Le sheng, avec son histoire quasi ininterrompue de plus de trois mille
ans, est un des plus anciens instruments chinois encore utilisés. Il
fut probablement inventé en Chine au cours du deuxième millénaire
avant notre ère. Des prototypes du sheng, le yu et
le he, sont illustrés dans des pictogrammes de la dynastie Shang
(XVIe -XIe siècles av. J.-C.). Les textes de la dynastie Zhou (XIe -VIe
siècles av. J.-C.) attestent de son emploi auprès du peuple et
à la cour. Ils décrivent le yu comme un grand sheng
avec vingt-trois ou trente-six tuyaux, le he comme un petit
sheng à treize tuyaux et le sheng lui-même
à treize ou dix-neuf tuyaux. Des fouilles archéologiques ont permis
de découvrir quelques sheng, he et yu, notamment un
exemplaire à vingt-deux tuyaux dans la tombe de Mawangdui, province du
Hunan (site de la période Han, 206 av. J.-C.–220 ap. J.-C.) et
six autres exemplaires au nombre de tuyaux variables dans la tombe du marquis
Yi de Zeng qui fut enterré en 433 avant notre ère. Les tuyaux
sont insérés en ligne parallèle dans un réservoir
en calebasse ou en bois et avec une embouchure droite qui part de celui-ci.
Le hulusheng des Yi du Yunnan a encore aujourd'hui une forme similaire.
Les Miao, Yao et d'autres peuples de Thaïlande, Birmanie, Vietnam, Laos,
ont également conservé ce modèle à rangées
parallèles.
La forme du sheng évolue au début de notre ère
et passe à une couronne qui comprend dix-sept tuyaux en bambou insérés
en forme de cercle dans un réservoir en bois ou en calebasse.
Le sheng ne se limitait pas à accompagner la musique des sacrifices
impériaux. Il était aussi utilisé dans la musique de divertissement
des anciens orchestres de cour et de banquet, comme instrument solo et pour
accompagner l'opéra. Le jeu du sheng tel qu'il était
pratiqué sous les Tang (618-907 ap. J.-C.) survit probablement dans la
musique d'ensemble du gagaku japonais. Mais au fil du temps, la musique de cour
des Tang a été ralentie par les musiciens japonais, jusqu'à
ne plus être reconnaissable. Le sho japonais est le descendant
de l'instrument de la période Tang et le saenghwang son descendant
coréen. Le he et le yu disparaissent après
la dynastie Han.
Pendant la seconde moitié du XXe siècle, le sheng a
été amélioré : le nombre de tuyaux est passé
à trente-six ou cinquante et un, des versions basse, alto, etc. ont été
construites, l'amplification est devenue possible. Citons aussi le petit sheng
de Shanghai, le fangsheng à caisse carrée en bois
du Henan et du Shangdong et le sheng des temples bouddhiques du Nord
de la Chine. Ces orgues à bouche sont employés dans la musique
des processions, dans l'opéra kunqu, dans la musique de chambre de la
région de Shanghai et il existe des compositions pour sheng
solo.
Différentes formes alliant vents et percussions existent dans toute la
Chine, même si elles sont surtout présentes en Chine du Nord. La
musique chiuda est la musique des processions, avec des instruments
à vent (orgues à bouche, hautbois coniques suona ou
cylindriques guanzi, flûtes traversières) et des percussions
(tambours, gongs, cymbales). Cette musique est forte, rythmée, complexe.
D'après les documents iconographiques et écrits, des ensembles
composés de hautbois, de flûtes et de percussions étaient
déjà utilisés dans les processions militaires au Ve siècle.
Ce type ancien d'ensemble pourrait avoir été influencé
par des pratiques venues d'Asie Centrale et introduit par des tribus de Chine
du Nord. Par la suite, ce même genre d'ensemble a été utilisé
pour les processions impériales, et à partir du XVe siècle,
dans les temples bouddhistes et taoïstes.
Le sheng est aussi utilisé dans le sud de la Chine, dans la
musique de « soie et bambou » de la région de Shanghai,
à côté d'autres instruments comme l'erhu. Le petit
sheng de Shanghai, à caisse de résonance en bois, a
une sonorité très fine qui s'accorde fort bien à la texture
subtile et au timbre doux du jiangnan sizhu.
- Hautbois du Nord-Est Vol.1 : musiques de la première lune - MV4223
- Bande de la Famille Li. Hautbois du Nord-Est Vol.2 : la Bande de la Famille Li - MV4224
- Beijing National Music Academy. Buddhist Music of the Ming Dynasty, Zhihuasi Temple, Beijing - MV4275
- Tianjin Buddhist Music Ensemble. Buddhist Music of Tianjin - MV4276
- Pavillon aux pivoines : opéra classique chinois kunqu - MV4363
- Cercle d'Art Populaire. Chine : musique classique vivante - MV4510

