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World-Jazz :

Africa: la musique des Maliens, des Sénégalais ou des Guinéens en une vingtaine de CD de départ, dont deux de world-jazz...

 

1. Hank Jones

 

Se pourrait-il qu'il y ait un choc des cultures dans le retour des jazzmen américains aux musiques de l'Afrique originelle ?

Hank Jones nous livre sa version des faits dans un superbe CD intitulé " Sarala ", dont la grande simplicité est à la mesure de l'émotion qu'il suscite.

Qui donc est Hank Jones  ?
Si vous n'écoutez pas de jazz, vous ne saurez pas que nous sommes en présence d'un des plus grands protagonistes de cette musique. Il a joué avec Louis Armstrong , Ella Fitzgerald , Coleman Hawkins , Charlie Parker , Dizzy Gillespie , Stan Getz , Milt Jackson , Cannonball Adderley , John Coltrane et une centaine d'autres, couvrant en soixante ans de pratique musicale une bonne partie de l'histoire du jazz. Consulter la discographie complète de Hank Jones sur notre moteur de recherche Mediaquest, c'est presque faire sauter la banque.

Il jouait comme eux !

A quatre-vingts ans, Hank Jones décide de jouer avec Cheick-Tidiane Seck. L'appel de l'Afrique, tout à coup, a sonné. Discussions, palabres. Jouer ensemble, oui, mais quoi ? Un an plus tard, les voilà d'accord sur le répertoire qui fera l'objet de l'enregistrement (des compositions de Cheick-Tidiane). Au piano : Hank Jones ; à l'orgue Hammond: Cheick-Tidiane Seck; au chant, à la kora, au balafon, au djembé, à la guitare, etc.: une vingtaine de Mandingues du Sénégal et du Mali. La session commence. Surprise pour les Mandingues : Hank Jones joue comme eux !

On pouvait le prévoir en écoutant certains albums, tel que The oracle ( UJ7346 ) où le pianiste joue du jazz, certes, mais où de ci, de là, ses doigts glissent sur les touches aiguës du piano exactement de la manière dont, vingt ans plus tard, ils articuleront les fluides volutes qui font tout le charme du jeu de Hank Jones dans le contexte mandingue, et son adéquation parfaite à la musique qui l'accompagne - ou qu'il accompagne. On ne peut en effet jurer de rien sur la question de savoir qui accompagne qui.

Voilà comment Hank Jones aura fait de la fusion, lui aussi. Pas du tout celle que le terme "fusion" recouvre habituellement, mais plutôt ce métissage qui pourrait bien être, tout simplement, une des possibilités d'avenir du jazz - sans doute appelé à devenir le plus populaire dans le vingt-et-unième siècle qui s'annonce : le world-jazz.

Un flux continu...

Ce qui frappe, avec Cheick-Tidiane Seck comme avec certains autres musiciens africains "modernes", c'est la capacité d'intégration dans leur musique originelle d'éléments extérieurs qu'ils ont assimilés au contact de différentes cultures, de différents musiciens. Seck a travaillé avec Salif Keïta , Mory Kanté , mais aussi avec Jimmy Cliff ou Joe Zawinul .

Tiens! A propos de Zawinul : voici un autre Américain que l'Afrique intéresse (écouter l'album My People, UZ3610 ). Oui, mais cette fois, il ne s'agit pas d'un retour aux sources: Zawinul est blanc (un Blanc fasciné par la culture africaine). Inséminer le jazz dans la musique africaine, c'est donner naissance à un style très particulier, sans doute, mais qui conserve de ses géniteurs ancestraux un fond important de répétitivité, celle-là même qui favorise la transe. Ainsi, écouter un morceau de musique tel que nous le propose l'album Tarala, c'est couper dans le temps une tranche au hasard, et non pas effectuer un trajet d'un point vers un autre (rues, boulevards, bretelle d'autoroute, autoroute, bretelle, boulevards, rues). Au contraire, cela se passe ici comme si l'on montait dans un train en marche et que l'on en descendait pareil (en Afrique, on peut encore faire ce genre de choses...).

