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Soundpainting

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Augustin de Bellefroid est soundpainter, guitariste et percussionniste. Il se spécialise dans le Soundpainting depuis 2008, assiste Walter Thompson lors des formations données en Belgique et forme les 35 artistes du collectif Matters depuis 2009. Il est membre du « Soundpainting Think Tank », groupe international de développement du langage.

Plus d'infos sur www.soundpainting.be

Petite discographie soundpainting

Matters à la médiathèque de Liège : enregistrement et video

 

Isabelle Delaby a rencontré Augustin le 26 juillet 2011.

 


« Soundpainting » en français : « peinture du son ». Mais qu'est-ce exactement ?

On le traduit plutôt par « peinture sonore ». Ce qui revient plus ou moins au même. On définit le soundpainting comme étant un langage gestuel qui permet de réaliser de la composition multidisciplinaire instantanée. Le fonctionnement est assez simple en théorie mais parfois difficile à imaginer: un chef d'orchestre joue un rôle de compositeur, il communique avec un ensemble de performeurs qui peuvent être à la fois des danseurs, des comédiens, des musiciens ou même des plasticiens. Il leur envoie des indications sous forme de gestes et, suite à ces indications, les perfomeurs vont faire des propositions pour la composition. Le soundpainter capte alors certaines de ces propositions, en redemande de nouvelles pour compléter, pour arranger, pour mettre en relation les différents performeurs. 

En fait le nom de soundpainting est apparu après dix ans de pratique de ce langage : on a simplement imaginé que le soundpainter a une toile devant lui, qu’il y projette des informations et que la composition se crée suite à cela. Ça prête à confusion parce qu’il n’est au départ pas vraiment question de peinture dans le soundpainting: à la base, le langage est né pour la musique. Ce n’est que plus tard qu’il s’est étendu à la danse, au théâtre et aux plasticiens.

Ce langage nécessite un apprentissage…

En répétition, un groupe de soundpainting fait uniquement un travail d'apprentissage du langage comme on apprendrait n'importe quelle langue. Généralement, c'est le soundpainter qui va former son groupe. L’apprentissage consiste à comprendre ce que chacun des mots, chacun des signes signifie et comment les articuler pour en faire des phrases plus ou moins complexes qui permettent de générer plus ou moins de créativité. En performance, le soundpainter part d'une page blanche et peut commencer sa prestation de toute une série de manières. En fait, il part de rien et va demander à ces performeurs du matériel pour la composition. Ça se construit spontanément.

De quoi traite ce langage ? De la mélodie, de la rythmique ?

Le langage a une vocation de composition en temps réel. Pour ce faire, il a été développé (et est d’ailleurs toujours en train de se développer) de manière à pouvoir aborder n'importe quelle forme artistique sous tous ses angles, donc aussi bien, si on parle de la musique, sous un angle très abstrait et contemporain que rythmique, que mélodique. C’est le soundpainter qui est maître de la composition et qui fait ce qu'il veut du langage. On trouve vraiment des formes très variées dans le soundpainting, aussi bien des choses très abstraites que des choses très concrètes…

Et donc la spécificité de chaque performance va dépendre d'abord du soundpainter puisque c'est lui qui a son approche et sa sensibilité par rapport au langage. Après l'interprétation de ses gestes, est-elle encore relativement libre ou est-ce quand même assez strict ?

Le langage contient des signes qui demandent des réponses très précises, un son long en ré mineur dans les aigus par exemple, et des réponses très ouvertes, la plus ouverte étant de demander d'improviser librement. Il y a toute une série de degrés de liberté ou de possibilités d'improvisation mais la contrainte du langage est réelle. Elle est d’ailleurs indispensable pour que ce soit vraiment un langage de composition, pour que ce ne soit pas juste une improvisation structurée. Mais, même dans cette contrainte qui peut parfois être très grande, le soundpainter ne sait pas quelle est le contenu qui va lui revenir. Il n'a pas le contrôle à ce point-là sur les propositions qu'il va recevoir. Même quand il demande un son long en ré mineur, la liberté des musiciens reste très grande parce que c'est eux qui ont la possibilité de faire le choix de ce son long, à quelle tessiture ils vont le jouer, avec quelle texture, etc. Finalement le soundpainting cadre bien la liberté et c’est cet équilibre entre contrainte et liberté qui rend cette pratique vraiment intéressante..

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D’une certaine manière, ils peuvent guider le soundpainter en fonction des réponses qu'ils font et auquel il réagit...

Ils l'influencent complètement et c'est pour ça qu'on dit que les artistes sont tout à fait compositeurs au même titre que le soundpainter. Les deux font des choix en permanence, des choix de composition. Les artistes qui font du soundpainting se sentent généralement très libres malgré la contrainte.

Comment t'es-tu retrouvé à faire du soundpainting ? Ce n’est pas une pratique très courante en Belgique…

En Belgique, on est le seul collectif pour le moment mais le soundpainting est en plein développement: il y a quelques autres personnes qui commencent à travailler le soundpainting, à l'utiliser comme outil soit dans la pédagogie uniquement soit d'un point de vue artistique.

J’ai découvert le soundpainting en voyant Laurent Blondiau, un musicien qui fait partie de mon collectif maintenant, en faire lors d’un atelier à Libramont. Laurent avait travaillé en studio avec un soundpainter en France. Ce mélange de composition et d'improvisation me correspondait très très bien. Ensuite, j’ai appris le langage en formation. J'ai eu la chance de pouvoir me former directement avec Walter Thompson depuis deux ans. On se parle sur Skype régulièrement et puis je vais en Suède, il vit en Suède maintenant... C'est une formation continue évidemment puisque le langage contient actuellement près de 1200 signes, c'est extrêmement vaste.

