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La musique instrumentale


B. LA MUSIQUE INSTRUMENTALE
 

Il y a lieu de distinguer deux tendances distinctes : les formes polyphoniques (en ce compris les formes contrapuntiques) et les formes monodiques.

Les pratiques du 16ième siècle, consistant en des transcriptions de modèles vocaux, chantées et jouées sur divers intrusments, touchent à leur fin. Un répertoire autonome dans lequel sont exploitées les spécificités des divers instruments, prend naissance au début du 17ième et se développe rapidement.
Le violon se situe au premier plan (en Italie) à côté de l'orgue (surtout en Allemagne) et du clavecin (surtout en Fance).

 

1. Les formes polyphoniques et contrapuntiques

Les formes instrumentales issues du motet ( écrites dans le style d'écriture en imitation) poursuivent leur évolution pour devenir « ricercar », « fantaisie » et finalement «fugue».


La fugue
:

C'est la forme la plus aboutie à cette époque. Elle est portée à sa pleine maturité par Jean-Sebastien Bach. Dans cette composition polyphonique, un « sujet » (= thème principal) est combiné avec un « contre-sujet » (thème secondaire). Ces 2 thèmes sont utilisés dans toutes les voix, en se poursuivant (= fuguer), s'évitant et s'imitant tout le temps. Toutes les techniques connues du contrepoint et de l'imitation sont utilisées dans ce type de composition.     

Plan de la Fugue :

1- Exposition :

* Le thème est présenté (en imitation) successivement par les différentes voix. La première voix présente le thème à la tonique (de la gamme?), la deuxième à la dominante (une quinte au-dessus), la troisième de nouveau à la tonique et ainsi de suite.

* Après, il peut parfois survenir un « épisode » (= petit jeu sur une partie de thème), et éventuellement une nouvelle exposition.


2 - Le développement (moduland) :

* En laissant libre cours à l'imagination et par le biais de modulations, le thème est développé dans d'autres tonalités (de préférence des tonalités apparentées). Ce thème est modifié (= inversé, rallongé, raccourci, joué à l'envers…), et souvent reproduit rapidement sous forme abrégée par les différentes voix, les unes après les autres (= « stretto »).


3 - La coda :

* Le thème va clôturer ici la fugue (à la tonique (?)), souvent sur une note tenue que l'on nomme « pédale ».


Autres formes de type polyphonique

« Toccata », « Prélude », « Prélude de choral », « Variation de choral », « Passacaille »

Trouvant son origine dans les processions de pénitents en Espagne, cette forme musicale fait se succéder une série illimitée de variations sur un thème se trouvant à la basse et répétée d'une façon obstinée. La « ciacona » (Chaconne) est une danse construite sur une basse obstinée permettant le même type de variations. A ce groupe de pièces musicales construites sur une basse obstinée appartiennent également les « folia » (La célèbre « Follia » de Arcangelo Corelli en est un bel exemple).

De nombreux compositeurs se sont illustrés dans ces divers genres musicaux. Retenons-en quelques-uns parmi les plus importants :


En Italie :

Claudio Merulo (1533 –1604)

Girolamo Frescobaldi (1583-1643) : Il fut organiste de Saint-Pierre de Rome et ce très grand virtuose de l'orgue enseigna à de nombreux élèves, italiens et étrangers, attirés par sa réputation.

Bernardo Pasquini (1637-1710)

Alessandro Scarlatti (1660–1725)


En Allemagne
:

Samuel Scheidt (1587–1654)

Heinrich Scheidemann (1595-1663)

Johann Jacob Froberger (1616-1667) : Elève de Girolamo Frescobaldi, virtuose réputé que son activité musicale mena dans plusieurs pays d'Europe dont la France où il mourut. Il réalisa une synthèse des différents styles européens et fut un des premiers en Allemagne à composer des suites pour clavier inspirées en droite ligne par les compositions des luthistes et clavecinistes français.

Johann Pachelbel (1653-1706)

Dietrich Buxtehude (1637-1707) Un géant de l'Histoire de la Musique allemande. Son influence sur Jean-Sébastien Bach est grande.

