Bien avant les musiques et les chants des artistes africains médiatisés aujourd’hui, l’Afrique, quelle qu’elle soit, a toujours pratiqué un ensemble d’expressions liées au quotidien, aux saisons, au cycle de la vie et à toutes les manifestations sociales, sacrées, rituelles et cérémonielles d’une vie en société. Ces musiques ne peuvent pas, ne doivent pas être oubliées. Elles sont les témoignages indispensables d’une diversité culturelle d’une extrême richesse. Elles sont les balises essentielles de l’histoire des musiques, de toutes les musiques, et de leurs évolutions respectives. Elles sont les traces de l’inventivité et de la créativité humaines. Comment les approcher sinon en faisant confiance à une discographie mine de rien écrasante mais écrasée par le marché du disque de consommation. Pourtant, ces dizaines de disques incroyables, enregistrements de terrain, sont là pour nous rappeler qu’avant de devenir une mode, les musiques du monde intéressaient déjà les preneurs de sons, les universitaires, les chercheurs, mais aussi les producteurs de disques et donc les amateurs de musiques, les vrais, ceux qui osent prendre le risque d’écouter, d’apprendre et de comprendre, alimentés par une saine curiosité.
Ces disques sont présents dans les collections de la Médiathèque et s’attachent souvent à présenter les musiques traditionnelles de peuples précis. Ceux-ci sont plus nombreux qu’on le croit à avoir été enregistrés et la meilleure façon de s’en rendre compte est d’en dresser une liste non exhaustive, un peu sommaire sans doute, mais qui a au moins le mérite d’apporter un éclairage favorable sur cette diversité de peuples et d’expressions.
Peuple du centre nord de l’Ouganda et du sud du Soudan, les Acholi sont
éleveurs et agriculteurs. Leur société a été
basée sur l’existence de nombreux petits royaumes. Musicalement,
ils sont surtout connus pour leurs polyphonies vocales dont certaines formes
modernes ressemblent à du gospel. Ils pratiquent également un
chant discret, souvent en falsetto, accompagné sur la cithare nanga équivalente
de l’ennanga des peuples bantous du même pays. Le chant peut alors
être épique.
Groupe ethnique le plus important en Ouganda, les Ganda ou Baganda, parlent
une langue bantoue. Ils vivent dans la région de Buganda sur la rive
nord-ouest du lac Victoria. Ils sont agriculteurs et éleveurs. Leur société
fonctionna sur un système monarchique important jusqu’en 1967.
Après une longue lutte, ils obtinrent à nouveau la reconnaissance
et la restauration de la monarchie en 1993. Les expressions musicales liées
à la cour royale sont encore importantes.
Peuple des savanes de l’ouest du Cameroun, les Bamoum ou Moum sont cultivateurs,
commerçants et artisans. Ils sont également connus pour le bois
sculpté de leur achitecture. La société bamoum est toujours
basée sur une ancienne organisation en sultanat.
On appelle couramment Banda un ensemble de peuples qui constituent le groupe
ethnique le plus important de la République centrafricaine. Ils sont
essentiellement agriculteurs dans des régions de savanes. Si les Banda
se divisent en plus de cinquante sous-groupes, la discographie offre principalement
les musiques des Linda, les Dakpa, les Broto, les Mbi et les Ndokpa. On a parlé
des Banda dans le chapitre consacré aux polyphonies. Il faut également
écouter le jeu de xylophone des Ndokpa et la manière dont les
musiciens font parler leurs instruments.
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Le terme bantou ne désigne pas un peuple précis mais un ensemble
de peuples appartenant au même groupe linguistique et vivant en Afrique
centrale, en Afrique orientale et en Afrique australe. Ce groupe est très
important et on y retrouve, notamment, les Hutu et les Tutsi, les Bamoum, les
Baganda et les Batonga, ou encore les Chopi, les Gogo, les Luba, les Luvale,
les Mongo… mais aussi de très nombreux autres peuples dont certains
apparaissent sur les discographies spécialisées. C’est,
par exemple, le cas des Nande.
