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Le zimbabwé : de la mbira à la guitare

 

On l’a dit, les Shona, important peuple bantou du Zimbabwe, ont une musique jouée sur le lamellophone mbira qui s’impose comme leur emblème culturel. La mbira, joué en solo ou à plusieurs a le pouvoir de projeter le son à une telle distance qu’il permet d’attirer l’attention des esprits. Ceux-ci sont alors invités par les musiciens à prendre possession du corps d’un médium. Lorsque l’esprit s’exprime, il donne conseil, il aide, il prévient… C’est le matare, moment des pourparlers, moment essentiel de la cérémonie bira. On recourt souvent à ces rites pour tenter de résoudre des problèmes comme les sécheresses. Un certain nombre de pièces de ce répertoire sont des classiques de la tradition; elles sont toujours jouées parce qu’elles ont ce pouvoir de créer le lien entre vivants et morts. Sur ces thèmes rythmiques et mélodiques, les musiciens improvisent certaines variations. L’ensemble des mbira sonnant en même temps crée une trame répétitive, obsédante, minimaliste, qui a influencé plus d’un musicien contemporain.
Thomas Mapfumo, musicien inspiré par les musiques soul et rock, va transposer ces tissages de jeux de mbira sur sa guitare électrique. Il imite les mbiras avec des riffs saccadés et répétés, le tout sur accompagnement de basse électrique, cymbale et tambour basse. Cette nouvelle musique baptisée chimurenga devient l’expression de la lutte pour la libération de la Rhodésie. Malgré les interdictions, le chimurenga sera diffusé, ralliant de nombreux adeptes à la cause grâce à des textes riches en métaphores destinées à tromper l’ennemi. Après l’indépendance et après le décès de Mapfumo, cette musique va revenir vers les mbiras traditionnelles mais en y intégrant cette modernité issue du mouvement initié par Thomas Mapfumo. C’est, par exemple, le cas avec la musicienne Stella Chiweshe.
Musique moderne jouée également par les Shona du Zimbabwe, le jiti échappe quelque peu à cette lignée entre les trames de jeu de la mbira et celles de la guitare. Il a plutôt ses origines en Afrique du Sud, dans des styles comme le marabi et le kwela. Les disques de Spokes Mashiyane, la radio et le cinéma ont amené ces rythmes au Zimbabwe. Inspirés, les habitants des campagnes créèrent une nouvelle forme chantée par une voix soliste et un chœur divisé en quatre voix. Le tout sur un jeu de deux bongos; le premier jouant en solo et secondant la voix du soliste; le second jouant plus fort pour soutenir le groupe et lier l’ensemble. Dans les années 60, cette musique se répand sous le nom de jiti. Il est pratiqué aux mariages, aux fêtes de toutes sortes, parfois même aux veillées funéraires. Vers 1964, le jiti fut interdit par le gouvernement rhodésien. Mais les chanteurs continuèrent, plus discrètement, sans les percussions. Et il devint forcément une des expressions utilisées dans la lutte pour la libération du pays. Certains artistes comme Virginia Mukwesha ou les Bhundu Boys ont encore modernisé le jiti en y ajoutant guitares, basse, batterie, marimbas… Les Bhundu Boys définissent leur musique comme étant du jit-jive.