Georg Böhm (1661-1733)

Jean-Sebastien Bach (1685-1750)


En France
:

Louis Couperin (1626-1661)

Louis-Nicolas Clerambault (1676-1749) : Dans ses pièces pour orgue, il opére une belle synthèse entre les styles français et italien.

Nicolas de Grigny (1672-1703)


Au Pays-Bas
 :

Jan Pieterszoon Sweelinck (1562-1621) Très influencé par l'école anglaise de son temps, il développera un style contrapuntique très élaboré qui fait de son œuvre un jalon important dans l'évolution de la fugue classique.  

Peter Cornet (1575-1633)

 

2. Les formes monodiques : (avec basse-continue)

Les versions instrumentales du madrigal et de la chanson appelés « canzone alla francese » au 16ième siècle, continuent leur évolution.
Combinées avec la technique de la basse-continue elles aboutissent à la musique de chambre (« sonates ») et à la musique pour orchestre (« concertos »).

 

La sonate à trois :

On distingue deux types de sonates. D'une part, la « sonata da chies a », de caractère plus introspectif, dont les mouvements, en alternance lent-vif-lent-vif, portent de simples mentions : « grave », « allegro », « adagio », allegro ». Elle est souvent accompagnée à l'orgue. D'autre part, la « sonata da camera » qui obéit à la même alternance de mouvements, possède un caractère dansant dont attestent les intitulés des différents mouvements : courante, sarabande, gigue… Le clavecin remplace ici l'orgue.
L'appellation « en trio » ou « à trois » désigne le nombre de voix réelles (deux supérieures, une grave) mais… elles se jouent souvent à quatre puisqu'on y adjoint l'instrument réalisateur.

 

La sonate pour instrument seul :

Ecrite pour un instrument soliste, (= solo, ) flûte, violon, hautbois…accompagné par la basse-continue.

 

Le concerto grosso :

Le principe du double chœur tel qu'il s'est développé à Venise est appliqué à la musique instrumentale et permet à deux groupes d'instruments de dialoguer (concerter) entre eux. (cfr. le terme Italien concertare). Un petit groupe, que l'on appelle « concertino » et un grand groupe appelé "tutti" ou "ripieni" jouent en alternance ou ensemble (comme un jeu de questions et réponses).

 

Le concerto pour orchestre :

Dès qu'un rôle précis n'est pas attribué à un instrument ou à un groupe d'instruments, on parle de « concerto» ou « symphonie» ou encore « sonate » pour orchestre.

 

L'ouverture :

On distingue l'ouverture à la française (mouvements : lent - rapide - lent) de l'ouverture à l'italienne ( mouvements : rapide - lent - rapide).


Descendant en droite ligne de la sinfonia d'ouverture des premiers opéras (au départ plutôt une sorte de sonnerie attirant l'attention du public sur le début du spectacle), l'ouverture va se développer rapidement au point de devenir une composition instrumentale autonome. Elle trouvera sa maturité avec Jean Baptiste Lully en France et Alessandro Scarlatti en Italie.


Quelques compositeurs de musique qui ont contribué au développement de la musique instrumentale dérivée du style monodique
 :

Salomone Rossi (1570-1630) : Auteur de Sinfonie, Gagliarde et de pièces à variations sur une basse obstinée.

Biagio Marini (1587-1663)

Arcangelo Corelli (1653-1713) : On lui attribue la paternité du « Concerto grosso ». Il est l'auteur également de sonates pour violon dans lesquelles il développe au maximum les possibilités expressives de l'instrument, portant ainsi le genre à l'un de ses sommets.  

Giuseppe Torelli (1658-1709)

Alessandro Stradella (1644-1682)

Giovanni Battista Vitali (1632-1692)

Giovanni Legrenzi (1626-1690)

Tommaso Albinoni (1671–1751)

Antonio Vivaldi (1678-1741) : Prêtre et virtuose du violon. Il enseigna le violon, fut chef de chœur et laissa également de nombreuses religieuses et de beaux opéras. Mais c'est surtout son œuvre instrumentale qui a retenu tout d'abord l'attention. En effet, il a composé plus de six-cent concertos dont il serait injuste de ne retenir « qu'il a composé six-cent fois le même concerto ». En effet, Antonio Vivaldi a laissé de profondes empreintes qui touchent tant à la structure de ces concertos (il en limite le nombre de mouvements à trois) qu'à la dimension dramatique qu'il leur apporte. Il joue en effet sur les contrastes thématiques, rythmiques et dynamiques avec une confondante personnalité. Ses célèbres « Quatre Saisons » sont un bel exemple de son art. Plusieurs fois, il a recours à l'imitation de bruits naturels. Ainsi, d ans le concerto « l'hiver », il évoque des phénomènes, telle la pluie qui frappe les carreaux, illustrée par les pincements des cordes des violons.