Voir discographie aux divers peuples mentionnés.
Les Tonga ou Batonga vivent au sud-ouest de la Zambie et au nord-ouest du Zimbabwe.
Ils sont agriculteurs et éleveurs. Certains d’entre eux ont été
séparés entre les deux pays par la construction du barrage qui
a donné naissance au lac Kariba. Leurs musiques révèlent
notamment des trésors de polyphonies instrumentales réparties
entre de nombreuses trompes et cornes.
Peuple du sud de Mozambique, les Chopi vivent en forêt. Ils sont agriculteurs
mais beaucoup d’hommes sont partis travailler dans les mines du Transvaal
sud-africain. Le peuple Chopi a développé un jeu de xylophone
(timbila) extraordinaire, organisé entre plusieurs instruments jouant
en polyphonies. Ils ont souvent mis cette musique au service d’une expression
revendiquant leur autonomie et leur identité.
Les Dorzé vivent au sud de l’Éthiopie. Ils sont particulièrement
connus pour leurs châles en cotons blancs aux bordures brodées
et pour leurs superbes polyphonies vocales.
Les Gbaya vivent dans les savanes en République centrafricaine et à
l’est du Cameroun. Ils pratiquent diverses cultures.
On se reportera à la discographie citée pour les "chants
à penser" dans le chapitre sur les chants traditionnels.
Les Gogo ou Wagogo habitent le centre de la Tanzanie. Ils vivent d’agriculture
et d’élevage, celui-ci revêtant une ampleur culturelle comparable
à ce qu’on rencontre chez les Maasai. Le style de vie traditionnel
était le nomadisme ou semi-nomadisme. Aujourd’hui, beaucoup de
Gogo sont sédentarisés, ce qui a bouleversé leur économie.
Ils ont des pratiques musicales exceptionnelles, notamment leurs polyphonies
vocales. Ces expressions sont liées à des rites importants.
Population majoritaire du Rwanda et du Burundi, les Hutu sont les agriculteurs
de ces sociétés. Ils ont également des activités
liées à de petits élevages. Ils ont entretenu longtemps
des relations d’échanges dans une société organisée
entre Tutsi, Twa et Hutu. La colonisation a bousculé cet ordre et en
a exploité les différences.
On distingue les Luba du Kasaï et les Luba du Katanga. Ces deux peuples
sont des agriculteurs de l’actuelle République démocratique
du Congo. Les Luba du Kasaï sont aujourd’hui une partie importante
de la population de Kinshasa. Ceux du Katanga ont également grossi les
populations urbaines et les townships des mines de cuivres. Leurs expressions
musicales se sont d’ailleurs fortement ressenties de cette culture de
mines où des populations d’origines diverses se rencontrèrent
et échangèrent, exactement comme dans ce qu’on appelle la
ceinture de cuivre en Zambie. Ce qui explique le développement d’une
musique jouée sur la guitare et l’avènement d’une
chanson revendicatrice. Les Luba parlent des langues bantoues et sont capables
de communiquer entre les différents groupes.
Les Luvale vivent en Zambie, en Angola et en République démocratique
du Congo, dans les savanes du haut Zambèze. Ils vivent d’agriculture
et de pêche. Ils ont alimenté la région de la ceinture de
cuivre en main-d’œuvre pour les mines et en produits de la pêche
pour nourrir les nombreux travailleurs. Ils ont conservé d’importants
rites, comme le mukanda, initiation masculine en plusieurs étapes ponctuées
de musiques et de chants.
Les Maasai vivent au Kenya et en Tanzanie. Ils ont créé une des
sociétés africaines les plus farouchement liées à
une vie pastorale. L’élevage y est plus important que toute autre
activité, qu’elle soit la culture ou la pêche. La chasse
au lion et les razzias guerrières (aujourd’hui oubliées)
firent également partie de l’organisation de cette société
basée sur les classes d’âges. Chants et danses sont essentiels.
