10 JAAR (K-RAA-K)³ : Tien jaar muziek die ons (r-aak-t)³…
Dix ans du label (k-raa-k)³ dix ans de musiques qui nous touchent…
En 1997, période bénie pour la démocratisation des créations musicales par l'enregistrement en chambre et l'éclosion de petits labels singuliers, passionnés et aventureux, quelque part entre Gand et Bruges (voire, même Ostende et Bruxelles), deux amis créaient (k-raa-k)³. Quelques singles vinyle, encore quelques cassettes, un livre, les premiers LP, puis les premiers CD… En parallèle, pendant quelques années, la distribution artisanale des sorties de quelques labels frères et l'organisation des premiers concerts… Aujourd'hui, dix ans plus tard, il est temps de souligner la magie de l'équation (k-raa-k)³. On a du mal à imaginer ce qu'aurait été le paysage des musiques dites "expérimentales" ["quality leftfield music" peut-on lire en bas des pages de leur site] en Belgique - ou ce qu'aurait été notre propre horizon intime de ces mêmes musiques – si ce petit quarteron de jeunes défricheurs passionnés n'avait pas été actif tout près de nous… Ouverts, curieux, pas sourds, déconcertants, intransigeants, exigeants, culottés, cultivés : issus de l'underground et du Do-It-Yourself, même si désormais subsidiés, les quelques chevilles ouvrières de cette mini-structure animent un véritable trésor culturel de la Flandre. De la Flandre qu'on aime, ouverte et décrispée. Avec un cœur gros comme ça et une sacrée sensibilité, mal cachés par une certaine rigueur et retenue de façade. En guise d'hommage à ces innombrables émotions musicales – sur disques, en concerts – vécues grâce à lui et à ses camarades, une interview d'un des deux pères fondateurs du label : Dave Driesmans.
1997 – préhistoire et histoire reculée
- Pour aborder les choses dans un ordre chronologique, pourrais-tu d'abord commencer par la "préhistoire" de (k-raa-k)³ : un petit label de cassettes qui se nommait Toothpick…
Dave Driesmans : "Je connaissais Laurent Cartuyvels [NDLR : du micro-label Veglia et des groupes Toss et R.O.T.]. On avait été ensemble au R.I.T.S., l'école néérlandophone de cinéma à Bruxelles. A deux, on partageait l'envie de créer un petit label, jusqu'à ce que des amis nous disent qu'à Bruges des gens s'occupaient déjà d'un petit label qui ressemblait à ce qu'on voulait faire. Il nous ont conseillé de les contacter… Ce petit label était Toothpick qui existait déjà et devait, à cette époque, avoir sorti une ou deux cassettes. J'ai alors écrit à Hendrik Dacquin de Toothpick la lettre qui se retrouve reproduite ce mois-ci en couverture du numéro anniversaire de notre magazine "Ruis". C'est comme ça que j'ai commencé chez Toothpick le sous-label Toothache qui était consacré à des musiques un rien moins pop, un peu plus "expérimentales", un peu plus électroniques… Avec un ami, on tenait aussi un café à Ostende [Cabaret Revoltaire] où on avait organisé des soirées de concerts Toothpick et ce genre de choses. Mais finalement, Johan Loones et moi on a voulu faire les choses un peu mieux, un peu plus sérieusement. On n'était pas toujours 100% d'accord au niveau de nos goûts et choix musicaux avec Hendrik et Ben Depoorter de Toothpick. Et donc, Johan et moi avons décidé de fonder (k-raa-k)³. Au début on était assez influencés par ce que faisait le label allemand Hausmusik. Ils organisaient e.a. un festival de quelques jours dans une ancienne caserne, quelque part dans la morne campagne allemande, où nous nous sommes rendus. De là est né un de nos premiers singles vinyle avec le groupe allemand Alles Wie Gross, une sorte d'ensemble presque classique jouant une musique à la Shellac. Tout s'est développé à partir de ces premiers pas: on s'est mis à distribuer les disques de Hausmusik, Raster-Noton… et d'autres petits labels du genre de ceux que le mailorder britannique Fisheye distribuait alors…A l'époque, rien de ce genre n'existait ici. Il faut se rappeler aussi qu'Internet n'existait pas à l'époque. La distribution était très primitive : les gens nous téléphonaient, nous écrivaient ou nous envoyaient un fax pour dire ce qu'ils voulaient, on le leur envoyait par la poste ou on le leur vendait à un concert…"
- Dans ta réponse sur l'articulation entre la préhistoire et le tout début de l'histoire de (k-raa-k)³ , tu as cité à la fois des musiques plus pop, lo-fi [low-fidelity = basse-fidélité, musique privilégiant la spontanéité et l'émotion à la qualité technique de l'enregistrement] ou rock… et des musiques plus expérimentales et électroniques. J'ai comme l'impression que la naissance de (k-raa-k)³ en 1997, intervenait à un moment où les musiciens prouvaient qu'ils pouvaient facilement sortir des musiques enregistrées à la maison: sur enregistreur 4 pistes pour les singers-songwriters lo-fi à partir de 1992-94 et sur leur ordinateur personnel pour les musiciens électroniques un peu plus tard…
"Sur Toothpick, on ne retrouvait à peu près que de petites chansons pop lo-fi enregistrées en quatre pistes même si à la même époque il y avait déjà pas mal de musiciens en train de créer chez eux, à la maison, de la musique au moyen de leur ordinateur. Ce sont eux ou certains d'entre eux qui se sont retrouvés sur la sous-division Toothache".