 

En France :

Jean-Marie Leclair (1697-1764) : Son séjour à la cour de Turin le familiarise avec le style et les techniques de la musique italienne. Il laisse une œuvre concertante et des sonates instrumentales dans lesquelles il opère une belle fusion entre les styles français et italien. Sa musique, toujours équilibrée, est tour à tour grave et brillante.

 

En Allemagne :

Johann Rosenmüller (1620-1684) : Un des premiers artisans de la fusion entre les styles allemand et italien.

Heinrich Ignaz Von Biber (1644-1704) : Une figure de proue dans l'élaboration de la sonate instrumentale en Europe Centrale. Comme beaucoup de ses contemporains, il subit l'influence italienne et en retient le goût pour une virtuosité qui se traduit dans ses « Sonates du Rosaire », pages qui requièrent de leurs interprètes une technique brillante et une grande intelligence du texte.

Georg Muffat (1653-1704) : A l'influence française s'ajoute ici une influence française qui confère à sa musique une grâce et une noblesse qui ne laisseront pas ses successeurs – dont Jean-Sébastien Bach – indifférents.

Johann Kuhnau (1660-1722) : Ce compositeur enrichit la musique pour clavier de nombreuses suites et sonates parmi lesquelles les «  sonates bibliques pour clavecin  » pour clavecin dans lesquelles il opère une étonnante transcription pour le clavier de la sonate instrumentale italienne. Ce sont des œuvres « à programme »  où il décrit une série de scènes empruntées à la Bible en usant de procédés originaux pour traduire les craintes et les sentiments des différents intervenants. Dans la sonate « le combat entre David et Goliath », il se surpasse, imitant par exemple le lancement de la pierre par laquelle David abattra son rival et la chute de celui-ci.

Georg Friedrich Haendel (1685-1759)

 

Au Pays-Bas :

Willem de Fesch (1687-1757)

Carolus Hacquart  

 

3. La suite de danses :

Au moyen-âge, les compositeurs enchaînent souvent deux danses de rythmes contrastés (par exemple une « pavane » et une « gaillarde »). Cet enchaînement s'enrichit au 17ième siècle de nouvelles danses et débouche sur la forme appelée « suite », traduisons « suite de danses ».


La suite Française présente le plus souvent l'enchaînement des danses suivantes : Allemande – Courante – Sarabande – Gigue. La suite Allemande présente le plus souvent l'enchaînement des danses suivantes : Pavane – gaillarde – courante – allemande. L'une comme l'autre peuvent comporter des danses additionnelles qui s'ajoutent à ce schéma de base. Il s'agit de danses autonomes comme : le menuet – le   rondeau – la gavotte – le passe-pied – le rigaudon. Parfois, on y ajoute même un air ou « aria » confié aux seuls instruments. Au cours des décennies, la suite finira par perdre de son caractère dansant.


Autres appellations de la suite : En Angleterre: « suit of lessons » - En Italie : « sonata da camera » - En Allemagne : « Partita », « suite d'ouverture » ou « ouverture » (cette dernière est une suite pourvue d'une ouverture d'une dimension importante, écrite sur le modèle de l'ouverture à la française.)

 

Quelques compositeurs de suites :


En Allemagne
  (suite pour clavier ou pour ensemble instrumental ) 

Johann Hermann Schein (1586-1630)

Georg Muffat (1653-1704)

Johann Rosenmüller (1620-1684)

Jean- Sebastian Bach (1685-1750)

Georg Friedrich Haendel (1685-1759)


En France
(suite pour luth ou clavecin) :

Denis Gaultier (1603-1672) : Il fut un des premiers à donner un nom aux différentes pièces qui composaient ses suites. Cette pratique sera suivie par la plupart des luthistes et clavecinistes.

