Un minimum d’histoire s’impose. En 1946, se créent les Éditions du Musée de l’Homme. En 1953, le premier microsillon 33 tours voit le jour chez Boîte à Musique. Il s’agit d’enregistrements de Gilbert Rouget en Afrique Occidentale. En 1967, se crée l’Unité de Recherches du CNRS consacrée à l’ethnomusicologie et dont les activités s’exercent au Musée de l’Homme. Fin des années 60, Vogue publie les enregistrements de la collection du Musée de l’Homme. Dans les années 70, cette collaboration s’étant arrêtée, un nouveau partenariat est décidé entre Le Chant du Monde, le CNRS et le Musée de l’Homme. Ce travail en commun a duré des années et ne semble être en veilleuse que depuis peu. La série produite ensemble est riche de plus de trente CD ou coffrets abondamment documentés.
L'argument majeur de cette collection réside dans le fait que tous les enregistrements sont effectués sur le terrain, lors des missions des chercheurs impliqués. Contrairement à de nombreux autres labels, aucun disque ne présente de musiques enregistrées sur scène ou en studio. On est dès lors face à un ensemble de disques de musiques de tradition orale résolument populaires et non des musiques d'art ou musiques dites « classiques ». Ce sont autant de fenêtres ouvertes sur la vie quotidienne des peuples abordés et sur les multiples expressions liées aux rites et cérémonies, aux travaux, aux fêtes calendaires, au cycle de la vie…
La politique développée par la collection pour la présentation des notices est à souligner également. Pouvant aller d'une vingtaine à une centaine de pages, ces livrets bilingues (français-anglais) livrent une foule de commentaires sur les enregistrements. Situation géographique, historique, démographique des peuples présentés, l'évolution de leurs sociétés, les contacts avec l'extérieur, les influences, les problèmes de changement de vie…; photos, cartes, graphiques, bibliographies, discographies et filmographies viennent compléter cet ensemble qui fait de cette collection une des meilleures documentations existant sur les peuples du monde et leurs musiques. On y trouve les résultats des recherches d’Hugo Zemp, par ailleurs longtemps directeur de la collection, Bernard Lortat-Jacob, Miriam Olsen, Jean-Michel Beaudet, Mireille Helffer, Monique Brandily, Jean During, etc.
Aucun disque n’est à rejeter, mais j’attire votre attention sur le coffret de trois CD consacrés aux Voix du Monde, sur son compère qui en un CD vous invite à en découvrir les instruments ainsi que sur le double consacré aux danses du monde. Le reste vous emmène de surprise en surprise entre Roumanie, Sardaigne, Suisse, Albanie, Géorgie (un des meilleurs enregistrements existants), les Îles Salomon, la Nouvelle-Calédonie, l’Indonésie, les Philippines, le Ladakh, le Népal, le Tchad, la République centrafricaine, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, le Rajasthan et ses célèbres flûtes, Azerbaïdjan, l’Afghanistan, etc. Cette collection respire l’urgence de garder une trace des cultures traditionnelles et ce faisant, de leur venir en aide, « être solidaire avec les musiciens traditionnels » comme le dit Hugo Zemp lui-même. Un must absolu.
Étienne Bours
DISCOGRAPHIE SÉLECTIVE
- « Jüüzli » jodel du Muotatal - MU8062
- Les danses du monde - MA0630
- Les voix du monde - MA0058
- Instruments de musique du monde - MA0263
- Albanie. Polyphonies vocales et instrumentales - MN0831
- Géorgie. Polyphonies de Svanétie - MV9090
- Les Îles Salomon. Ensembles de flûtes de Pan ‘Are’Are - MZ8194
- Tchad. Musique du Tibesti - MM4570
- Éthiopie. Polyphonies des Dorzé - MK9643
- Flûtes du Rajasthan - MW0662
" Le Discobus 3 n'a pu circuler ce dimanche 12/2 et est en réparation ce lundi 13/2 : pas de stationnement à Ath, Antoing, Leuze et probablement Mouscron . .