Il suffit à cet égard d'écouter certaines fins de morceaux du CD de Hank Jones avec Cheick-Tidiane : un moment, sur un signe convenu (ça, on ne l'entend pas dans le disque!), tout le monde joue à l'unisson une vingtaine de notes standard, sorte de formule-type, qui permet de conclure le morceau. Mais celui-ci aurait pu durer une heure de plus si le signe convenu avait été retardé d'autant. Appelons ça le flux continu, pourquoi pas ? - et parce que, bien mieux qu'une autoroute, c'est un fleuve qui vous emmène, dont le mouvement imprimé à votre embarcation est le déhanchement même de la danse. Et de la danse naît la transe.

Du world jazz à la world

Bien sûr, il s'agit surtout d'écouter. La raison pour laquelle nous avons éprouvé le besoin de parler d'une musique qui se suffit à elle-même, c'est que le CD de Hank Jones et Cheick-Tidiane Seck pourrait passer inaperçu. On dira mieux (qui est pire en fait) : il n'y a aucune raison que ce CD retienne l'attention de qui que ce soit. Ce sont là des accidents qui arrivent, dans le commerce comme à la Médiathèque. A la différence que cette dernière a la vocation de faire découvrir son patrimoine...

Quelques mots encore : il faudra peut-être écouter plus d'une fois l'album pour accéder à son ineffable charme; pas de raison d'écrire tout un texte sur un disque s'il ne s'agissait que d'enfoncer une porte ouverte. Lire les notes du livret, fort joliment rédigées (en Français) par Macodou Ndiaye, apportera son lot d'informations également.

Pour ce qui est des notes en anglais, en voici une traduction partielle, qui éclairera encore la démarche du grand jazzman : "En l'été 1993, Hank Jones dit qu'il voulait enregistrer un album de musique traditionnelle ouest-africaine. Il me dit que le projet était une absolue priorité, et qu'il signifiait un tournant radical dans sa carrière" . (Jean-Philippe Allard, producteur du CD).  

"L'approche que fit Hank de la musique mandingue, qui possède des liens subtils avec le blues et le jazz, fut aussi sérieuse et humble que vis-à-vis de tous ses autres engagements. Il étudia cette culture pendant des mois avant d'en jouer une note, et travailla spécialement dur sur les aspect modaux de la musique. Si au début on sentait le retour aux sources, Hank intégra ses efforts dans cet enregistrement avec une telle harmonie qu'au final c'était comme s'il n'avait jamais quitté ses racines". (Cheick-Tidiane Seck).

Toute la musique mandingue ne s'inscrit pas dans un contexte stylistique unique. Pour rester dans l'esprit du CD qui vient d'être décrit, voici quelques références de départ:

  • Mansour Seck : Yelayo ( MM2337 )

  • Djeneba Diakita : Piraterie ( MM1490 )

  • Lamine Konté : La kora du Sénégal ( MM1794 )

  • Sekou Kouyate : Mali stars ( ML6351 )

  • The Wassoulou sound : Women of Mali ( ML5845 )

  • Toumani Diabate : Djelika ( ML6072 )

  • Toumani Diabate & Symetric orchestra : Skake the whole world ( ML6071 )

  • Mamadou Doumbia : Mandinka acoustic ( ML6145 )

Bien sûr, le Sénégal et le Mali, c'est aussi Mory Kante , Youssou N'dour , Toure Kunda , Salif Keïta , etc., mais gageons que ces musiciens, très occidentalisés, n'ont plus à être présentés. Raison pour laquelle la liste de CD mandingues ci-dessus vise avant tout la musique traditionnelle dont l'esprit et l'instrumentation, notamment dépourvue de batterie (laquelle confère aux musiques de Kante et autres Kunda un inévitable son "variété"), sont à découvrir absolument.

Remarquons enfin le CD d'un Européen "classé jazz", Pierre Van Dormael , enregistré avec le joueur de kora Soriba Kouyate (et Otti Van der Werf à la basse acoustique) : -  Van Dormael, Kouyate, Van der Werf : Djigui ( UV2401 ) et aussi une production de Bill Laswell (remarquable musicien et producteur américain toutes orientations) sur son label Axiom :

  • Ancient heart : Mandinka and Fulani music of the Gambia ( ML0531 )

Pour découvrir le pianiste de jazz Hank Jones :

entre cent autres...

Les fiches de la Médiathèque vous proposent des discographies sélectives. Il est possible de commander des médias que vous ne trouvez pas dans le centre de prêt que vous fréquentez. Renseignez-vous.

Réalisation: Claude Janssens, centre de prêt de Woluwé-Saint-Pierre