement aux Jamaïcains. Cette évolution créa en Jamaïque une demande pour un rhythm & blues plus dur que ce qui se faisait alors aux USA. Chris Blackwell, un Jamaïcain blanc, y vit le potentiel commercial du marché du disque et produisit le 45 tours du chanteur Laurel Aitken « Boogie in My Bones », un succès en Jamaïque.
En 1959, Coxsone et Duke Reid commencèrent à enregistrer et produire des disques de musiques jamaïcaines. Il s’agissait principalement de r’n’b lent interprété par Alton Ellis, Derrick Morgan ou les Blues Busters. Les musiciens, tels Don Drummond, Johnny Moore (tous deux futurs Skatalites) ou Ernest Ranglin, qui participaient à ces premières sessions de studio, continuèrent pour la plupart à enregistrer lors des périodes ska, rocksteady ou reggae. Sous l’influence de Coxsone, ce style donnera la même année naissance au jamaican shuffle (ou jamaican boogie), plus lent que le style ska qui lui succédera. Le jamaican shuffle était marqué par l’influence de Louis Jordan et de la tradition mento.
Playlist:
Louis Jordan: "Ain't Nobody Here But Us Chickens"- extrait sonore
Laurel Aitken: "You Got Me Rocking"- extrait sonore
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