- Mais, je veux pas juste parler de styles musicaux, mais aussi des méthodes. Pour un petit label comme vous à l'époque, il était sans doute impossible de payer des frais de studio à un groupe dont la musique vous intéressait. Donc, la possibilité d'enregistrer chez soi était fondamentale, non ?
"Oui. Mais tu sais, dix ans plus tard, nous ne payons toujours pas de frais de studio aux musiciens. Cependant, au cours de ces dix ans, les possibilités techniques d'enregistrer à la maison se sont fort améliorées. Le deuxième album de Kiss the Anus Of A Black Cat que nous avons sorti il y a peu est enregistré à la maison, même si cela ne s'entend plus. La lo-fi existe encore dans la méthode, mais ne sonne plus lo-fi dans le son"
- C'est sans doute un peu anecdotique, mais pas mal de gens se posent la question: d'où vient le nom (k-raa-k)³ ?
"kraak, c'est juste le craquement du disque vinyle. Puis, on trouvait ça un peu fâde, alors on a rajouté les parenthèses: (k-raa-k)³ [rires] Cela n'a pas une signification très très profonde… "
1997-2007 – dix ans de disques (k-raa-k)³
- De manière générale, en ce moment anniversaire, comment vois-tu les dix années qui viennent de s'écouler, l'évolution de (k-raa-k)³…??? Par exemple, en 1997, vous imaginiez commencer quelque chose qui pourrait durer dix ans ou…
"L'envie profonde de Johan comme de moi-même était de pouvoir en vivre, de nous consacrer plein temps, jour après jour, à notre passion pour la musique. C'est aussi avec cette idée-là derrière la tête qu'on a commencé la distribution des disques des autres. Même s'il s'est assez vite avéré que vivre de la distribution du type de musiques que nous proposions n'était pas viable. Dans l'édito que je viens d'écrire pour le numéro-anniversaire de Ruis, j'avoue que (k-raa-k)³ aurait tout aussi bien pu être un magasin de disques à ce moment-là. Même si nous n'étions vraiment pas très professionnels – on ne savait pas trop ce que l'on faisait -, on voulait quand même être moins amateurs et essayer que notre projet dure dans le temps"
- Mais, ces jours-ci quand De Morgen ou nous te demandons de faire un petit bilan de cette période 1997-2007, quels sont les éléments les plus marquants ?
"Ces dix années sont passées très vite, surtout les quatre dernières années. Johan avait quitté (k-raa-k)³ et je me suis un peu retrouvé seul aux commandes. Ce moment anniversaire fait qu'on s'arrête brièvement pour réfléchir et qu'on se dit p.ex. "On a l'air d'avoir réussi"…"
- Il me semble qu'en termes de géographie et de styles musicaux, (k-raa-k)³ a pas mal évolué. De l'Allemagne à la Finlande et aux Etats-Unis, pour les origines géographiques des musiciens avec lesquels vous travaillez le plus, que ce soit pour le label ou les concerts… De la pop, du post-rock et de l'electronica, au néo-folk et des guitares à nouveau plus bruyantes, pour les styles…Comment évoluez-vous, par pures passion et curiosité ou...
"[moment de réflexion] On peut dire qu'on suit plutôt notre instinct. On n'est pas spécialement activement "à la recherche de…". Les choses se passent, tout simplement. Il est parfois bizarre de voir a posteriori les évolutions que cela a produit. Sur le label (k-raa-k)³, avec Ignatz et Kiss The Anus Of A Black Cat et Silvester Anfang, on est clairement en présence d'une deuxième ou troisième génération; alors que les musiciens belges de notre première vague – De.Portables, Wio ou Köhn – font moins de musique ou de la musique qui nous touche moins… Personnellement, dans mon élan à pour découvrir de nouvelles musiques, je commence à un peu me fatiguer du mouvement weird folk. Du coup, je vais vers d'autres expressions musicales. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard ce mouvement folk avait succédé à ce mouvement electronica. C'était une réaction logique. Et quant à savoir comment nous procédons, heureusement pour moi, il y a pas mal de personnes sur terre avec le même appétit de musiques – et des approches et des ressentis proches des miens… Toute une série de musiciens qui évoluent en parallèle sont découverts plus ou moins en même temps, mais indépendamment, par différentes personnes. C'est souvent assez cocasse de voir un groupe que nous découvrons et que nous faisons jouer en concert se retrouver dans le Wire ["bible" anglaise des musiques dites aventureuses et contemporaines: "Adventures in modern music"] deux ou trois mois plus tard. (k-raa-k)³ aurait plus pu suivre ces mouvements – electronica ou la scène finlandaise - au moment où beaucoup de gens en parlaient, mais nous n'avons pas les sous pour sortir plus de disques et mieux suivre ces artistes. Parfois, ça a été un peu dommage de ne pouvoir suivre ces musiciens que de manière fragmentaire. On a sorti les premiers CD de Pimmon ou de Janek Schaefer, puis plus rien chez nous. On aurait pu aller plus en profondeur, en sortir plus de disques. Quand je regarde le catalogue de (k-raa-k)³, cela me frappe, je me demande s'il n'est pas trop pauvre ou… "
- Ce que tu dis est peut-être vrai pour les artistes étrangers sur votre label mais pour les Belges, vous les suivez quand même bien: deux albums d'Ovil Bianca, trois Köhn, deux Toss, deux Ignatz…
"Oui, c'est vrai. Il y a d'ailleurs un nouvel album d'Ovil Bianca qui va sortir cet automne"
- Comment choisissez-vous pour chacun des disques que vous projetez d'éditer s'il sortira sous format CD ou LP, voire comme pour le deuxième album d'Ignatz en CD et en vinyle?