Et c'est Walter Thompson qui a créé ces 1200 signes ? Comment s'est passé cette construction-là ?

Non, une bonne partie probablement mais, depuis quelques temps, il y a une communauté de soundpainters qui se réunit régulièrement. Chacun développe ses signes de son côté et, pour que le langage reste solide et ne s'éparpille pas avec des signes qui sont différents pour tout le monde, ces signes sont plus ou moins validés lors d'une semaine de réflexion qui a lieu chaque année et qu'on appelle le «think thank du soundpainting». Il se passe en Belgique cette année-ci. C'est une réunion d'une trentaine de soundpainters qui viennent d'un peu partout dans le monde et qui revisitent le langage, qui voient comment mieux exploiter ce qui existe déjà et puis comment le compléter, s'il y a des lacunes, par des nouveaux signes. C'est une semaine de réflexion, de recherche qui est animée par une volonté de faire du soundpainting un langage solide et efficace qui puisse durer.

Ce langage est universel, non ?

Tout à fait, c'est un de ses grands intérêts. Après c'est inévitable que les argots se forment, que les soundpainters transforment les signes à leur guise. L'important c'est qu'il y ait une base de 400 signes qui soit écrite noir sur blanc et qui reste la même. On doit pouvoir «être lâché» dans un groupe de soundpainting sans avoir jamais travaillé avec lui et faire une partie d'une performance avec eux directement.

On peut dire que c’est comme une forme d'art total s'il y a de la musique, de la peinture, de la danse, du théâtre...

La multidisciplinarité n'est pas travaillée par tous les soundpainters spécialement et par tous les ensembles mais c'est vraiment un des atouts, un des points forts du soundpainting. À tel point que ce n'est pas seulement une rencontre des différentes disciplines qui cohabiteraient dans une performance commune: il y a un travail qui est fait, en tout cas beaucoup à Bruxelles avec notre collectif, qui a pour objectif de rendre le groupe vraiment multidisciplinaire, c'est-à-dire que les musiciens sont capables de laisser leur instrument, de prendre la parole, de bouger... On ne va pas spécialement dire qu'ils deviennent comédiens ou musiciens mais en tout cas on travaille des ponts entre les disciplines, on croise les disciplines, chacun fait un travail multidisciplinaire.

Le soundpainting semble très accessible à tous une fois qu'on a acquis un minimum de langage. Faut-il avoir une grande connaissance technique d’un instrument, de la peinture… ?

Non, on peut le voir à différents niveaux: quand on fait un travail professionnel, on doit avoir une connaissance, une pratique instrumentale par exemple, qui est importante et qui permet de pousser l'utilisation du soundpainting plus loin. Mais c'est un outil formidable pour pratiquer une forme ouverte et multidisciplinaire d'expression artistique avec n'importe quel type de population et de groupe. Aussi bien des enfants. Nous travaillons dans des écoles où des ateliers sont donnés toute l'année. L'année passée, nous avions un projet-pilote dans une école à Forest qui s'appelle « L'Ecole en couleurs » : on a donné une heure d’atelier par mois pendant une année à six classes de primaire. Les enfants font un travail sans instrument, le but étant de leur permettre de partir sur un même pied d'égalité et d'apprendre une langue ensemble. L’objectif est qu’ils arrivent à parler cette langue commune, qu’ils soient tous au même niveau.  D’autant que souvent, ils ne parlent, dans certaines écoles en tout cas, pas tous bien la même langue. Les enfants sont à la fois comédiens, danseurs et musiciens, membres de l'ensemble et ils apprennent à diriger le groupe aussi, à jouer le rôle de soundpainter. En milieu scolaire c'est un véritable travail d'écoute, de concentration, de créativité, d'imagination et de connaissance de ses capacités d'expression artistique. D’ailleurs, lors de nos concerts, on organise généralement un atelier avec le public.

Comment Walter Thompson a-t-il créé le soundpainting ?

Alors qu'il était en performance avec un groupe qui faisait du jazz moderne et de la musique improvisée, il a voulu communiquer avec ses musiciens et il a fait des choses assez intuitives, du genre « faites-moi un son long », « allez-y », ce n'était pas encore le langage actuel si ce n'est que le « son long » est encore là. Pendant une dizaine d'années, le travail n'était pas vraiment orienté vers un langage développé, il s’agissait plutôt de l'utilisation de signes dans le cadre de ce groupe-là et puis ce sont ses musiciens qui ont insisté pour l’utiliser plus et finalement c'est devenu un langage. Il y a eu un moment où il a dû prendre conscience du potentiel, vu son expérience pédagogique importante, pour le domaine éducatif notamment. Voilà comment c'est venu. La toute première expérience a eu lieu en 1974 mais c'est seulement à partir du milieu des années 80 ou même du début des années 90 que le langage s'est vraiment constitué et que des gens ont commencé à le pratiquer.

Comment vont se passer les rendez-vous en médiathèque? Avez-vous prévu quelque chose de spécifique ?

Dans les médiathèques, on a envie de présenter l'outil soundpainting sous forme d’une rencontre-atelier-démonstration. Ce ne seront pas des performances au sens strict mais vraiment une rencontre avec un public. On compte venir en petit groupe, un groupe de cinq, six peut-être sept artistes, probablement un comédien, un danseur et puis des musiciens. Le but est vraiment de partager quelque chose, de permettre au public de poser des questions, de réellement comprendre le langage, sa structure, sa portée et puis de montrer ce qu'on en fait aussi bien d'un point de vue professionnel avec les artistes qui sont là qu'avec un public qui est présent et qui présente toujours pour nous un potentiel créatif important. On compte faire participer le public évidemment....

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  • Walter THOMPSON
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