Il y a 25 ans, c’était Postcard Records et l’explosion de la scène pop écossaise (Orange Juice et consort). Aujourd’hui, c’est la Wallonie et Carte Postale, micro-label établi à Namur depuis 2003 et à l’affût d’une production locale riche et foisonnante qui ne demandait qu’à être dûment accompagnée et diffusée. Ici toutefois, aux assourdissantes campagnes promotionnelles destinées à pousser envers et contre tout dans le champ médiatique son « champion » du moment se substitue une approche plus sensible, discrète : l’organisation d’événements (concerts, festivals) dédiés aux autres musiques, un travail de complicité entre les musiciens, les graphistes, les VJ, tous placés au même niveau hiérarchique. Pas de place pour de rapaces plans ‘Géoroute’ artistiques ici.
Petit à petit, cette politique misant sur les affinités et l’écoute patiente a contribué à l’émergence d’une jolie famille musicale, louvoyant entre post-rock instrumental et divers modes d’expressions électroniques. Le nuancier musical du label lui permet de lorgner autant du côté du amples instrumentaux de Sweek que des précaires trouvailles pop de The Oslo Deathtrash Project.
La numérotation du catalogue de Carte Postale augmente à un rythme régulier et, rapidement, aux créations wallonnes sont venues désormais s’adjoindre quelques interventions étrangères (Silencio, Won, Arturo En El Barco). Aux dernières nouvelles, Carte Postale vient de donner vie à un nouvel enfant : Tri Postal (www.tripostal.be), un netlabel aux intentions généreuses: le téléchargement de la musique et des pochettes y sont gratuites.
www.cartepostalerecords.be
[retour]
CHRONIQUES
Pierre Lejeune (Huy) pratique l’exercice de la complainte electropop en chambre. Les ruminations, les pensées intempestives, le flop sentimental et autres sentiments de déréliction constituent la matière première de son répertoire, à l’instar d’un Casiotone For The Painfully Alone, autre grand éploré claustrophobe. Un synthé rauque, une voix maladroitement placée, quelques sommaires patterns rythmiques lui suffisent pour mettre en forme et en son une vision du monde mélancolique, épisodiquement régressive, un « Electronik Pop Koncept Melancholy Disk », écrit-il sur la face avant de son disque. Mais, en déléguant une partie de la réalisation de son Headpixel Data à quelques amis, il élève son propos et dépasse les appels aux larmes adolescents qui guettent ce genre d’exercice et conduisent The Oslo Deathtrash Project à lorgner sans honte ni jalousie du côté de la pop à la dynamique placide en vogue sur le label berlinois Morr (The Go Find, Lali Puna, Guther). Une réussite en matière de pop résiliente !
Jacques de Neuville
[retour]
CARTE POSTALE RECORDS, 2005.
Il n’y a pas que du silence sur Grünezeit, mais aussi tout ce qui habite une musique propice au repos et à la contemplation, voire à toute thérapie auditive : flux et reflux, respirations, chaleur et dépouillement.
En somme, on y retrouve ce qui constitue les racines de la musique ambient dont les canons furent développés il y a près de trente ans par les pionniers Brian Eno et Harold Budd. Composé de la paire Julien Dumoulin (initiateur du projet et patron du micro-label parisien Églantine) et Nicolas Lecocq, Silencio s’articule essentiellement autour de très séduisants fragments mélodiques caressés au piano et enveloppés dans un chaleureux écrin sonore électroacoustique, un liquide amniotique oserait-on avancer. On ne peut évidemment pas s’empêcher d’y entendre des échos de Satie, prolongés par ceux de la fratrie Eno (Brian et Roger, pianiste ambient méconnu) ou, plus proches de nous, Sylvain Chauveau et Múm dans les épisodes les plus épiques. Un disque dont les neuf ravissantes frises manifestent un touchant souci de l’auditeur, métamorphosé pour l’occasion en belle endormie...
Jacques de Neuville
[retour]
CARTE POSTALE RECORDS, 2005.
Tout est dans le titre, serait-on tenté de dire. Car Sweek, formation d’Andenne, affectionne un post-rock instrumental, genre dont l’excessive dramaturgie et le sens du tragique trouve de plus en plus
d’échos dans le monde du cinéma (Mogwai pour Miami Vice, Explosions In The Sky pour Friday Night Lights). The Unbelievable Cinematic Crash est leur second album. Le disque débute avec Thanx For Sunday (Nothing To Do Without Any God!), un titre qui, en quinze minutes, concentre à lui seul le canevas adopté par Sweek: une introduction étirée, une élégie au violon, un jeu de tension interne entre les instruments qui se résout, après une longue progression, en une furie sonore, toutes guitares dehors, l’orage faisant ensuite place à l’accalmie, etc. Un jeu d’alternance d’atmosphères que le quintet fait sien tout au long du disque, une fascination, en cela très romantique, pour la tristesse et les ruines. Pourtant, il évite heureusement la stricte application du cahier de charges post-rock. À la façon dont se succèdent les saisons régies par le réchauffement global contemporain, leur musique ne se met jamais à l’abri d’une surprise, d’un brutal renversement climatique. Ainsi, Tequila Fitness Club s’enivre de trompettes espagnoles, Iki flirte avec Louise Attaque et la musique klezmer (avec l’aide d’Han Stubbe, clarinettiste de l’ensemble post-klezmer-rock-reggae-disco DAAU). En six titres, Sweek nous séduit à travers ses déchirantes et intenses mises en scène sonores.
Jacques de Neuville
[retour]
En se réclamant de la filiation de Funkstörung, Gescom et Autechre, A.N.A.L.E.P.T. souffle le froid et le chaud sur les datas de son laptop. De ses bidouillages résulte un premier album qui fait affleurer sur sa surface digitale une large palette de styles : classicisme IDM (So Frightened) dont on retrouve avec un plaisir non feint les cliquetis rythmiques et les nappes sonores détachées qui firent les beaux jours des productions du label Warp à la fin des années 90, détours vers le downtempo (Dursel) ou même une pause post-rock à travers le chant haché d’un piano fruste (Mope, qui évoque furieusement - proximité médicale entre les deux noms oblige ? - le groupe Codeine). Un album conçu comme une flânerie électronique aux charmes discrets.
Jacques de Neuville
[retour]