"Au niveau de la promotion, le CD est plus pratique parce qu'on peut plus facilement en envoyer des exemplaires promotionnels. Si, par contre, pour certains disques on sait que la promo n'a pas beaucoup de sens, alors on va plutôt faire le choix du vinyle. Il y a aussi la sous-division (k-raa-k)³- Edition qui est une sous-division "vinyl only" pour des musiciens internationaux (à ce jour, Greg Malcolm et Es)"
- Au début de l'entretien, tu as parlé du petit label allemand Hausmusik qui vous avait en partie servi d'exemple pour créer (k-raa-k)³ en 1997. Dix ans plus tard, crois-tu que vous soyez devenus un exemple pour d'autres – en Belgique ou ailleurs – et leur donner envie de créer leur petit label?
"A Gand, il y a le label Gipsy Sphinx qui a sorti quatre LP à ce jour : The Vanishing Voice, Bear Bones, Lay Low, Axolotl et Zaïmph et dont nous connaissons les gens. Toujours à Gand, il y a deux autres personnes qui vont commencer un nouveau label. Il y a peut-être une descendance gantoise de (k-raa-k)³ mais ce n'est pas vraiment à moi de le dire… Ca serait vraiment arrogant de soutenir que ces gens n'auraient pas créé leur label sans l'existence de (k-raa-k)³ ! ! Même si on ne peut pas nier que quelque chose vit à Gand au niveau de la musique e.a. grâce à nous"
- Beaucoup de labels sortent énormément de disques. Crois-tu qu'il y a éventuellement trop de disques qui sortent aujourd'hui ? Si on épluche un exemplaire du Wire – les articles, les publicités, les playlists, etc… - on doit bien y trouver trace de 200 à 400 disques. Si on répète l'exercice le mois suivant, il y aura peut-être la moitié des titres qui auront déjà été remarqués le mois précédent, mais cela fait quand même des centaines de disques à priori pas inintéressants qui sortent chaque mois… Qui peut suivre? Qui peut les écouter ?
"Oui, je sais. [pensif] En même temps, c'est ce qui rend cet univers de la musique intéressant parce que chaque fois que tu ouvres le Wire, tu es tout excité : "Waow! Waow! Ca a l'air chouette! Et ça aussi… ". Il y a une excitation et une motivation à chercher des choses nouvelles. Il reste un nombre incalculable de musiques à découvrir. L'avantage de la musique c'est qu'en une journée on peut écouter cinq disques alors qu'il est nettement plus difficile de lire cinq livres ou de regarder cinq films. C'est surtout au niveau de ces labels de CD-R que l'offre a littéralement explosé quantitativement. Et ceux-là, le Wire n'en parle même presque pas! Puis, les gens – nous aussi, dans les bureaux de (k-raa-k)³ - se tournent encore beaucoup vers le passé. Il y a tellement de musiques du passé encore à découvrir qu'on ne passe pas tout son temps à essayer de trouver son chemin au milieu des sorties discographiques de 2007"
- As-tu peur qu'un jour, à cause la "dématérialisation" de la musique, du fait que de plus en plus de gens téléchargent la musique sous forme de fichiers .mp3, le nombre de personnes qui ont envie de découvrir la musique par vos disques se réduise de plus en plus ?
"Je n'ai pas vraiment de problèmes avec les gens qui téléchargent un disque (k-raa-k)³ sur Soulseek. Mais, en même temps, cela propage l'idée qu'un CD n'a plus trop de valeur et les gens sont de moins en moins disposés à payer pour cela. Du coup, un petit disquaire spécialisé comme par ex. Le Bonheur [petit disquaire "branché" bruxellois] vend de moins en moins. Pour moi, en termes de "culture", un bon disquaire et un organisateur de concerts ont la même valeur. Mais, l'organisateur de concerts a beaucoup de chances d'être subsidié et le disquaire pas – parce qu'il est considéré comme un magasin. Pour moi, il y a quelque chose qui cloche. Lors de concerts, il y a aussi des gens qui boivent un verre en discutant avec leurs amis et la culture y est à chercher aussi loin, ou plus loin, que chez un disquaire. Si des disquaires comme Le Bonheur (à Bruxelles) ou Music Mania (à Bruxelles, Gand et Courtrai) font faillite, je trouve ça très grave"
- Dans ce contexte de téléchargement, est-il plus facile de sortir des LP que des CD? Les LP continuent-ils, toutes proportions gardées, à mieux se vendre que les CD ?
"Oui, bien sûr. Personnellement, cela fait des années que je n'achète plus de CD alors que je continue à acheter du vinyle"
Eclectisme : ouverture / fermeture de l'auditeur de musiques "expérimentales"
- Pour revenir à tes méthodes, je me doutais bien qu'il s'agissait avant tout de passion et d'instinct, mais j'imagine que tes sources d'information pour nourrir ta curiosité ont changé en dix ans, non ? Tu l'as dit toute à l'heure: Internet n'était pas accessible au plus grand nombre il y a dix ans, p.ex.
