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World-Jazz

Cuba: la musique des Grands Antillais en une dizaine de CD de départ, dont un de world-jazz, en détail...

Steve Coleman & The mystic rhythm society : Sign and the seal ( UC5879 )

Comme Pharoah Sanders , Steve Coleman est un musicien mystique. Les traditions musicales de l'Afrique de l'Ouest constituent un de ses principaux centres d'intérêt, en particulier le culte des orisha, pratiqué par les Yoruba, point de départ de plusieurs systèmes religieux syncrétiques, notamment le candomblé au Brésil, la santéria à Cuba, le vaudou en Haïti. Pas étonnant dès lors que Steve Coleman rencontre Francisco Zamora Chirino, dit Minini, un sexagénaire cubain qui dirige un des groupes de rumba les plus proches des racines de cette musique. Or, quelles sont-elles ? Africaines. Raison d'ailleurs pour laquelle le groupe de Minini s'appelle " AfroCuba (de Matanzas)".

Rumba !

Cela dit, c'est à la Havane que la rumba est née, à la fin du siècle passé (le jazz se forme à la même époque, à la Nouvelle Orléans, notamment influencé par les jubas antillaises...).

Dans les paroles, dans les figures de danse de la rumba (particulièrement l'un des styles de rumba, nommé columbia) on décèle d'antiques traditions, notamment celle des Abakua, dont des sociétés secrètes préservent l'existence à Cuba.

"Je suis persuadé que je n'aurais jamais pu rencontrer aux Etats-Unis un groupe aussi fort qu'AfroCuba, dont les membres viennent tous de Matanzas, région où cette musique traditionnelle a été maintenue de manière forte. Pour eux, la musique est plus que de la musique, c'est un mode de vie. Il y a des rituels impliqués dans cette affaire, des tas de choses très complexes. Pour jouer comme ils le font, vous devez absolument être concerné par ce processus" . ( Steve Coleman ).

Cuba, Africa !

Pour Coleman, jouer avec les Cubains, c'est retrouver l'Afrique. Comme une escale avant le grand saut, puisque le jazzman américain envisage d'autres rencontres, peut-être au Ghana...

L'écoute des enregistrements de " Steve Coleman and Five Elements " est significative des influences africaines du saxophoniste, non pas au niveau de l'instrumentation (purement jazz), ni du point de vue mélodique (très personnel et unique), mais bien sur le plan rythmique: on a peine à trouver, dans les musiques de Coleman, une composition en quatre temps. Essayez, en écoutant ses disques, de battre du pied en comptant un, deux, trois, quatre, un, deux, trois, quatre... vous arriverez peu souvent sur le début d'une phrase au moment où votre pied frappe "un" (alors que tout le jazz, jusqu'à l'avènement du Free jazz, repose essentiellement sur une structuration en quatre temps et ses multiples).

Il se passe exactement la même chose avec la musique africaine.

La démarche rythmique de Steve Coleman , extrêmement complexe (il n'est pas rare de voir s'enchaîner, en cycle, un sept temps alterné avec un cinq et demi, par exemple), mélangée à celle, très inter-relationnelle et symboliste, des Cubains, nous offre une musique étrange, envoûtante, absolument nouvelle alors qu'elle fait appel aux traditions les plus anciennes.

Pour découvrir la musique cubaine :

  • Afro-Cuba : A musical anthology ( ME3185 )

  • Cuba : Les danses des dieux ( ME3182 )

  • Lazaro Ros : Olorun ( ME7821 )

  • Los Munequitos de Matanzas : Cantar maravilloso ( ME6770 )

  • Los Munequitos de Matanzas : Rumba caliente ( ME6771 )

  • Celina Gonzales : Fiesta Guajira ( ME5351 )

Pour découvrir le saxophoniste de jazz Steve Coleman :

Le World-jazz ne commence pas ici, ni ne s'arrête là. Mais l'occasion se présentait de proposer à l'auditeur curieux (qu'est le lecteur de ce texte) une possibilité de prendre le train en marche. Pour ce faire, un prétexte, matérialisé par trois albums récents, reliés entre eux par ce point commun : un jazzman afro-américain retourne aux sources pour partager, avec des musiciens du cru, un échange d'expériences nourries du flux et du reflux des migrations et des mouvances.

Les fiches de la Médiathèque vous proposent des discographies sélectives. Il est possible de commander des médias que vous ne trouvez pas dans le centre de prêt que vous fréquentez. Renseignez-vous.

Réalisation: Claude Janssens, centre de prêt de Woluwé-Saint-Pierre