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L'Afrique australe et l'Océan Indien

« Aujourd’hui tu te dis
que ton enfant a réussi
qu’il parle bien français
depuis qu’il a émigré
Arrête de te plaindre donc
Que les champs sont à l’abandon
Battez des mains, dansez bourgeois
Battez des mains, dansez
Battez des mains, dansez bourgeois
Le chômage c’est sympa »

(Chanson « Bat la min » de Danyel Waro, sur le disque Bwarouz, Cobalt 09351-2, MM0570 )


L’Afrique australe est d’une musicalité raffinée.

Les mbiras (petits lamellophones comparables aux sanzas) des Shona du Zimbabwe ont l’art de mettre leurs lamelles en commun et de s’embarquer dans la délicatesse extrême d’un entrelacs sonore, naturellement répétitif et richement polyphonique. Sans conteste une des musiques les plus agréables du continent. Des trames de jeu traditionnelles qui influenceront le jeu de guitares des musiciens d’un Zimbabwe revendicateur, en lutte pour l’indépendance, Thomas Mapfumo en tête.

En Afrique du Sud, la tradition des polyphonies vocales remonte plus loin que les influences américaines et les chorales zoulous de ce siècle. Mais les musiques vocales révèlent d’autres surprises encore. Les femmes Xhosa pratiquent un ensemble de styles et techniques de chants parmi lesquels des chants harmoniques qui soutiennent largement la comparaison avec ceux des peuples de l’Altaï. Les femmes réussissent à émettre plusieurs sons avec une seule voix, travaillant les harmoniques au-dessus de sons gutturaux, le tout en polyphonies mélodiques. Les instruments traditionnels d’Afrique du Sud sont souvent simples; arcs musicaux, vièles, trompes en cornes de gnou (ou en plastique). On les entend peu dans les discographies d’aujourd’hui.

Mais le pays s’est également enrichi, à sa façon, d’une foule d’instruments venus d’Occident et s’est façonné une histoire musicale moderne, longue évolution de styles forts se succédant tout au long du XXe siècle. Des styles qu’on retrouve d’une manière ou d’une autre au Lesotho et au Malawi.
Le sud du continent africain, c’est aussi la particularité étonnante de la culture des Bochimans du Kalahari, un « cas » à part en quelque sorte, un peu comme les musiques pygmées de l’Afrique centrale.

Quant à l’Océan Indien, il surprend par sa diversité. Madagascar et ses dix-huit groupes humains différents connaissent encore de très nombreuses expressions rituelles, danses, chants et techniques vocales, musiques instrumentales mais aussi musiques modernisées. L’ensemble de l’île est très bien représenté par une discographie internationale étonnamment riche et prouvant à suffisance que ces peuples ont des cultures musicales qui n’ont rien à envier au reste du continent africain. Les Mascareignes et les Seychelles se partagent quelques expressions fortes dont les évolutions varient selon les lieux et les accidents historiques mais le chant, loin de s’éteindre, s’y réveille sans cesse pour clamer haut et fort une identité qui refuse l’assimilation. Enfin, on pourrait en dire autant des Comores et de leurs musiques teintées par la proximité d’avec d’autres cultures et par l’Islam mais également en évolution constante.

Nous aborderons d’abord les mouvements et soubresauts des musiques sud-africaines : l’Afrique du Sud et le Malawi, puis le Zimbabwe et un regard sur l’Angola. Nous nous arrêterons quelque peu sur la présence de l’accordéon tant sur le continent que dans l’Océan Indien puis nous essayerons de faire un tour d’horizon des musiques malgaches avant d’aborder les autres îles. Enfin, nous terminerons par un bref arrêt sur quelques peuples et leurs discographies spécifiques, notamment les Bochimans.