"Les forums et sites Internet d'aujourd'hui ne sont jamais qu'une autre forme des magazines et, surtout, des fanzines qui existaient déjà sous forme papier quand nous avons commencé. Néanmoins, j'ai l'impression, que comme tout va plus vite et est plus facile, les gens croient plus vite qu'ils connaissent quelque chose à la musique. Ils se spécialisent dans un genre ou une scène: à la fois, ils y plongent plus profondément, mais tout en restant en même temps assez à la surface des choses. C'est aussi lié au fait qu'il a plus d'intérêt qu'auparavant pour ces musiques et, du coup, les gens se sont mis à chercher leur place au sein de cet ensemble des musiques "expérimentales". Mais, le plus souvent, je trouve que le regard est un peu étroit alors que j'avais l'impression que l'approche était un peu plus ouverte auparavant"
- Cela me fait penser à une question qu’on aurait pu te poser plus tôt dans l’interview: comment définis-tu toi-même les musiques qui vous occupent? En termes de styles, on l’a déjà évoqué à plusieurs reprises, c’est très varié – de la pop, du folk bizarre, des drones [bourdons], des musiques improvisées… - mais il me paraît quand même y avoir quelque chose qui relie entre elles ces musiques à priori dissemblables…
"Je crois que toi et moi voyons ça comme ça mais que beaucoup de gens ne sont pas de cet avis. Un CD de Tuk et un CD de Kiss The Anus Of A Black Cat, que nous avons sortis peu de temps l’un après l’autre, sont quand même aussi éloignés que deux disques peuvent l’être. Cela fait dix ans que cela pose des problèmes au niveau de nos distributeurs qui sont prêts à vendre tels disques mais rechignent à s’occuper de tel autre…"
- Ici, je pensais peut-être plus à (k-raa-k)³ dans l’ensemble de ses activités, c’est-à-dire le label mais aussi les concerts. Cette année au festival à Hasselt, j’avais vraiment l’impression d’un public de gens curieux, quand même assez ouverts à l’écoute de musiques qu’ils ne connaissent pas ou qu’ils n’écoutent pas à la maison… Pendant le concert de Phil Minton, il était quasi-évident pour moi qu’il y avait des gens bouche bée qui découvraient sa musique…
"[un peu sceptique] Mouais… [silence] Je ne connais pas d’autre festival, même à l’étranger, qui programme à la même affiche Espers et Boris p.ex. Dans une certaine mesure, je crois que le public le saisit, qu’il n’y a pas vraiment un malaise. Mais, de temps en temps, on entend quand même des réactions du type"les deux groupes que je voulais voir étaient bien; le reste pas" Il y a de petites cliques de soi-disants spécialistes de musique qui viennent au festival et ne voient pratiquement aucun concert parce qu’ils croient tout savoir et ne sont pas curieux de ce qu’ils ne connaissent pas déjà. C’est une mentalité tout à fait différente de la notre."
Le festival (k-raa-k)³, les autres festivals et les concerts d'un soir
- A propos de festivals, quand on parle de "festival" et de (k-raa-k)³, on pense tout de suite au festival du premier samedi de mars à la Zaal België mais, depuis quelques années, il y a désormais aussi votre festival [Pauze] ou votre participation au festival Courtisane, tous les deux au Vooruit à Gand. Comment faites-vous la différence entre ce que vous programmez dans les différents contextes ?
"Il y a une différence très claire entre les festivals. Pour [Pauze] on essaye de programmer des soirées plutôt cohérentes autour d’un angle d’approche bien précis, en l’accompagnant e.a. par des explications écrites, des articles qui documentent la programmation. Pour le festival (k-raa-k)³, c’est une grosse purée de tous les styles, aussi différents soient-ils, mélangés les uns aux autres. [rires] Le festival [Pauze] est peut-être un rien plus exigent, un peu moins"rock’n roll"…
- Les dernières années au festival (k-raa-k)³ - et cette fois-ci pour votre dixième anniversaire - vous avez réussi à proposer une brochette impressionante de "légendes vivantes" et de "musiciens-cultes": Caroliner, Patty Waters, Henry Grimes, Borbetomagus, Smegma, Maher Shalal Hash Baz, Nurse With Wound, presque Sun City Girls… Comment vous y prenez-vous ? Et si ne vous en occupiez pas, y aurait-il la moindre chance que nous voyions ces musiciens en Belgique ?
"Pour le festival (k-raa-k)³ - et même les autres festivals que nous organisons, on part d’une longue liste de groupes. Puis dans cette liste, au fur et à mesure que nous recevons des réponses négatives, de plus en plus de noms sont barrés. Il y a des gens dont il s’avère que nous n’avons pas les moyens financiers de les faire venir ici. Puis, parfois pour les musiciens que nous n’avons pas eu l’occasion de voir "live", on hésite parce qu’on ne sait pas ce que ça peut donner en concert. Il y a un côté pile ou face: certains groupes sont parfois meilleurs que prévus sur scène, tandis que d’autres sont un peu décevants. Cela dépend aussi de l’ambiance, de l’atmosphère au moment où les musiciens jouent. Par exemple, je trouvais le concert de Smegma très bien mais en tant que dernier groupe du festival, en toute fin de soirée, ça aurait tout aussi bien pu être un fiasco complet. Ou Patty Waters… Qui pouvait prévoir qu’elle resterait une demi-heure sans ouvrir la bouche à écouter Henry Grimes, avant de ne chanter que les dix dernières minutes ? C’est le genre de choses qu’on ne maîtrise pas. Parfois cela suscite un malaise dans le public parce que les gens découvrent les musiciens lors de ce concert, sans savoir d'où ils viennent, quel est leur parcours, tout ce qu’il y a derrière. Un concert comme celui de Racoooo-ooo-ooon par ex. n’était que "comme-çi-comme-ça", je trouve, mais il aurait tout aussi bien pu être très bien… Il y a une question de chance: ça marche ou pas… Sun City Girls étaient déjà prévus trois années de suite, puis chaque fois, au moment d’aller chez l’imprimeur avec l’affiche, ils annulaient à cause des problèmes de santé du batteur… Les refus qu’on reçoit ont moins à voir avec des problèmes de calendrier (des musiciens qui ne seraient pas libres à cette date) qu’avec de vieux musiciens comme Bobb Trimble ou Henry Flynt qui n’ont plus vraiment envie de donner des concerts. On n’a pas l’argent non plus pour prendre un avion pour les Etats-Unis uniquement pour essayer sur place de les convaincre de venir ! Derek Bailey aussi est mort juste avant de jouer au festival."
