Ah le djembé! La musique africaine! Le rythme, la percussion, le tam-tam…! L’instrument absolu, emblématique. S’il n’en restait qu’un, ce serait celui-là, sans aucun doute. Ce diable de tambour en forme de calice fait l’unanimité. Son nom, encore inconnu il y a une dizaine d’année, est entré dans le vocabulaire commun. Pour nombre de gens, un tambour africain est un djembé. Pour nombre d’amateurs de percussions, toute musique africaine fait place, à un moment ou à un autre, à un ou plusieurs djembés. Pire, pour beaucoup, tout tambour est un djembé et celui-ci se joue dans toute musique rythmée. Il est de bon ton d’en posséder un à la maison. Il est bien vu d’en jouer un peu. L’instrument est prisé des baba, des branchés world music, des quadra et quinqua tendance écolo, des allumés tendance new age, des jeunes cadres dynamiques, des psychologues d’entreprise… Le djembé est devenu bon chic, bon genre. On le joue peut-être encore sur les trottoirs mais on voit apparaître des publicités mettant en scène l’instrument comme atout majeur dans le profil de l’employé idéal, celui qui est capable de parler plusieurs langues, qui a accumulé les diplômes et qui est pourtant jeune, disponible, bon vivant, ouvert sur le monde… Le djembé est devenu blanc - on en oublie ses origines, on en oublie ses racines. Pire, on s’en fout. Que beaucoup de musiciens européens ou américains en jouent, c’est une chose. Que beaucoup d’Occidentaux croient devoir y mettre la main, c’est peut-être aussi une bonne chose. Mais à condition de savoir ce que l’on touche et pourquoi. Acheter un djembé n’importe où pour le simple plaisir de cogner chez soi et de se persuader chaque soir, en se défoulant, qu’on est un percussionniste, ne devrait dispenser aucun frappeur en herbe d’aller aux renseignements et surtout à l’écoute. En d’autres termes, d’apprendre. Apprendre le djembé, c’est se plier à l’écoute de l’autre, des autres, se former à un code, un langage fait de phrasés qu’il faut entendre, répéter, repérer, et auxquels il faut obéir.
Il est intéressant de remarquer cet engouement exponentiel pour un instrument qui se vend plus que jamais. Se pose-t-on d’ailleurs les bonnes questions sur le bois soudain nécessaire pour alimenter cette soif percussive ? Il semble qu’en certains endroits, les artisans ont fait place à de petites usines. Il semble aussi, c’est évident, que beaucoup de djembés sont maintenant fabriqués en dehors de l’Afrique. Se pose-t-on les bonnes questions sur le répertoire et le jeu de cet instrument ? