Le khène du Laos représente un modèle évolué
de l'orgue à bouche mais des formes simplifiées se retrouvent
chez de nombreux peuples de l'Asie du Sud et du Sud-Est.
Au Bangladesh , les Murung, peuple tibéto-birman qui
occupe la région située près de la frontière avec
la Birmanie, utilisent un orgue à bouche très simple, le plung.
Il est joué par les hommes en orchestres de dix à vingt pièces
de plusieurs tailles lors des fêtes, pour satisfaire les esprits ou pour
la danse.

- Bangladesh : orgues à bouche, rituel des Murung MV2691
D'autres versions simplifiées du khène se retrouvent
chez les minorités du Laos, de Chine et du Vietnam. Beaucoup de peuples
d'origines diverses (austro-asiatiques ou Môn-Khmer, tibéto-birm
anes et Miao-Yao dont font partie les Hmong) habitent ces pays. Cette diversité
se retrouve dans les pratiques musicales, mais il y a une constante dans les
instruments utilisés : l'orgue à bouche. Il joue un rôle
essentiel dans la vie quotidienne sociale, familiale et religieuse. Il peut
être joué en solo pour le divertissement solitaire ou en groupe
pour accompagner le chant et la danse. Souvent, les musiciens improvisent sur
base d'un répertoire de mélodies connues.
Les Hmong sont originaires du Sud de la Chine et sont des agriculteurs qui vivent
dans les montagnes du Nord de la Thaïlande, du Vietnam et du Laos. L'orgue
à bouche Hmong, souvent nommé qeej, est généralement
composé de six tuyaux de longueur inégale et plus ou moins recourbés,
insérés perpendiculairement à une longue embouchure en
bois. En jouant, l'instrumentiste exécute des mouvements assez athlétiques,
sautillant et tournoyant, parfois en position accroupie. Cette danse est exécutée
comme prouesse physique ou pour induire les esprits en erreur.
Les Hmong au Laos et au Vietnam et les Miao en Chine ont la même origine.
Les Miao nomment leur orgue à bouche lusheng. Il est joué
lors de fêtes, mariages, enterrements et pour chanter des chansons d'amour,
pour se faire la cour. Il est lié au cycle de la vie et au cycle agraire.
- Bamboo on the Mountains : Kmhmu Highlanders - MV0049

- Music of Chinese Minorities - MV4033
- Huanle de Miaojia - A Happy Miao Family - MV4038
- The Music of Small Ethnic Groups in Yunnan II - MV4047
- Boua xou mua : The Music of the Hmong People of Laos -
MX9161

- Musiques du Laos : traditions des Khmou', Oï, Lao, Phou-Noï,
Kui - MX9493
- Hanna Thai : Instrumental Music of North-West Thailand - MY7543
- Musique et chants des Hmong - MY9236

- Viêt-nam : anthologie de la musique êdê - MY9237
- Music From Vietnam 5 : Minorities From the Central Highland Coast
- MY9292

- L'art du khen - MY9332
L'orgue à bouche khène est l'instrument le plus populaire
et le plus représentatif de la population lao. Il est considéré
comme un trait d'union entre les génies et les hommes. Il comporte seize
tuyaux de bambou disposés en deux rangées parallèles. L'instrumentiste
tient le khène avec ses mains en position de prière,
les doigts de chaque main obturant et libérant les petites ouvertures
pratiquées sur chaque tuyau.
Sa fabrication est artisanale et demande un long apprentissage, le facteur de
khène devant respecter un certain nombre de règles transmises
de génération en génération. Le bambou qui est utilisé
est d'une espèce spéciale, proche du roseau. Il est récolté
après douze mois et séché au soleil pendant quelques semaines.
Il faut rassembler sept à huit paires de tiges d'une longueur variant
de 80 cm à 2 m et qui sont évidées de bout en
bout. Plus un khène est long, plus son ton est bas. Des languettes
en métal, les anches libres, sont placées à l'intérieur
de chaque tige de manière à ne pas obturer complètement
le tuyau et des trous d'admission et d'expulsion d'air sont percés. Cette
phase de fabrication est la plus délicate puisqu'elle conditionne l'exactitude
des notes. Les bambous sont ensuite assemblés par paires de longueur
identique et dans un ordre de grandeur décroissant et insérés
dans le corps central en bois évidé qui porte l'embouchure.
Il existe une légende racontant les origines du khène :
une jeune veuve lao aimait imiter le chant des oiseaux. Un jour, suivant les
chasseurs de son village dans la forêt, elle fut charmée par le
chant d'un oiseau appelé « Nok Karavek ». La veuve
essaya de construire un instrument qui lui permettrait de reproduire ce son.
Elle utilisa d'abord un plant de riz, puis utilisa une série de fins
bambous attachés ensemble. Elle réussit finalement à fabriquer
un instrument dans lequel elle pouvait souffler et imiter le chant unique de
cet oiseau. Elle offrit l'instrument au roi, lui joua un morceau et lui demanda
s'il aimait le son. Il aima ce qu'il entendit mais demanda d'entendre plus de
mélodies. Quand elle eut fini, il lui dit en lao : « Gnang
khene dair », ce qui signifie « c'est beaucoup mieux ».
Il demanda donc à la veuve d'appeler son instrument « khène ».
Le khène est joué dans la musique traditionnelle laotienne
et dans la pop actuelle.
Le lam est une forme de chant alterné, un chant de cour d'amour, accompagné
au khène solo ou par un orchestre. Les poèmes sont souvent chantés
de mémoire, mais les meilleurs chanteurs sont capables d'improviser tout
en chantant. Le lam est interprété lors d'occasions spéciales,
naissance, décès, mariage, cour d'amour, fêtes religieuses
prescrites par le calendrier bouddhique ou tout simplement pour le divertissement.
Chaque région a son propre style de lam dont les règles et formules
se transmettent oralement de génération en génération.
Beaucoup de Laotiens se sont installés en Thaïlande et y ont amené
leurs instruments et styles de musique. Le morlam est la musique de la région
de l'Isaan, à l'Est du pays près de la frontière laotienne.
Ce style est chanté par un chanteur (le mo lam) qui raconte une histoire
basée sur une forme poétique appelée klon. Le joueur de
khène l'accompagnant est nommé le mo khaen. Aujourd'hui
les instruments traditionnels du morlam sont souvent remplacés par des
synthétiseurs, une basse électrique et une batterie. Ce style
a gagné en popularité pendant les années 70 quand beaucoup
d'habitants de l'Isaan ont migré à Bangkok. Le morlam est une
force unifiante pour ces personnes loin de leur village natal. Les paroles racontent
leur histoire avec des références aux gens qui leur manquent,
les amours perdus et l'exploitation de la vie urbaine. Le khène
se joue aussi dans les ensembles accompagnant le pong lang,
une sorte de xylophone.
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