- A côté de vos différents festivals, il y a aussi pas mal de soirées de deux ou trois concerts dans un certain nombre de villes et de salles de Flandre et de Bruxelles… Ce fait de ne pas être liés à un lieu, cette itinérance est-elle un choix de votre part ou…
"Déjà, la première année, en 1999, le festival avait lieu dans trois villes: Bruges, Gand et Hasselt. Peut-être que si on avait eu à notre disposition une autre chouette salle à Gand, en dehors du Vooruit, on n’aurait jamais parlé de faire des concerts à Bruxelles ou Anvers mais, bon… Ca s’est développé comme ça. Mais aujourd’hui je trouve ça plus intéressant de ne pas se cantonner à organiser des concerts dans sa propre petite ville mais, au contraire, de rencontrer d’autres gens avec qui les mettre sur pieds dans d’autres villes. On peut tenir compte de la taille et de l’ambiance des différentes salles pour choisir celle qui conviendra le mieux à la musique du groupe puis on n’a pas toute la lourdeur de la gestion quotidienne d’une salle à nous à assumer"
Le magazine "Ruis" et l'organisation du travail
- Un des derniers pans de vos activités que nous n'avons pas encore évoqué, c'est votre magazine mensuel gratuit "Ruis" [bruit de fond]. Vous n'aviez pas déjà assez de travail ? Pourquoi avez-vous lancé cette publication? Quel vide est-elle censée combler ?
"On trouvait qu'il y avait trop peu de choses qui étaient écrites dans la presse sur les musiques dont on s'occupait. Dès lors, il y avait deux possibilités. Soit, tourner en rond, jour après jour, rongés par la frustration. Soit, lancer un petit journal et nous mettre à écrire nous-mêmes. Au lieu de mobiliser toute notre énergie à essayer de réveiller la presse existante, nous avons décidé de faire quelque chose nous-mêmes"
- Dans "Ruis", il y a beaucoup de liens avec vos propres musiciens ou concerts, mais c'est quand même plus large: vous évoquez aussi des concerts que vous n'organisez pas ou des disques qui ne sont pas sortis chez vous…
"Oui"
- Très concrètement, combien de personnes font partie de (k-raa-k)³ ? Comment organisez-vous le travail, distribuez-vous les tâches? Etes-vous payés ou bénévoles ?
"En 2002, j'ai rentré une demande de subsides pour 2003 auprès de la Communauté flamande. Et, contre toute attente, on a reçu pas mal d'argent: 25.000 euros. C'est cependant trop peu pour payer un salaire avec les charges. Mais l'année suivante, en 2004, on a reçu 50.000 euros. Du coup, j'ai pu quitter mon emploi d'alors et me mettre à travailler pour l'asbl (k-raa-k)³. En janvier 2007, Tommy et Steve m'ont rejoint à temps partiel. Steve s'occupe de Ruis et de la programmation. Tommy de la communication, de la distribution de nos disques et de la logistique. Et moi, la programmation artistique et la coordination du tout. Puis il y a des bénévoles. Pour Ruis, il y en a cinq ou six [pause] Je sais qu'il y a – ou qu'il y a eu – des critiques quant au fait que nous soyons subsidiés. C'est un point sensible. N'empêche que je suis bien content que nous en bénéficions…"
- Tu penses à quoi exactement ? A des gens qui affirment que vous ne pouvez pas rester indépendants tout en étant subsidiés, ou ce genre de choses ?
"Oui. Quelque chose comme ça… Ou bien qui affirment que nous organisons des trucs pour justifier nos subsides! C'est vrai qu'on en fait peut-être plus que si on n'était pas subsidiés. On ne ferait surement pas vingt concerts par an. Mais à l'étranger, il existe peu d'organisations telles que (k-raa-k)³… Je suis bien heureux de pouvoir faire des choses grâce à ces subsides. Ce qui est fou, c'est que nous n'avons rien du faire de neuf pour avoir droit à cet argent, juste raconter ce qu'on faisait déjà de toute façon jusque-là: rappeler qu'on s'occupait de jeunes musiciens / expérimentaux / faisant autorité / avec un rayonnement hors de nos frontières. C'étaient les quatre conditions"
- A propos de rayonnement international, il y a bien sûr le rayonnement de vos disques dans les revues et sur les sites étrangers (ex. quand le Wire ou Thurston Moore citent le LP de R.O.T. dans leurs disques de l'année 2006) mais il me semble que jusqu'ici les musiciens belges de (k-raa-k)³ tournent peu à l'étranger… R.O.T. a terminé il y a quelques semaines une petite tournée franco-suisse, Ignatz vient de rentrer de Grande-Bretagne mais ça m'a l'air de rester assez limité. A ma connaissance, aucun groupe belge de (k-raa-k)³ n'a tourné aux Etats-Unis alors que vous avez plein de liens avec des musiciens américains que vous avez fait jouer ici…
"Pour les Etats-Unis, peut-être qu'Ignatz va jouer là-bas en tournant avec Sunburned Hand Of The man. Mais, c'est un fait que les musiciens américains tournent beaucoup plus facilement que leurs pairs européens. Même en Europe. En Europe, c'est aussi difficile parce que chaque pays a un peu sa propre identité, sa connotation, pour son circuit des concerts. C'est une de mes frustrations: qu'il n'y ait pas plus d'échanges internationaux de musiciens et de connaissances. L'Europe serait plus forte si ce genre d'échanges avaient lieu"
- Et le futur de (k-raa-k)³ ? Qu'est-ce qui excite ta passion pour la musique aujourd'hui et qui te permet d'imaginer le futur de (k-raa-k)3..? ?
