| « The cuckoo is a pretty bird, he sings as he flies he brings us glad tidings and tells us no lies he sucks little bird's eggs to make his voice clear and sings to us sweetly three months of the year cuckoo in April, cuckoo in May cuckoo in June and July flies away |
« Le coucou est un bel oiseau dont le chant vaut le vol il nous apporte d'agréables nouvelles et ne colporte aucun mensonge il gobe les œufs des petits oiseaux pour éclaircir sa voix et nous chante en douceur trois mois par an coucou en avril, coucou en mai coucou en juin et juillet le voit s'envoler |
| A-walking and a-talking and a-walking went I To meet my true-lover, he'll come by and by To meet him in the meadows it is my delight Then I'll go a-walking from morning to night |
c'est en me promenant, en me promenant que je m'en allais pour rencontrer mon grand amour, il viendra tout à l'heure le retrouver dans les prés est mon plaisir je pourrai d'ailleurs marcher du matin jusqu'au soir |
| For meeting is a pleasure and parting is grief And a false-hearted lover's far worse than a thief A thief will but rob you and take all you've saved But an inconstant lover will turn you to the grave » (The cuckoo) (voir note 5) |
C'est vrai que les retrouvailles sont plaisir et la séparation douleur Et un amoureux au cœur fourbe bien pire qu'un voleur Un voleur ne fait que vous voler et prendre ce que vous épargnez Mais un amoureux inconstant vous précipitera dans la tombe ». |
En dehors des sociétés animistes et des peuples chasseurs, l'oiseau reste encore aujourd'hui un être chargé de symboles, un ami, un rêve, la source d'une série de métaphores.
Toutes les mythologies du monde leur accordent une place de choix. Ils ont en général une position sur l'Arbre du monde, souvent au sommet alors que le serpent est à la base. Le Coran parle du langage des oiseaux qui est celui des anges. Ils sont toujours quelque part entre les hommes et les dieux, ils symbolisent la liberté divine, ils sont messagers des dieux, ils sont les âmes des hommes. Les mythes les plus anciens leur attribuaient déjà cette place. Pour les Egyptiens, le Phénix était l'âme capable de renaître de ses cendres mais aussi symbole du cycle solaire et des grands cycles annuels. Pareillement, le simorgh de la mystique persane se pose toujours au sommet du monde et représente à la fois la divinité et l'âme humaine. Ses plumes ont un pouvoir thérapeutique. On pourrait citer des dizaines de mythes semblables de par le monde. Mais ça ne relève ni de notre propos ni de notre compétence. Par contre, le rappel de ces mythes est sans doute important pour comprendre à quel point chaque oiseau, qu'il soit petit et présent quotidiennement ou qu'il soit immense et mythique, peut influer sur le besoin d'expression de l'homme.
En Extrême Orient, par exemple, les musiques se font volontiers descriptives, non pas dans le sens d'une imitation comme nous l'avons vu jusqu'ici, mais plutôt dans le sens d'une évocation, d'une suggestion musicale et spirituelle. Les musiques classiques du Japon et de la Chine vont dans ce sens. La pièce « Tsuru no Sugomori » jouée sur la flûte shakuhachi au Japon est célèbre pour son évocation de la grue dans son nid. Il existe, en fait, une dizaines de pièces portant ce nom et décrivant cet oiseau symbole de longévité. Le musicien peut s'en servir pour suggérer les difficultés de la vie. Les techniques de jeu, notamment les trémolos, mettent l'animal en scène : nidification, cris, démarche et premiers pas des jeunes, envol, départ des jeunes lorsqu'ils sont assez grands. En Chine, on trouvera facilement une pièce intitulée « Pingsha luo yan », littéralement « les oies sauvages se posent sur la plage ». Une pièce dont le sens profond est l'aspiration de l'homme pour les grands espaces, la liberté ; l'appel du large pourrait-on dire. Jouée au luth ou à la cithare, elle décrit minutieusement l'arrivée des oies, le vol en formation, les cris lointains, puis leurs longs mouvements circulaires avant d'atterrir. Après l'atterrissage, elles communiquent entre elles, elles se nourrissent, on sent l'harmonie du groupe, les jeunes suivant leurs mères. A la fin, le soir tombe et la sérénité s'installe dans le groupe. Ces deux cas cités, les plus célèbres, suffisent à faire comprendre la richesse évocatrice des cultures classiques de ces deux grands pays. Mais il est d'autres exemples évidemment, notamment la description par les musiciens chinois du combat entre un oiseau de proie et un cygne.
