Découvrir

L'Afrique centrale et orientale

«Je suis l’enfant noir
je pleure la misère
la misère du monde
la misère des peuples
la misère de l’Afrique
C’est la faute à nous
C’est la faute à vous
C’est la faute à eux»

(Extrait de la chanson «L’enfant noir» de Zao, Barclay 513457-2, MK8663 )


L’Afrique centrale est l’Afrique bantoue, c’est aussi le pays des grandes forêts et de leurs peuples. Gilbert Rouget voit clairement en ces régions les grandes caractéristiques de la musique noire : traitement naturel de la voix, tendance à utiliser le registre grave, une certaine spontanéité, le style mixte des chœurs, des structures pentatoniques, des grands ensembles d’instruments ou de voix et la polyphonie vocale. Encore faut-il écouter les extraordinaires polyphonies Banda de République centrafricaine pour se rendre compte que ces polyphonies sont également instrumentales, jouées ici sur un ensemble de trompes naturelles (ongo), troncs, racines ou cornes évidées, n’émettant chacune, en principe, qu’une seule note; les musiciens construisent la mélodie et le rythme en une sorte de hoquet surprenant. Il faut s’empresser de comparer cette musique avec une population du Soudan, les Berta, et donc un territoire différent parce que situé entre les cultures d’Afrique noire et celles des peuples arabisés. Il n’empêche que les Berta jouent des ensembles de trompes en calebasse qui organisent les mélodies d’une façon assez semblable. Mais, si je vous disais qu’en Ethiopie aussi, chez les Maji, le système se retrouve, alors sans doute comprendriez-vous qu’il est bien difficile de tirer quelques traits sur une carte d’Afrique et de séparer ainsi les cultures des uns et des autres. C’est pourquoi nous choisissons de grouper l’Afrique centrale et l’Afrique orientale en une seule publication, même si, comme on le verra, ces régions présentent également de nombreuses expressions très différentes.

Pour en revenir à l’Afrique centrale, au Cameroun, parmi les nombreux peuples vivant dans les Monts Mandara, il n’est pas rare de trouver d’autres ensembles de flûtes ou de trompes joués selon la même technique. Mais, ici encore, la polyphonie vocale peut aussi surgir à tout moment, comme ce chant Ouldémé accompagné du frottement de la pierre écrasant le mil (Ocora C560110, MK5443 ). Polyphonies et polyrythmies sont courantes dans tous les pays de cette zone. Rappelez-vous les célèbres tambours du Burundi que tant de groupes essayent aujourd’hui d’imiter. Si ces ensembles de tambours sacrés ont fait le tour du monde, ils illustrent toujours parfaitement cette musique d’ensemble et cette polyrythmie. Mais l’Afrique centrale et la région des grands lacs sont aussi terres de xylophones, de sanzas, de cithares (inanga), et d’arcs ou pluriarcs musicaux.

Territoires immenses aux influences multiples, les pays de l’est du continent sont tout aussi difficiles à rassembler en un seul bloc. L’est a connu une influence islamique plus importante. Kenya et Tanzanie ont des expressions qui trahissent cette islamisation. Le taarab pratiqué particulièrement à Zanzibar mais également dans des villes comme Mombasa au Kenya, est une musique certes très arabe trahissant quelques influences indiennes, mais aussi le reflet d’une société cosmopolite. On le joue sur le luth arabe (oud) et aujourd’hui l’accordéon et de nombreux violons viennent volontiers renforcer l’orchestre. On le chante en swahili et en arabe et il est pratiqué sur les côtes depuis la Somalie jusque au Mozambique.

En Éthiopie, la complexité musicale est extrême mais richissime en surprises. Une centaine de langues, un patchwork étonnant de peuples, des pratiques religieuses entre Afrique, Orient et Occident, expliquent cette multitude de musiques tant profanes que religieuses. L’Éthiopie est souvent chantée par des bardes (azmari) qui s’accompagnent sur une intéressante panoplie d’instruments à cordes : lyre baganna, vièle masenqo et lyre krar. Ils chantent des chants d’amour, des récits populaires, des proverbes ou des réflexions religieuses. L’Éthiopie, comme je le soulignais plus haut, a également le don de nous ramener vers l’Afrique noire, ses polyphonies, ses musiques de sanza, de flûtes, de tambour. Quelques CD ont l’art d’ouvrir à la découverte de peuples et donc de styles nombreux.

L’Ouganda englobe également cette richesse multiple. On y entend encore les musiques de l’ancienne cour royale des Baganda, jouées sur xylophones. On y découvre des ensembles de percussions, des musiques chorales, des chansons poignantes, traditionnelles dans leur facture, modernes dans leur propos, accompagnées sur de simples vièles. Au Mozambique, ce sont les ensembles de xylophones des Chopi qui s’imposent. Ces groupes, où jouent parfois de nombreux xylophones, vont jusqu’à offrir un spectre de quatre octaves. Il règne dans leur musique une force rythmique impressionnante, renforcée par la vibration et la richesse des harmoniques des instruments. De nombreux xylophones jouent les mélodies tandis que d’autres se concentrent sur les basses, c’est un enchevêtrement de mains frappant d’innombrables langues de bois, le tout avec une précision et un feeling d’enfer, au profit d’une musique engagée et actuelle, sans pour cela s’éloigner de la tradition.

 

Cette Afrique du centre et de l’est est donc, une fois de plus, une Afrique multiple. On insistera sur les polyphonies, on s’arrêtera sur les anciennes musiques de cours royales et leurs ensembles de tambours, on abordera les musiques et les chants des Pygmées, on verra quelques styles de chants traditionnels et les façons qu’ont les musiciens de ces régions de les confier à quelques instruments à cordes, on parlera des quelques grands courants de musiques modernes et on terminera en abordant différents peuples et leurs discographies respectives.