Les polyphonies sont accompagnées du simple son des colliers et bracelets,
tandis que les hommes produisent une base rythmique faite de sons de gorge qui
seraient inspirés des rugissements du lion.
Ensemble de peuples du nord-est de la République démocratique
du Congo, les Mangbetu (ou Kere) vivent de l’agriculture, de la chasse
et de la pêche. Les anciennes cours royales ont été le lieu
d’épanouissement de musiques riches. On y retrouve des jeux de
tambours, des ensembles de trompes, un lamellophone (likembe) et une grande
importance du chant et de la danse.
Parmi les populations enregistrées, on trouvera notamment, outre les
Mangbetu proprement dits, les Mangbele, les Meje, les Mayogo…
Le terme Mongo désigne souvent un ensemble de peuples de l’actuelle
République démocratique du Congo. Ces populations vivent d’agriculture,
de pêche, de chasse, d’élevage et de cueillette. Ils partagent
souvent leur vie avec des groupes Twa. Parmi les Mongo, on distinguera notamment
les Ekonda dont les polyphonies vocales et le rituel du bobongo sont des pratiques
musicales essentielles.
Chez les Mongo, on retiendra le chant losokya, chant masculin qui s’exécute le soir en famille ou entre amis. C’est un répertoire de chants qui distillent des conseils, des réflexions sur la vie, en utilisant les nombreux proverbes ou images métaphoriques de la culture mongo.
Petit peuple de la partie nord-est des monts Mandara au nord du Cameroun, les Ouldémé font partie, au même titre que les Muktele, de ces sociétés peu islamisées qu’on appelle souvent Kirdi, un terme peul qui signifie «non croyant». Ils se dénomment plus volontiers «peuple de la montagne». Comme le prouve une discographie intéressante, les Ouldémé sont restés très attachés à leurs traditions et à une vie en symbiose avec la nature.
Les Pahouin sont un ensemble de peuples vivant au Cameroun, au Gabon, au Congo
et en Guinée équatoriale. Les Beti, les Bulu et les Fang sont
certainement les plus importants peuples de cet ensemble. Ils vivent en forêt
tropicale. Voir notamment ce qu’on dit sur le mvet au chapitre des chants
traditionnels.
Voir chapitre consacré
à leurs musiques.
Les principaux groupes enregistrés sont les Aka, Baka, Babenzele (Mbenzele),
Mbuti, Efe, Twa, Bedzan, Bibayak, M’Benga, Asua et Kango.
Les Teda sont des pasteurs nomades vivant au Tchad, en Libye et au Niger. Ce
sont les chameliers du Tibesti, dont la vie et l’économie sont
rythmées par ce nomadisme. Les expressions musicales s’en ressentent
également. Les chants masculins, par exemple, s’appellent « chants
de selle ». Les hommes ne pouvant chanter en présence des
femmes adultes, ils ont développé un répertoire de chants
exécutés hors des villages, lorsqu’ils font de longs déplacements
à dos de chameaux ou lorsqu’ils campent entre eux le soir à
l’étape. Ces chants abordent l’amour, les événements
historiques, le souvenir des ancêtres…
Les Tutsi ont été les pasteurs des sociétés du Rwanda et du Burundi principalement. Ils sont également implantés à l’est de la République démocratique du Congo. Ils ne furent pas tous éleveurs de ces imposants troupeaux de vaches; certains étaient agriculteurs. Mais la société tutsi est connue pour cette richesse liée à la vie pastorale et à la fidélité aux anciens royaumes.
Voir discographie citée pour les musiques des cours royales.
On écoutera également les chants délicats, berceuses, chants historiques, chants d’amour ou chants d’éloges, souvent accompagnés sur la cithare inanga; ou encore les musiques de danse intore, rythmes des initiés, jouées sur trompes et tambours.
" Le Discobus 3 n'a pu circuler ce dimanche 12/2 et est en réparation ce lundi 13/2 : pas de stationnement à Ath, Antoing, Leuze et probablement Mouscron . .
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