Partout, mais à chaque fois de manière différente, on trouvera un ensemble de liens étroits entre les oiseaux et les musiques traditionnelles. Toutes les traditions, qu'elles soient orales ou savantes, sont révélatrices des mythologies et cultures de croyances populaires propres à chaque société. Il est d'ailleurs intéressant de faire remarquer, au passage, que l'oiseau joue parfois un rôle actif dans la société humaine. Et c'est vrai tant dans le domaine du travail que dans celui des loisirs. Les fauconniers du monde ont certes été fasciné par l'animal jusque dans leurs contes et chansons. Il est un exemple plus proche de nous qui est celui du rôle du canari dans les mines. Ici, c'est l'oiseau qui chantait pour l'homme et si les mineurs ont eu, de par le monde, d'immenses répertoires de chansons et ballades, il est vrai qu'ils chantaient plus souvent les tragédies, les grèves et les difficultés du travail que quelques couplets en hommage à leurs compagnons d'infortune ailés. En Afghanistan, les joueurs de luth rubâb sont persuadés que la musique pousse les oiseaux à chanter. Ils n'hésitent pas, dès lors, à emmener des canaris en cage lors de leurs concerts ou enregistrements. Plus la musique est bonne, plus les oiseaux sont censés y joindre leur chant, celui-ci « fournissant ainsi une sorte de baromètre de la qualité de la musique » (John Baily dans la notice de pochette du CD AIMP VDE-Gallo CD-699).
Ces divers exemples rappellent au moins que les oiseaux ont des langages que les hommes ont su comprendre ou interpréter. Ce qui nous apparaît comme une évidence lorsqu'on prend la peine de se pencher sur les chansons populaires de la plupart des peuples du monde. Une chanson rurale, en général, qui a véhiculé avec beaucoup de poésie et de truculence les multiples rôles joués par les oiseaux dans ces diverses cultures régionales ou nationales.
Il suffit, pour comprendre la puissance évocatrice de l'animal, d'ouvrir le célèbre ouvrage de Francis James Child « The English and Scottish popular ballads » à l'index des thématiques abordées par les ballades collectées (voir note 6). Au mot « oiseau », l'auteur divise les thématiques de la manière suivante : « oiseau qui porte un message ou une lettre », « oiseau commentant un meurtre dont il fut témoin – le meurtrier tentant de l'attraper », « oiseau qui donne la preuve du meurtre », « qui prévient une jeune fille d'un danger », « qui prévient l'amoureux de son erreur », « qui prévient la mère que son fils s'attarde trop longtemps », « qui annonce la mort d'une jeune fille », « qui prévient un chevalier des infidélités de sa femme », « qui s'engage à rendre des services en échange de diverses promesses », etc, etc. L'oiseau est le roi de la métaphore. Partout, il prend la place d'un homme, d'une femme, d'une partie (souvent sexuelle) de l'un ou l'autre ; il est interchangeable avec l'humain. Il suffit de connaître les codes. Ne dit-on pas, d'ailleurs, dans le langage parlé, diverses expressions comme « s'échanger des noms d'oiseaux », « c'est un drôle d'oiseau » ou « un oiseau rare » ou encore « un oiseau de mauvaise augure ». On dit que quelqu'un a une « cervelle d'oiseau » ou un « appétit d'oiseau ». Sans compter les très nombreux proverbes comme « Petit à petit l'oiseau fait son nid », « Quand la cage est faite, l'oiseau s'envole », « Une hirondelle ne fait pas le printemps », etc. Ainsi l'oiseau peut-il être le vecteur de toutes nos aspirations et de tous nos défauts. Mais il n'est pas, pour autant, entré innocemment dans nos parlés régionaux. Il suffit de penser à ce que j'appellerai la trilogie de l'amour : rossignol, alouette, coucou.