"Pour le moment, j'écoute plutôt des musiques du passé: des musiques ethniques ou des disques du psychédéliques japonais. Ca ne va p.ex. pas me donner beaucoup d'idées pour le prochain festival (k-raa-k)³ de mars 2008 !"
- Tu crois qu'il y a des cycles en musique? Par ex. que les musiques électroniques qui étaient à l'avant-plan quand vous avez commencé le label, puis un peu à l'arrière-plan les dernières années, vont p.ex. "reprendre du poil de la bête"..?
"Je crois que oui. Des trucs très intéressants se passent à nouveau de ce côté-là. Thomas Ankersmit et Giuseppe Ielasi font partie des musiciens les plus excitants que j'ai écouté récemment. Matin, aussi. Il est temps d'aller dans cette direction. Mais, il reste des éléments de surprises, d'imprévisibilité… "
- Merci beaucoup.
interview réalisée le 30 mai 2007 à Bruxelles
par Philippe Delvosalle et Benoit Deuxant
traduite et retranscrite par Philippe Delvosalle
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CHRONIQUES D'UNE DOUZAINE DE CD (K-RAA-K)³ DE NOS COLLECTIONS
K007
KÖHN – "Köhn" - XK668A
(K-RAA-K)³ - 1998
[chronique en cours – bientôt en ligne]
K014
KÖHN – "Köhn 2" - XK668B
(K-RAA-K)³ - 2000
(Köhn)², deuxième album de Jürgen de Blonde sous son nom de lapin. Un album débordant d’idées, de styles, d’options. Köhn est quelqu’un qui, heureusement pour nous, ne sait pas choisir, et a décidé il y a longtemps qu’il était souvent plus simple et plus juste de tout faire à la fois. Chaque morceau est pour lui l’occasion de mélanger des choses a priori incompatibles, de tenter de nouvelles combinaisons, de nouvelles permutations. Un peu savant fou, un peu apprenti sorcier, il fouille ses étagères à la recherche d’ingrédients qu’il n’a pas encore utilisé, puis jette le tout dans une marmite bouillonnante, guettant en ricanant l’explosion ou la potion magique qui sortira du potage. Incapable de se fixer sur un genre (ne serait-ce qu’un genre par morceau, éventuellement), cet hyperkinétique tente, et souvent y parvient, de quadraturer le cercle, expérimental ET pop, électronique ET rock, fromage ET dessert, gourmand ! Très disert, dans le livret accompagnant le cd, sur ses méthodes de travail, ses trucs et ses astuces, Jürgen de Blonde est bricoleur et fier de l’être. On ne retiendra de ce livret que quelques mots qui résument assez bien le propos de l’homme, nous simplifiant ainsi la tâche : "hectic sounds collide with very calm sounds", et "poppy electronics with a message of hope". Et en effet, le disque nous promène de distorsion (dont il est grand fan) en jolies pièces pop sautillantes, d’aventures expérimentales ludiques en ballades à la guitare sèche. Ce qui ne rend pas pour autant le disque incohérent, mais le rend au contraire dense et surprenant à chaque écoute. (BD)
K022
WIO – "Wio" - XW747A
(K-RAA-K)³ - 2000
[chronique en cours – bientôt en ligne]
K022
OVIL BIANCA – "Gravity = Love" - XO929H
(K-RAA-K)³ - 2001
Tim Wijnant (Ovil Bianca) ou Jürgen Deblonde (Köhn) se permettent de proposer des musiques à leur image : sentimentales et expérimentales à la fois. En laissant de côté certains travers obscurantistes de la scène électronique contemporaine et en restant au milieu des humains, le regard porté vers la lumière (au risque d’être ébloui et de devoir plisser les paupières comme sur la très belle pochette de ce disque), Ovil Bianca se rapproche de ses auditeurs. En 1947, Gustave Thibon publie sous le titre "La Pesanteur et la grâce" des extraits des derniers cahiers de Simone Weil (singulière, touchante et éclairante philosophe morte en 1943 et ayant glissé au cours des dernières années de sa vie de l’ouvriérisme et de l’extrémisme de gauche vers le mysticisme). Cinquante plus tard, Tim Wijnant décline ce rapprochement sémantique de manière plus abrupte et mathématique en posant l’équation "Gravity = Love" pour étiqueter son premier album. Par rapport à son titre, la tonalité d’ensemble est, certes, romantique mais pas aussi systématiquement grave ou pesante que son appellation le suggère. Le lent vrombissement mystérieux du très long Daylight qui clôt l’album distille une ambiance assez menaçante mais la petite délicatesse pointilliste Papa ne fume pas ou l’agencement apaisé et mélodique des bips aigus de Undergrowth introduisent des trouées de lumière et des appels d’air dans la pénombre d’un environnement qui peut paraître confiné à la première écoute. Le morceau Full Endeavor révèle fort bien cette ambiguïté des ambiances: on commence par appréhender ce morceau qui conjugue pulsations, guitare préparée, toussotements et déclamation d’un texte sur la mort comme un spoken word "noir de noir" qui ne dépareillerait pas sur un disque de Godspeed You Black Emperor. Puis, on tend l’oreille et tente de décrypter des paroles qui s’avèrent parler plutôt de renaissance et de libération que de mortification : "Your time of death is up / Welcome to the living / There is no death / The son of God is free". Au niveau strictement sonore, le grand attrait de ce disque réside dans sa nature organique et dans la chaleur des sons. The Sermont On The Mount qui ouvre le disque par un lent - et long - crescendo / decrescendo se pose comme un véritable biotope sonore: un espace de vie grouillante où les