Jean-Baptiste Bésard (1567-1625)

Louis Couperin (1626-1661)

Jacques Champion de Chambonnières (1601-1672 ) : Organiste de la Chapelle Royale et claveciniste à la cour de Louis XIII. Il fut un des fondateurs de l'école française de clavier.


François Couperin (1668-1733)
 : Compositeur important de suites et organiste à la cour de Louis XIV et Louis XV à Versailles.
En ce qui concerne ses compositions profanes, il est à cheval sur le Baroque et sur la période désignée dans les Arts Plastiques sous le vocable « Rococo ». Sa musique pour clavecin est le sommet de l'Ecole française de clavecin. Louis Couperin y fait montre d'une richesse inventive sans cesse renouvelée. Il porte au sublime l'art de l'ornementation.   
Parmi ses suites (qu'il appelle « ordres »), épinglons quelques pièces caractéristiques : « La voluptueuse » - «La tendre nanette » - « La commère » - « Les barricades mystérieuses » « Les tic-toc choc ou les maillotins ». Dans le domaine de la musique à plusieurs instruments : notons ses « concerts royaux » et ses sonates : « L'apothéose de Jean Baptiste Lully » et « L'apothéose de Arcangelo Corelli » dans lesquelles il plaide avec une égale passion pour la réunion des goûts italien et français. Il a également écrit une méthode pour jouer du clavecin appelée « l'art de toucher le clavecin », référence incontournable pour tout interprète qui aborde l'instrument.


Jean Philippe Rameau (1683-1764)
: Contemporain de Jean-Sébastien Bach, il joue un rôle essentiel dans l'Histoire de la Musique par les recherches qu'il mena sur l'harmonie et qu'il consigna dans des ouvrages théoriques qui sont des références incontournables pour l'époque. Il touche comme compositeur, à plusieurs domaines : musique religieuse, opéra, musique instrumentale, pièces pour clavecin. Son œuvre, généreusement baroque, peut par certains aspects s'apparenter au style Rococo.

Quelques œuvres  extraites de ses suites ou formant une suite :

" La poule", "L'Egyptienne", "Les tourbillons", "Pièces de clavecin en concert" (petites pièces pour clavecin et accompagnement de cordes formant une suite).

 

En Italie :

Arcangelo Corelli

Tommaso Vitali

Domenico Scarlatti : C'est surtout dans le domaine de la musique pour clavecin que ce fils d'Alessandro Scarlatti va s'illustrer. Précepteur du frère et de la fille du roi du Portugal, il écrit pour eux plus de 500 sonates pour clavecin dans lesquelles il développe de façon inouïe la technique de l'instrument à clavier. Dans certaines de ces sonates, en outre, il introduit un second thème, annonçant ainsi la forme-sonate telle qu'elle s'élaborera à l'époque pré-classique. Son éditeur appellera « sonates » ces pièces que Domenico Scarlatti désignait sous le nom d'« Essercizi ». La plupart d'entre elles n'ont qu'un seul mouvement et requièrent énormément de virtuosité de la part des interprètes. Au 20ième siècle, l'éditeur italien Ricordi les publia, groupées par suites de plusieurs sonates sélectionnées selon leur tonalité.  


En Angleterre
:

Henry Purcell (1658-1695) : écrivit de nombreuses musiques de scène et opéras dont sont extraites des suites instrumentales. Si ces dernières sont à rapprocher des modèles européens, elles puisent abondamment leur inspiration dans le répertoire folklorique insulaire.

Georg Frederic Haendel (1685-1759) : D'une part , nous avons les célèbres suites instrumentales (Water Music, Music for the Royal Fireworks) dont le côté grandiose est dû aux circonstances pour lesquelles elles ont été écrites. Elles ne dédaignent pas non plus l'emprunt aux danses populaires (Hornpipe). Au clavecin, Georg Frederic Haendel dédie une série de suites de facture assez simple qui s'opposent à huit grandes Suites construites nettement plus abouties sur le plan de la richesse harmonique et de la technique.


Dans nos contrées
 
:

Jean Baptiste Loeillet (1688-c.1720) : Ses suites dénotent une influence italienne sensible et s'apparentent davantage au style galant.