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AILLEURS

 

2. AILLEURS

 
A. AMÉRIQUE DU SUD, AMÉRIQUE CENTRALE ET CARAÏBES


Venus avec les esclaves déportés du Congo, les lamellophones ont influencé la culture de nombreux pays d’Amérique. Mais, ils sont surtout joués du nord de l’Amérique du Sud (Brésil, Colombie, Uruguay, Venezuela), aux Caraïbes (Cuba, République dominicaine, Haïti, Jamaïque, Martinique, Tobago, Trinidad). La musique populaire cubaine offre une évolution intéressante de l’instrument, à travers les groupes de Son et de Changüi qui jouent d’un piano à pouces basse: la marimbula.


La marimbula, la basse dans la musique populaire cubaine


Instrument de musique folklorique de la famille des lamellophones, la marimbula ressemble à une grosse sanza africaine, dont elle est la descendante. Elle fut introduite dans la province d’Oriente de Cuba au XIXe siècle par les Bantous (Congo). Par la suite, son usage s’est répandu à toute la Caraïbe et à l’Amérique. L’instrument a un certain nombre d’autres noms telle la basse kalimba.
La marimbula utilisée dans les styles anciens était faite d’un cajon (caisse de bois, cageot) de bonne taille, comportant une série de lames métalliques souples (les ressorts des anciennes pendules étaient fort prisés) fixées sur la caisse par trois barres, sorte de chevalet, qui les faisaient se redresser de la table de la marimbula en direction d’une ouverture pour la résonance. On joue assis sur le cajon en utilisant tous les doigts des deux mains. La longueur des lames détermine la hauteur des notes. Elles sont accordées dans la tonalité dans laquelle joue le reste du groupe. Le nombre de lames, jamais inférieur à trois, peut varier.
Avant que la basse ne soit introduite début 1900 dans la musique populaire cubaine, probablement au travers des orchestres de danzon qui utilisaient déjà la contrebasse dans leur formation, les instruments utilisés dans les groupes de son et de changüi étaient la botija et la marimbula. À la différence des lamellaphones africains originaux qui produisent une polyphonie complexe et des polyrythmes, la marimbula joue fondamentalement le rôle d’une guitare basse pour fournir l’appui rythmique et harmonique pour un orchestre, bien qu’elle puisse également produire une mélodie simple. Toutefois, contrairement à la botija, la marimbula est restée utilisée ponctuellement comme instrument annexe. Le Septeto Anacona l’utilisait encore pendant les années 30. Elle est restée un instrument typique des groupes de changüi, mais aujourd’hui plusieurs groupes de rue, dans l’Oriente cubain, reprennent cet instrument facilement transportable.
Aujourd’hui, des luthiers réalisent des marimbula professionnelles. Michael Kotzen, pour n’en citer qu’un, a construit pour Ben Harper une marimbula dont le fond est en épicéa. Ainsi, celle-ci peut servir de double cajon.

 

B. DU PIANO À POUCES DANS LE BLUES, LE JAZZ, LE RHYTHM & BLUES OU D'AUTRES MUSIQUES CONTETMPORAINES

 

C’est au début des années 50 que les musiciens occidentaux ont adopté les lamellophones. Un des premiers enregistrements américains où l’on retrouve du lamellophone fut l’enregistrement Drums of Passion par Babatunde Olatunji en 1959. Olatunji joue du kalimba sur cet enregistrement sur lequel figurent des musiciens de jazz invités comme Yusef Lateef. Ce dernier joue du kalimba dans un autre enregistrement de jazz The African Beat (1962) de Art Blakey and the Afro-Drum Ensemble.
Dans son autobiographie (1989), Miles Davis livre qu’il avait essayé de limiter la gamme et les accords de ses compositions lors de l’enregistrement de Kind of Blue (1959) en faisant l’effort de travailler dans un canevas de mélodie et d’harmonie réduites comme c’est le cas pour les lamellophones.
Le bluesman Taj Mahal a commencé à jouer des solos sur un kalimba ‘Hugh Tracey’ lors de ses concerts après avoir entendu l’instrument dans un film. Un solo live figure sur son album Recycling the Blues and Other Related Stuff (1972). En jazz fusion, le bassiste Paul Jackson joue de la marimbula avec Herbie Hancock sur Head Hunters (1973).
L’utilisation la plus populaire de l’instrument se trouve peut-être dans les albums du groupe Earth, Wind & Fire, dont Maurice White était un des trois percussionnistes. Il y avait à l’origine cinq batteurs dans le groupe, deux jouaient du kalimba (Maurice White et Philip Bailey). De ce fait, l’influence africaine est entrée tout naturellement dans la musique du fameux groupe disco. Le kalimba ‘Hugh Tracey’ de Maurice White apporte une couleur particulière, à la fois naïve et envoûtante, qui sera l’une des marques de fabrique du groupe. White a été capable de jouer avec succès des solos rapides sur cet instrument et de l’incorporer dans le noyau des arrangements du répertoire du groupe. Earth Wind and Fire fera du kalimba son emblème en l’intégrant à sa musique et en appelant «Kalimba Records» la société de production qu’ils montent en 1971.
Même le compositeur George Crumb a écrit une partition pour un kalimba ‘Hugh Tracey’ dans Music for a Summer Evening (Makrokosmos III-1974).
Un des joueurs américains de lamellophones les plus créatifs fut l’inimitable percussionniste et sitariste Collin Walcott. Walcott joue sur un type de sanza construit à partir d’une cannette d’insecticide qui avait neuf clefs et était accordée de manière inhabituelle. De plus, il tournait l’instrument à l’envers pour que les touches apparaissent vers l’extérieur et les faisait vibrer en utilisant ses index. Il utilisa cet instrument pour la première fois sur Propulsions: Concerto for Percussion, un enregistrement du compositeur Irwin Bazelon (1974), ensuite sur l’album Out of the Woods (1978) avec le groupe Oregon. Enfin, son kalimba apparaît de façon prédominante dans beaucoup de ses compositions enregistrées entre 1979 et 1983 avec le trio Codona qu’il créa avec Don Cherry et Naná Vasconcelos.
Durant les années 80 et 90, des percussionnistes comme Adam Rudolph, Glen Velez, Paolo Vinaccia, Layne Redmond, John Bergamo, Okay Temiz, Rich Goodhart, N. Scott Robinson, Nexus, Chocolate (Julio Algendones), Jack DeJohnette, et Ishmael Wadada Leo Smith, ainsi que des musiciens comme Steve Tibbetts, Egberto Gismonti, Jean-Jacques Avenel, Bob Moses ou plus récemment Akosh S. Unit, ont utilisé la mbira avec beaucoup de créativité dans leur musique.
Il faut citer aussi le multi-instrumentiste Pops Mohamed qui a donné une place de choix à la mbira à côté du didgeridoo, du birimbau et de la kora dans une musique métissée virant de plus en plus vers l’électro.
Le jazzman belge Chris Joris donne presque toujours une place de choix au piano à pouces dans ses albums. Il a collaboré avec de nombreux artistes africains, tel le percussionniste Adama Dramé.
On ne peut pas terminer ce parcours sans parler de l’Américain Richard Crandell qui vient de sortir, sur le label new-yorkais Tzadik, un disque fantastique entièrement construit autour de la mbira et occasionnellement accompagné de percussions légères. Hypnotique à souhait, Mbira Magic (2004) se situe dans la lignée de l’œuvre de Steve Reich, Terry Riley ou encore Harry Partch.