Bien avant les musiques et les chants des artistes africains médiatisés
aujourd’hui, l’Afrique, quelle qu’elle soit, a toujours pratiqué
un ensemble d’expressions liées au quotidien, aux saisons, au cycle
de la vie et à toutes les manifestations sociales, sacrées, rituelles
et cérémonielles d’une vie en société. Ces
musiques ne peuvent pas, ne doivent pas être oubliées. Elles sont
les témoignages indispensables d’une diversité culturelle
d’une extrême richesse. Elles sont les balises essentielles de l’histoire
des musiques, de toutes les musiques, et de leurs évolutions respectives.
Elles sont les traces de l’inventivité et de la créativité
humaines. Comment les approcher sinon en faisant confiance à une discographie
mine de rien écrasante mais écrasée par le marché
du disque de consommation. Pourtant, ces dizaines de disques incroyables, enregistrements
de terrain, sont là pour nous rappeler qu’avant de devenir une
mode, les musiques du monde intéressaient déjà les preneurs
de sons, les universitaires, les chercheurs, mais aussi les producteurs de disques
et donc les amateurs de musiques, les vrais, ceux qui osent prendre le risque
d’écouter, d’apprendre et de comprendre, alimentés
par une saine curiosité.
Ces disques sont présents dans les collections de la Médiathèque
et s’attachent souvent à présenter les musiques traditionnelles
de peuples précis. Ceux-ci sont plus nombreux qu’on le croit à
avoir été enregistrés et la meilleure façon de s’en
rendre compte est d’en dresser une liste non exhaustive, un peu sommaire
sans doute, mais qui a au moins le mérite d’apporter un éclairage
favorable sur cette diversité de peuples et d’expressions.
Ce peuple peu connu, sinon pour ses déboires cinématographiques
avec des bouteilles de coca, habite le désert du Kalahari en Namibie
et au Botswana. Il compte plusieurs sous-groupes (Gwi, Ju’hoansi, Shua,
Khomani, Kung…) vivant tous de chasse et de cueillette sur cet immense
territoire semi-désertique. Ces populations sont de petite taille et
présentent des traits mongoloïdes. Ce sont vraisemblablement les
Boers sud-africains qui les ont baptisés bushmen, hommes des buissons.
Ils parlent ce qu’on appelle une langue à clicks, c’est-à-dire
utilisant des consonnes obtenues par succions et claquements. Il est intéressant
de relever que nombre de musicologues et anthropologues ont eu l’attention
attirée par certaines similitudes morphologiques et culturelles entre
les Bochimans et les Pygmées. D’un point de vue musicologique,
Pierre Salée relevait que les Bochimans utilisent l’ostinato et
que « ces ostinato consistent en sons vocaux purs : onomatopées,
chuintements, halètements, yodel, formules mélodiques en arpèges
descendants. Une polyphonie de sons sans signification linguistique dont la
densité s’accroît progressivement, stratifie l’espace
sonore en termes de timbres et de hauteurs » (extrait de la notice
de pochette du disque « Pygmées & Bochimans » CBS 80212
-
MJ0057 ). Le tout donne évidemment une polyphonie de sons qui fait
penser à celle des Pygmées, ceux-ci organisant, « orchestrant »,
cependant, leurs polyphonies yodelées de manière plus systématique,
notamment parce qu’ils travaillent par entrées successives des
voix. L’auditeur se rendra parfaitement compte de ces ressemblances et
différences en comparant la discographie pygmée renseignée
dans la brochure Africalia
III avec les quelques disques compacts qui nous offrent la possibilité
d’entrer en contact avec les chants bochimans, au demeurant extrêmement
intéressants. On y découvre des chants de guérison, des
jeux, des chants de chasse et autres chants de divertissement liés à
la vie quotidienne.
Les Himba sont des éleveurs vivant dans le sud de l’Angola et au nord-ouest de la Namibie. Ils sont d’origine Herero, important groupe humain du nord de la Namibie. Étant nomades, ils possèdent peu d’instruments de musique, sinon les flûtes et trompes typiques des peuples pasteurs et un pluriarc. Leurs chants sont très riches et souvent encore fonctionnels parce que liés à cette vie en symbiose avec le bétail. On y entend d’ailleurs également divers appels et sifflements destinés à communiquer avec les troupeaux.
Quand on parle des Malgaches de manière générale, on désigne
l’ensemble des populations de Madagascar. Mais les quelque quatorze millions
d’habitants de cette grande île sont, en fait, répartis en
un minimum de dix-huit peuples. Il est intéressant de citer certains
d’entre eux, dans la mesure où les discographies spécialisées
présentent parfois les expressions d’une seule de ces populations.