sons semblent trouver leur place mutuelle selon une sorte d’ordre naturel derrière lequel le musicien a presque l’air de s’effacer. Et au cours des 45 minutes suivantes, celui-ci continuera avec un bonheur constant à traiter électroniquement (par le filtrage, la mise en boucle, le feedback…) les sons sensuels et organiques les plus divers, dont ceux de "vrais" instruments (guitare sur Full Endeavor ou Daylight, accordéon et piano sur De branding…). Régulièrement des imperfections et un souffle d’enregistrement assumés ("magnified white and pink noise" comme les nomment les notes de pochette) viennent faire écho au souffle de la respiration humaine. Fragile, mais sans complaisance, "Gravity = Love" effleure avec justesse quelques sentiments fondamentaux de l’homme. (PhD – version relue – et légèrement raccourcie - en 2007 d'une chronique de 2001 pour le webzine www.brdf.net )
K031
MAIN – "Tau" - XM073O
(K-RAA-K)³ - 2002
Fondé en 1991 sur les ruines du groupe Loop, Main, à l’origine un duo avec Scott Dawson, est depuis 1996 le projet solo de Robert Hampson. C’est sous ce nom qu’il explore depuis quinze ans une piste dont il fut le pionnier: l’utilisation de la guitare comme source sonore unique, soumise à tous les traitements que peuvent permettre l’électronique, dans un premier temps, puis l’informatique, détournée de sa fonction mélodique ou rythmique pour ne plus être qu’une source infinie de potentialité. Chaînon manquant entre la guitare couchée de Keith Rowe et le laptop de Christian Fennesz, Main s’est fait le champion d’une forme de nouvelle musique concrète, toute en pointillisme et en raffinement. Ses compositions ont évolués, depuis les débuts de Main, d’une simple tentative de mêler ambient et drones de guitare vers un projet plus ambitieux, plus expérimental, abandonnant progressivement tout lien avec les conventions traditionnelles de la musique pour aboutir à ce qu’Hampson nomme le "drumless space", un espace sonore abstrait, dépourvu de rythme, à la structure floue et flottante. Les sons y sont pourvus d’une vie autonome, et d’une identité sans références matérielles repérable. L’album Tau, sorti chez K-raa-k³ en 2002, élargi encore le spectre sonore de Main, déployant une richesse de détail déroutante, réclamant une écoute attentive au casque. Il est divisé en deux pièces : « Heuristic » et « Mirror », elles-mêmes subdivisées en cinq et trois plages respectivement. La première pièce est une succession de démarrages et d’arrêts brusques, exposant les sons les uns après les autres, avec une dynamique étrange, parfois sur un rythme quasi respiratoire, parfois en un flux immobile. La deuxième ajoute à cette trame quelques irruptions de field-recording, associant le halo intriguant de l’abstraction et de brefs retour au réel. Tau est un disque charnière dans l’évolution d’un musicien qui se renouvelle à chaque parution, et dont toutes les étapes sont essentielles. (BD)
K032
KÖHN – "Koen" - XK668C
(K-RAA-K)³ - 2002
Petit lapin ("köhn" en patois) flandrien, Jurgen De Blonde a déjà donné naissance à une riche progéniture: post-rock avec De Portables, Frambooze, pop oblique et brinquebalante sous son propre nom, sans oublier quelques farceuses incarnations (Joe Coksucker). Son projet Köhn privilégie l’électronique mais en même temps ne soumet pas à la seule loin d’airain des logiciels de traitement du son. Impression confirmée d’emblée par sa couverture: culotte en feutre, de celle qu’auraient pu porter les rustique modèles du peintre Permeke. Car “Koen”, ce sont des microprocesseurs et de la sueur, une électronique prise à bras le corps et façonnée à l’aide d’éléments hétérogènes: guitare, piano, un peu de chant, quelques samples et field-recordings, le tout au service de compositions qui oscillent entre longues plages absorbantes et mélancoliques, drones, petits incidents en tous genres, passages techno et balbutiements presque pop. Mention spéciale pour l’ample Z. Mendelssöhn conférant aux premières mesures répétées de la symphonie “Reformation” de Felix Mendelssohn la force d’un mantra. Cet album pourrait effaroucher l’auditeur autant par sa taille (double : “Commercial Suicide ? You bet !” ajoute-t’il effrontément en note de pochette) que par l’éclectisme affiché doit s’écouter comme l’abécédaire jubilatoire d’un artiste mariant dans un même élan ses multiples identités musicales. Un beau disque bâtard et, avec le temps, toujours aussi culotté. (JDN)
K033
TOSS – "Titles Of The Greatness Of Been" - XT642R
(K-RAA-K)³ - 2002
[chronique en cours – bientôt en ligne]
K038
OVIL BIANCA – "The Wide Album" - XO929I
(K-RAA-K)³ - 2003
