Les pays d’Afrique du Nord connaissent beaucoup d’expressions religieuses. Il est évident qu’on pense d’abord à l’Islam orthodoxe. Mais celui-ci n’accorde guère une place essentielle à la pratique musicale, contrairement aux confréries soufis quelles qu’elles soient.
Nous avons cependant tous en tête l’appel du muezzin, l’adhan, lancé du haut des minarets avant les cinq prières quotidiennes. Cette psalmodie de formules proclamant la grandeur d’Allah sert à appeler le fidèle à se rendre à la mosquée ou à s’adonner à la prière. Les styles peuvent varier fortement d’un pays à l’autre, d’autant plus que l’adhan, dans toutes ses variantes, est pratiqué à travers le monde musulman.
Autre expression importante liée à la religion musulmane : la
lecture du Coran. Celle-ci est en général plus qu’une simple
lecture. On parle de cantillation ou de psalmodie. Sans être un chant
à proprement parler, c’est une pratique qui demande une connaissance
des modes musicaux et varie donc selon les traditions locales
La Médiathèque possède en ses collections l’entièreté du Coran, psalmodié par Mohamed Ayoub Bin Mohamed Yousef, en un coffret de 32 disques compacts (Cipa HQ93101/93832) MJ1250
Les confréries soufis accordent une place essentielle à la musique, au chant et parfois à la danse. Contrairement aux pratiques de l’Islam orthodoxe, celles des rites soufis donnent aux musiques un rôle moteur, indispensable pour atteindre une union mystique avec Dieu.
Le sama est l’audition mystique, une expérience musicale extatique. C’est Mevlana qui dès le XIIIe siècle initia et encouragea cette pratique. La philosophie soufi, en effet, bien plus que de tolérer la musique, s’en servait pour chercher l’union avec Dieu. Cette mystique musicale va, petit à petit, se ritualiser et devenir séance ou cérémonie sacrée englobant d’autres rites. Le dhikr, par exemple, peut être un point culminant du sama dans la plupart des confréries, point culminant qui, selon les lieux et les croyances, s’appelle parfois aussi hadra (assistance), imara (plénitude) ou halqa (cercle).
Hadra est un terme difficile à cerner en ce sens qu’il peut revêtir plusieurs réalités. Hadra, c’est l’assistance ou assemblée de fidèles dans les rites soufis. C’est aussi la présence divine. Selon Bernard Moussali, hadra est un synonyme de dhikr-al-hadra qui est le rituel collectif du dhikr. Certains le pratiquent avec instruments, d’autres avec claquements de mains ou de doigts et le travail du souffle ou de l’hyper-ventilation des participants est en général essentiel.
En Egypte, le hadra est aussi l’assemblée des fidèles participant à un rite. Pour les guider et mener ce cheminement vers une lumière divine, le munshid ou chantre de l’Islam est le chanteur de la mosquée ou celui des confréries soufis. Il est, dans ce cas, le maître-chanteur, celui qui détient le répertoire, la voix et cette façon de se servir de l’un comme de l’autre au point d’emporter l’adhésion des foules. Le répertoire est l’inshad, ensemble des hymnes et chants religieux, poèmes et autres qasidas, que le munshid entonne souvent au-dessus des invocations des participants. Le chantre est le maître de ces mots et de ce que la voix peut en faire, de la même manière qu’un instrument peut se servir de notes ou de phrases musicales. Pendant des développements d’une puissance exceptionnelle, un grand munshid peut emmener ses auditeurs à travers un dédale de sons vocaux, de jeux subtils entre sa voix et les textes, se faisant conteur, diseur, chanteur, hurleur ou pleureur de Dieu. Sheikh Ahmad Al-Tûni est certainement l’un des plus importants munshids de Haute-Egypte. Il est d’ailleurs un maddâh plutôt qu’un munshid au sens propre du terme, le maddâh étant le chantre populaire, celui du répertoire rural, un homme qui, de toute façon, loue ses services aux uns et aux autres, sans attache particulière à l’une ou l’autre confrérie. Un chantre évoluant dans la liberté itinérante de l’approche du divin.
Les Gnawa sont une confrérie soufi du Maroc. Ils sont les descendants
actuels d’esclaves noirs emmenés du Ghana, Niger, Mali, Sénégal
et Guinée (l’empire du Soudan occidental) par les conquêtes
arabes de la fin du XVIIe siècle. Les confréries actuelles des
Gnawa du Maroc pratiquent encore des rituels importants où la musique
et le chant jouent un rôle essentiel. Leur musique est indissociable de
leurs rituels, qu’il s’agisse de musiques jouées dans la
rue ou de cérémonies pratiquées sur commande. Celles-ci
ont un but thérapeutique : guérir, agir contre les influences
négatives ou en faveur d’esprits favorables.
Le rythme tient une place essentielle dans la musique gnawa. Il est confié
aux crotales métalliques, aux tambours t’bola joués avec
deux baguettes et aux claquements des mains. Le luth guimbri occupe une place
centrale, même si plus discrète; il est l’instrument du maître.
Selon Gilbert Rouget, «il énonce les devises musicales des génies
responsables des possessions et... il suffit que l’adepte voué
à tel ou tel de ceux-ci reconnaisse son air... pour que l’effet
s’accomplisse» (La musique et la transe, Gallimard, 1980). La danse
est également une composante essentielle du rite gnawa. Elle représente
le mouvement des planètes. Le symbolisme des vêtements et des couleurs
joue un rôle tout aussi important. L’ensemble constitue un système
de pensée philosophique et spirituelle complexe dont la musique n’est
qu’un élément indispensable au même titre que les
autres. Chez les Gnawa du Maroc, la cérémonie s’appelle
derdeba, qui signifie grand bruit, ou lila, qui signifie la nuit. Ce sont des
cérémonies divinatoires ou thérapeutiques. Elles se déroulent
en plusieurs parties, commençant par une procession et le sacrifice d’un
animal. Diverses danses suivent, certaines symbolisent les anciens, voire la
capture des esclaves. Enfin, les esprits peuvent apparaître et sept danses-transes
correspondant à sept manifestations divines, sept familles d’esprits
et sept couleurs, vont se prolonger jusqu’au petit matin. Le lila ou derdeba
s’organise à la demande ou pour la fête annuelle du patron
des confréries. Le rituel est spectaculaire; danses, couleurs, encens
contribuent à créer le même type de tension et de rapport
entre musique et mystique que dans des pratiques comme le dhikr ou le hadra.
Les Gnawa de Mostaganem en Algérie pratiquent également des cérémonies
identiques appelées layla. En Algérie, on parle aussi de diwan,
rituel d’exorcisme pratiqué par les populations d’origine
africaine. Le rituel, pratiqué à la demande, fait appel à
la musique, la danse et la transe dont le but est l’exorcisme d’une
personne malade ou la réponse à un vœu de l’assemblée.
Les rythmes Gnawa ont inspiré plus d’un musicien à travers le monde, que ce soit au Maroc et en Algérie ou encore dans le reste de l’Afrique ou parmi les musiciens de jazz.
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" Le Discobus 3 n'a pu circuler ce dimanche 12/2 et est en réparation ce lundi 13/2 : pas de stationnement à Ath, Antoing, Leuze et probablement Mouscron . .
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