S’il est vrai que ces peuples se comprennent entre eux malgré les
divers parlers malgaches, il n’en reste pas moins vrai qu’on peut
distinguer certaines différences notoires dans les pratiques musicales
et vocales. Parmi les populations des hautes terres du centre de l’île,
on citera les Merina et les Betsileo. Au nord : les Sakalava et les Betsimisaraka ;
au sud-est : les Antanosy, les Antaisake et les Tanala ; au sud :
les Antandroy et les Mahafaly ; et enfin à l’ouest ainsi qu’au
centre-sud : les Bara, les Masikoro, les Vezo et de nouveau les Sakalava.
Tous vivent essentiellement de culture et d’élevage. On a abordé
abondamment leurs musiques et leurs évolutions. La discographie est riche
et mérite d’être prise au sérieux tant elle permet
une approche optimale de diverses sociétés et de leurs expressions
rituelles ou quotidiennes.
Retenons, en résumé, quelques disques essentiels.
Les Ndebele habitent le Transvaal en Afrique du Sud. Ils parlent une langue
bantou du même groupe que les Zoulou. On connaît leurs superbes
peintures murales très colorées et aux formes nettement géométriques.
Les femmes Ndebele chantent ensemble, sur battements de mains et accompagnement
de trompe, des chants de louanges, des récits de la vie ou de l’histoire
de leur peuple, des chants de travail, des berceuses. Leur musique est simple,
rude, compacte; on y sent le groupe, la solidarité, la condition des
femmes résignées, dont les maris sont loin pour travailler dans
les villes ou les mines. Les Ndebele du Zimbabwe sont aussi appelés Matabele ;
ils vivent de culture et d’élevage. Ils ont développé
une musique chorale proche de l’iscathamiya des Sud-Africains et qu’on
appelle imbube ou juluka au Zimbabwe.
Les différents groupes Shona habitent le Zimbabwe et une partie du Mozambique.
Ils sont essentiellement agriculteurs. Robert Mugabe, premier président
du Zimbabwe indépendant, est d’origine shona. Il faut se référer
au chapitre consacré au Zimbabwe pour comprendre l’importance des
musiques du lamellophone mbira puis les styles successifs que créèrent
les musiciens shona dans le processus d’affirmation de leur identité
face à la colonisation.
Peuple du Mozambique et de l’est de l’Afrique du Sud, les Tsonga
ont été divisés entre les travaux traditionnels liés
aux cultures et à l’élevage d’un côté
et la nécessité de s’en aller grossir le flot des travailleurs
des mines et des centres urbains. Leur culture se dilue alors au sein des mouvements
de musiques sud-africaines du XXe siècle. Et nous disposons de très
peu d’enregistrements de musiques traditionnelles.
Agriculteurs et chasseurs du nord de l’Afrique du Sud, les Venda, comme
les Tsonga et autres peuples du pays, ont souffert de l’apartheid et n’ont
retrouvé leur place au sein de cette société que depuis
la fin de ce régime. Leurs cultures musicales se sont aussi quelque peu
diluées dans l’ensemble sud-africain sans qu’il soit facile
de déterminer les parts d’influences propres à chaque groupe.
Quant aux musiques de tradition, elles ne sont pas non plus très présentes
dans les discographies actuelles.
Les Xhosa vivent à l’est de la province du Cap en Afrique du Sud.
De langue bantou, les Xhosa se divisent en plusieurs sous-groupes (parmi lesquels
les Thembu, peuple de Nelson Mandela) vivant de culture et d’élevage.
On l’a dit, les femmes Xhosa ont un chant diphonique étonnant,
une technique de production des harmoniques étonnamment proche de celles
que l’on peut entendre chez les peuples de l’Altaï et de la
steppe mongole. Cette technique umngqokolo consiste à forcer la voix
pour produire des sons graves dont on amplifie les harmoniques en jouant sur
les ouvertures de la cavité buccale. La mélodie apparaît
alors dans les harmoniques tandis que la «première» voix
construit la production de sons graves.
Les principaux instruments de musique des Xhosa étant des arcs qui utilisent
la bouche du musicien comme caisse de résonance, un jeu qui a influencé
le chant, celui-ci pouvant aller jusqu’à imiter l’arc.
Lorsqu’on parle d’Afrique du Sud, on pense presque immédiatement
aux Zoulou. Traditionnellement agriculteurs et éleveurs, ils demeurent,
aujourd’hui encore, le groupe culturel le plus important du pays. Les
hommes ont quitté les villages dès le début du XXe siècle
pour travailler dans les villes et les mines. Musicalement, ils ont joué
un rôle essentiel tout au long du siècle. L’histoire des
musiques vocales et des divers styles populaires abordés dans cette brochure
est essentiellement la leur. On se reportera donc aux discographies citées
tout au long du chapitre consacré à l’Afrique
du Sud.
" Le Discobus 3 n'a pu circuler ce dimanche 12/2 et est en réparation ce lundi 13/2 : pas de stationnement à Ath, Antoing, Leuze et probablement Mouscron . .
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