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Les oiseaux du monde à travers les musiques du monde

LE CAS DU COUCOU

 

« A Barcelone

Par un beau soir

Chaque matrone

Sous l'auvent noir

Guette au lointain

Le galantin

Traçant les bornes

Qui vient tout doux

Planter des cornes

Sur le front des époux jaloux

Galants d'Espagne

Unissons-nous

Faisons campagne

Contre tous les époux jaloux »

 

(« La sérénade des coucous », chanté par Andreany)

Comme on l'a vu dans le texte, le coucou, annonciateur du printemps autant qu'oiseau de mauvais augure, symbolise l'adultère et autres tromperies amoureuses. Mais il est bien plus que cela encore. Et son nom, son chant, répétition d'une syllabe si connue, figurent au répertoire musical de tous les peuples qui le fréquentent. Il est référence, comme au Tadjikistan où un bon chanteur est comparé au coucou. Alors qu'à travers le monde c'est évidemment le rossignol qui représente la qualité extrême pour un chanteur. Mais les peuples d'Asie centrale ou de Sibérie, s'ils ont une admiration profonde et répétée pour le rossignol (il suffit de compter le nombre de références au « bulbul » c'est à dire au rossignol chez les peuples de langues turques), ont également réservé une place de choix au coucou. Les Yakoutes, les Bashkirs et autres peuples de l'Altaï, tous exceptionnels joueurs de guimbarde, capables d'évoquer la nature entière en de longues pièces musicales, ne manquent pas d'y placer souvent le cri du coucou. Exactement comme, dans la vague étonnante de tyroliennes qui déferla comme une mode sur l'Europe dans les années 30, le coucou occupe une place de choix. Il existe en effet un nombre intéressant de chansons yodelées qui font référence à l'animal, d'une part dans un texte chanté (comme « la sérénade des coucous ») mais d'autre part dans un refrain en tyrolienne entrecoupé de « coucous » souvent magnifiquement modelés par la voix des chanteurs. Et cette tradition s'est retrouvée tant dans la chanson d'expression française (avec Andreany et Kiliz notamment) que dans celle d'expression germanique (avec Sepp Mollinger, Minna Reverelli, etc). La fascination exercée par cet animal toujours entendu et si peu vu mériterait aussi une étude approfondie à travers les expressions musicales du monde. D'autant plus que l'oiseau a réussi à se déplacer jusqu'où il n'a jamais existé. Entendez par la que dans certains pays du monde, le Brésil par exemple, des familles européennes importèrent leurs horloges suisses ou autrichiennes et continuèrent sur place une fabrication à laquelle ne résistèrent pas les populations locales. De sorte que le Brésil a connu un véritable engouement pour ces horloges coucou qui, comme on l'a vu en Europe, sont aussi capables d'inspirer une chanson comme « Le coucou de ma grand'mère », chantée également par Andréani :

 

« Quand tout petit chez ma grand mère

j'allais passer l'été

je me souviens qu'elle était fière

d'un vieux coucou démodé

et pendant des heures entières

je me prenais à l'écouter »

Le culte populaire du coucou n'est pas une mince affaire que l'on peut prendre à la légère. De nombreuses communautés européennes l'ont fêté chaque année au début du printemps, en même temps que Saint Gangulphe, qui rentra des croisades pour se rendre compte que sa femme le trompait ! Un Saint sur lequel on a raconté les plus incroyables histoires et que l'on fête au début mai. Dans cet amalgame de croyances, de dictons et autre mythologies paysannes, l'animal a réussi à s'imposer et jouer les rôles les plus divers dans les chansons et les musiques, s'adaptant aux modes. (9). Il est cité partout, il fait partie de nombre de cultures et de nombre de croyances populaires. On a vu plus haut cette chanson qui dit qu'il ne chante que trois mois par an mais encore faut-il savoir qu'apparemment il ne chante déjà plus bien en juin. Virginia Woolf, dans son livre « La promenade au phare », écrit: « Ce ton ressemblait à celui du coucou qui ‘en juin ne chante pas bien' ». Ce faisant, elle cite probablement elle-même une maxime populaire (10).

 

« Ils sont dans le bois, les coucous

et les rossignols, mesdames

ils sont dans le bois, les coucous

et les rossignols aussi »

(« Le méle e le maovi »)

Dans cette ancienne chanson bretonne chantée par Ôbrée Alie, si les coucous et les rossignols sont dans le bois c'est que tout peut s'y passer : amour et adultère, passion et trahison. La chanson parle d'ailleurs du mariage entre deux oiseaux d'espèces différentes, symbole type du mauvais mariage, union contre nature.

 

Alors méfiez-vous du coucou, s'il est là tout peut arriver !

Voulez-vous écouter le coucou ?