| « Rossignolet sauvage apprends-moi ton langage apprends-moi à aimer » (Rossignolet sauvage) |
Quand chante le rossignol, les amoureux ne se sentent plus. Il annonce le printemps et son chant est si beau qu'il pousse à aimer, d'autant plus qu'il chante aux heures propices à la rencontre amoureuse ; alors que quand survient l'alouette du matin, c'est le moment de se séparer. Il faut alors, puisque c'est le petit matin, que chacun rentre chez soi, avant d'être surpris. On se souvient d'ailleurs de Shakespeare qui faisait dire à Juliette « It was the nightingale and not the lark, believe me my love, it was the nightingale ». C'était pourtant l'alouette qui chantait déjà mais dans son élan amoureux Juliette voulait encore garder Romeo auprès d'elle et n'entendait que le rossignol. (Barjavel, dans « La faim du tigre », analyse l'événement avec la distance qui le caractérise : « Et ce qui fait que Juliette éblouie confond l'alouette avec le rossignol et refuse de reconnaître l'aurore, c'est que l'ovule, planète du futur, veut assurer la certitude de son devenir en provoquant le jaillissement à l'assaut d'elle-même de quelques nouvelles centaines de millions de fusées, dont une seule est appelée à lui délivrer le message complémentaire. Cette fois-ci ou la fois prochaine. Le plus souvent possible. Encore, encore et encore. Pour qu'enfin inéluctablement ait lieu la rencontre. Ne pars pas, Roméo, non, c'est le rossignol, ce n'est pas l'alouette. Encore toute la nuit devant nous… Au travail. Tout le reste, c'est Shakespeare ». Certes mais c'est aussi le rôle de ces deux oiseaux qui ne change guère, quelle que soit l'analyse que l'on fait du comportement humain et Shakespeare s'inscrivait complètement, en citant ces oiseaux, dans la tradition populaire) (voir note 7). L'alouette arrive tôt le matin et s'en vient signaler aux amants qu'il est l'heure de se séparer, que le jour revient et avec lui le moment de rendre leur relation à l'anonymat. Mais l'alouette, c'est aussi l'oiseau de ceux qui se lèvent tôt, l'oiseau des travailleurs de la campagne. La tradition anglaise associe dès lors cet oiseau et le laboureur. Tous deux s'en vont aux champs dès que se lève le jour.
| « The lark is a bonny bird and flies off her nest she mounts the morn air with the dew on her breast she flies o'er the ploughboy, she whistles and she sings and at eve she returns with the dew on her wing » |
« L'alouette est un bel oiseau qui quitte son nid monte dans l'air du matin la rosée sur la poitrine il vole par-dessus le laboureur, sifflant et chantant puis le soir s'en retourne la rosée sur les ailes » |
| (The lark in the morning » ou « The ploughboy ») (voir note 5) | |
Quant au coucou, on connaît ses habitudes d'aller prendre place dans le nid des autres pour y pondre. C'est donc l'oiseau de la tromperie, de l'adultère, de l'infidélité. C'est lui qui donne son nom au cocu – dès le XIVè siècle, le mot cocu ou coqu désignait aussi bien l'oiseau que le mari trompé ou encore celui qui abuse de la femme d'autrui (cfr. « Le coucou de Mâ » par Thierry Charnay dans « L'homme, l'animal et la musique ») (voir note 2). Il est une chanson du Tarn qui en veut au coucou d'en plus aller crier partout « coucou, coucou », comme s'il disait à tous « vous êtes cocus ». Alors cet animal, on veut lui boucher tous les trous pour l'empêcher de nuire encore. Et la chanson « Lo cocut es mort » de dire :
| « Le coucou est mort il est mort à Paris on lui a bouché le cul avec un grain de riz » |
Tandis qu'en Espagne, on lui bouche avec une châtaigne (en occitan Espanha rime avec castanha), à Toulon avec un bouchon, à Marseille avec une bouteille, à Narbonne avec une bonbonne et en Afrique avec une barrique. Voilà qui est clair. (Voir CD « Charmeurs d'oiseaux et siffleurs de danses »). Il faut savoir que pour certains, le coucou était considéré comme un animal qui émettait par le derrière ce son si caractéristique qu'on lui connaît ! !
Oiseau symbole, oiseau métaphore (suite)
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