Ovil Bianca confirme avec son second album ce qu’on soupçonnait déjà : C’est quelqu’un qui va au bout des choses. Deux ans séparent cet album de son prédécesseur et on sent que cet intervalle, durant lequel on l’a beaucoup vu sur scène, a été bien utilisé. Tim Wijnant livre ici huit nouvelles plages fourmillantes de sons, d’idées, d’émotions. Il parvient ici à mettre en mouvement des masses sonores formées de petits bouts de choses patiemment déchiquetées, puis minutieusement tressées et à transformer ces frankenstein de sons en une broderie auditive. Si ses sons rappellent quelquefois les débuts de Fennesz, avec qui on le compare souvent, Ovil Bianca a cependant développé une palette plus variée, puisant dans les sons de son quotidien, ajoutant de-ci de là des touches d’humour, des clins d’œil, nous laissant quelquefois jeter un regard derrière le décor (le retour en studio d’Interlududu avec Benjamin Franklin, par exemple). Alternant des pièces denses et déconstruites comme Ten Sissy avec des pièces plus épurées comme Forever Be With Me où la guitare de Jurgen De Blonde (Köhn) répond en boucle au chant du coq pour ensuite se déployer vers un final quasiment rock’n’rollesque, l’album se conclut par une montée en puissance, une ligne droite vers la distorsion, avec une dernière longue pièce grognante et menaçante, Thou shalt ROCK !, célébration d’un chaos infernal qui choisit de ne pas se prendre au sérieux et préfère se terminer sur un éclat de rire. (BD)
K041
ES – "Kaikkeunden Kauneus Ja Käsittämättömyys" - XE656K
(K-RAA-K)³ + Fonal - 2004
On doit au futé label gantois (k-raa-k)³ d’être l’un des tout premiers à avoir mis à jour une nouvelle géographie et généalogie musicales: un ensemble de formations finlandaises discrètes et complices, apparemment écartelées et entre une pop précaire et des détour champêtres vers un psychédélisme qui lâche avec douceur la bride. Difficile également de nier l’irrésistible attrait qu’exerçait alors chez nous l’étrangeté patronymique de ces différentes formations aux noms qui invitaient d’emblée à la rêverie et aux songes, pareils à ceux que suscitent l’évocation de villes lointaines ou disparues : Kemiallis et Ystävät, Paavoharju, Kiila, Anaksimandros…
C’est finalement un sens de la sobriété typographique qui anime Es, l’alias musical de Sami Sanpakkila, également fondateur du label Fonal et membre de Kiila. Il développe sur ce second album, qui synthétise plusieurs heures d’enregistrements, des plages atmosphériques, assemblées et montées patiemment à l’aide d’un bric-à-brac de sources sonores : petites boucles, field recordings, clochettes, orgue, drones au melodica, etc. Comme une longue vague traînant dans son sillage divers objets rugueux et parfois urticants, troublant la sérénité générale du disque. Parfois, c’est au tour d'un beau plain-chant de muse ou d’officiant de troubler, en une incompréhensible cérémonie, ce monde presque sans voix. Un intriguant raga du Nord ! (JDN)
K043
KIILA – "Silmat Sulkaset" - XK307B
(K-RAA-K)³ + Fonal - 2004
Kiila fait partie de cette vague d’invasion finlandaise que nous avons subie avec énormément de plaisir ces dernières années. Originaire de Tampere, au sud-ouest de la Finlande, ou de la région, une flopée de musicien(ne)s, constituant entres eux une flopée encore plus grande de groupes et de projets, a lancé sur le monde musical une offensive de charme extrêmement efficace. Parmi les premiers à prendre contact avec cette scène, le label (k-raa-k)³ nous avait déjà présenté ES, le projet de Sami Sänpäkkilä, dont il avait publié trois disques. Sami Sänpäkkilä est le fondateur du label finlandais Fonal, qui servit (et sert toujours) de centre nerveux à cette scène, publiant les premiers disques de Es, Islaja, Kemialliset Ystavat, Paavoharju et bien d’autres. Il est également membre de Kiila, un groupe au personnel changeant qui rassemble quelquefois pas moins de sept personnes. Assez représentatif de cette nouvelle scène folk, ou free folk, finlandaise, Kiila alterne des morceaux quasi post-rock avec des séquences d’improvisation collective. Explorant autant la musique traditionnelle du folklore finlandais que les démarches personnelles de chacun des membres du groupe, Kiila est une somme d’influences allant de la musique de chambre à l’électronique en passant par un goût certain pour la chanson. L’usage de la langue finlandaise, l’affection pour les comptines enfantines, la multiplicité des instruments et leur variété, tout cela concours à faire de Kiila un projet en constante évolution, un petit joyau de pop étrange. (BD)
K052
TUK – " Shallow Water Blackout " - XT885X
(K-RAA-K)³ – 2006
Comment exprimer tout en le dissimulant un amour, souvent inavouable au sein de certains cénacles musicaux, pour le Rock Classic ? En digne héritier de Tim Hecker ou du collectif de Fenn’O’Berg, Guillaume Graux, graphiste et vidéaste de son état, maquille et agrège sa collection de disques en usant avec finesse et intelligence des recettes déjà éprouvées par nombre de laptopers: filtres à effets et granulateurs générés par MAX/MSP, Reaktor et autres Audiomulch. Des bavardages rock, il ne reste rien, ni hymnes pour les multitudes, ni solos. Plus modestement, "Shallow Water Blackout", se compose tout simplement d’un fin mitraillage de microsamples où surnage le son de la guitare. L’ensemble, habilement agencé, répété, click 'n cutté, invite l’auditeur à une déambulation ludique (on y reconnaîtra notamment Chicago ou le célèbre Relax de Frankie Goes To Hollywood) et sentimentale (Fennesz n’est pas loin), un puzzle musical pour oreille fantaisiste. (JDN)
K053
IGNATZ – " II "
(K-RAA-K)³ - 2007
[Chronique en cours – bientôt en ligne]
Voir aussi Playlist de Personnalités "Dave Driesmans"
Jacques de Neuville, Benoit Deuxant, Philippe Delvosalle
mai – juin 2007
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