- Xu Chaoming. Chine : sheng - MV4540
- Zhong Chen. Chine : musiques de Shanghai - MV4570
- Ensemble du Conservatoire Supérieur de Xian. Chine : musique ancienne de Chang'an - MV4770
- Guo Brothers. Our Homeland : Traditional Chinese Music - MV5022
- Opéra de Pékin. La Forêt en feu, la Princesse Cent-Fleurs - MV5904
- Troupe III of the Peking Opera Academy. The Monkey King / The World of Peking Opera - MV6500
Le sho est similaire au sheng chinois, mais il est plus
fin. C'est un instrument très coûteux parce qu'il est fabriqué
à partir de tuyaux en bambous qui ont plus de cent ans d'âge. Il
est surtout connu pour son utilisation dans l'orchestre du gagaku dont l'origine
millénaire est chinoise. La musique instrumentale, les chants et les
danses, interprétés aux banquets impériaux et aux cérémonies
religieuses bouddhistes de l'époque Tang (618-907) ont été
transmis au Japon. Les siècles qui ont suivi son introduction ont provoqué
une simplification et une réorganisation des différentes musiques
importées du continent et la composition de nouvelles danses et musiques
instrumentales. À partir du XXe siècle, le gagaku se pratiquait
à la cour impériale, tant pour le gouvernement que pour l'expression
musicale en privé. Actuellement, on le retrouve toujours à la
cour impériale, ainsi qu'en tant que musique cérémonielle
dans les temples bouddhistes et les sanctuaires shinto.
Le répertoire se divise en trois catégories : les pièces
d'origine japonaise (kuniburi-no-utamai), les pièces importées
de Chine et de Corée du Ve au IXe siècle qui comprennent le répertoire
togaku et komagaku, et les pièces composées pendant la période
Heian (794-1185) qui sont vocales. Dans ce style de musique, le sho
produit un fond sonore très lent et quasi harmonique dans un orchestre
composé de percussions, d'instruments à vent et à cordes.
- Japanese Traditional Music 1 : Gagaku - MX4045
- Gagaku - MX4370
- Gagaku : Court Music of Japan - MX4374
- Kyoto Imperial Court Music Orchestra : Gagaku : The Imperial Court Music of Japan - MX5390
- Music Department : The Imperial Housed. Gagaku - MX5710
- Reigakusha. Gagaku Suites - MX5968
- Tokyo Gakuso. Gagaku : Gems From Foreign Lands - MX6303

- Tokyo Gakuso. Gagaku and Beyond - MX6304
Aujourd'hui, le sho est souvent utilisé dans des compostions classiques ou des musiques plus expérimentales. Plusieurs artistes contemporains ont essayé d'allier la tradition japonaise aux sonorités des instruments contemporains. De cette confrontation jaillissent des espaces sonores nouveaux. John Cage s'est toujours intéressé aux modes de vie et de pensée non occidentaux, y compris les traditions philosophiques japonaises. Il a composé plusieurs œuvres avec sho (One9 pour sho seul, Two3 pour sho et cinq conques remplies d'eau et Two4 pour sho et violon ). Toshio Hosokawa, Toru Takemitsu et d'autres compositeurs japonais de l'après-guerre essaient de nouer des liens entre la musique occidentale et japonaise et s'inspirent notamment du gagaku. Des artistes plus actuels comme Otomo Yoshihide ou Sarah Peebles utilisent le sho de manière expérimentale.
- Energy - Elisabeth Chojnacka (oeuvre de Ichiyanagi, Toshi), Mirage, pour shô et clavecin) - FA2688
- John Cage. Two4 / Two6 / Five2 / Five5 / Seven / Seven2 - FC0656
- John Cage. Two4 - FC0659
- Toshio Hosokawa. Landscape I,II,V / Fragmente II / Vertical Time Study III (Landscape V, pour shô et quatuor à cordes) - FH7893

- Toshio Hosokawa. Deep Silence : oeuvres de Hosokawa et traditionnel gakagu - FH7896
- Gerhard Stäbler. Karas. Krähen / Palast des Schweigens (+ deux pièces
de musique de cour japonaise pour sho [Gagaku] : Banshukicho no Choshi
- Sojo no Choshi) - FS6859
- Gerhard Stäbler. Palast des Schweigens / Kassandra-Studien - FS6860
- Mari Takano. Women's Paradise (Mugen No Tsuki - Mugen No Hoshi, pour koto, jushichigen, sho, hichiriki, violon) - FT0791

- Toru Takemitsu. Garden Rain (Distance, pour hautbois et shô) - FT0846
- Vershki Da Koreshki. Real Life of Plants - MA0554
- Mamoru Fujieda. Patterns of Plants - UF8912
- Miya Masaoka Orchestra. What is the Difference Between Stripping and Playing the Violin ? - UM2126
- Yoshihide Otomo & Masahiko Shimada. My Dear Mummy - UO8672
- Evan Parker & Paul Lytton. Three Other Stories [1971-1974] - UP1723
- Yuji Takahashi. Finger Light - UT0195
- Bjork. Drawing Restraint 9 - XB457K
- Brian Eno/Peter Schwalm - Music for Onmyoji - XE551O
- Sarah Peebles. Insect Groove - XP236P
- Sarah Peebles. Suspended in Amber - XP236Q
- Otomo Yoshihide. Ensemble cathode - XY508W
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