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Les oiseaux du monde à travers les musiques du monde

Conclusion

 

Avant de donner une discographie très succincte, exemplative et certainement non exhaustive, il est bon de rappeler qu'aujourd'hui coexistent encore les musiques dites ethniques (abordées en première partie), les musiques populaires rurales (vues ensuite) et les musiques actuelles de toutes sortes parmi lesquelles figurent des expériences récentes sur base des traditions régionales mais aussi des expériences de compositions et de jeux en musiques classique, contemporaine, jazz, rock, etc. Quelques exemples s'imposent pour comprendre qu'il est, et qu'il a sans doute toujours été, de multiples façons de s'exprimer musicalement sous l'influence des oiseaux. Messiaen disait à propos de son « Catalogue d'oiseaux » et autres travaux du même type : « Dans des moments tristes, quand mon insignifiance m'avait été brutalement révélée et que tous les langages musicaux semblaient réduits au résultat d'expériences patientes sans que quoi que ce soit derrière les notes ne justifie tout le travail – que peut-on alors faire d'autre que de retrouver son vrai visage oublié dans la forêt, dans la prairie, à la montagne, à la plage – au milieu des oiseaux. » et d'ajouter : « on trouve chez les oiseaux la musique libre, anonyme » (livret du disque « Complete bird music for piano solo » BIS CD 594/596). Ténarèze, groupe de musiciens du sud-ouest de la France, a réalisé un disque de musiques et chants d'essence traditionnelle entièrement inspiré par les oiseaux migrateurs. Ils écrivent, dans le livret : « Notre musique s'est nourrie d'une fascination hypnotique pour ces migrateurs, aventuriers instinctifs, qui, s'ils restent fidèles aux mêmes nids, ne remplissent pas une vie à tourner en rond autour des mêmes clochers ». Nils-Aslak Valkeappää et Luzmila Carpio, déjà cités, ont également exprimé, à leur manière, dans leurs œuvres respectives, une admiration profonde, un respect, une compréhension de langage et une humilité sans doute semblables. Les musiques n'ont pas fini de nous surprendre à condition que nous les écoutions pour ce qu'elles ont à dire !

Mais est-ce de la musique, diront certains ? Le fait d'imiter, de chanter des mimologismes ou de composer une symphonie de cris d'oiseaux est pour beaucoup quelque chose de sympathiquement anecdotique qui n'a rien de profondément, authentiquement, musical. Pour eux, comme le faisait déjà remarquer François-Bernard Mâche dans un article paru durant les années 70 dans le Monde de la Musique, l'imitation est quelque chose de futile, comme si c'était toujours gratuit, un peu exotique, un jeu sans référent, sans signifié. Et je ne résiste pas à l'envie de donner à François-Bernard Mâche le mot de la fin, tel qu'il le prononçait déjà à l'époque : « De la magie imitative à la musique pure ou non, tous les degrés d'abstraction sont représentés. Une valorisation excessive du culturel aboutit à ne s'intéresser qu'au degré ultime, qui semble conférer à la composition musicale une autonomie sans égale parmi les autres systèmes de signes ; mais cette réduction sémiotique est acquise au prix d'une occultation de cette sorte de « primal scream » qui demeure actif et sensible jusque dans les œuvres les plus élaborées, comme la phrase monteverdienne, si souvent modelée sur un schéma exclamatif. On condamne comme futile ou bassement burlesque l'imitation de modèles sonores parce qu'on s'imagine qu'il s'agit d'une excursion hors du champ proprement musical, déviation fatalement vouée à la superficialité».

 

A méditer. En écoutant les oiseaux, peut-être ! ! !

Mais sans oublier que, quelles que soient les apparences, il n'est sans doute guère de chanson innocente. Il suffit, pour s'en convaincre, de se souvenir du chant des partisans : « Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines ? ».

 

 

Etienne Bours

Voulez-vous écouter le corbeau ? ou le chant des partisans ?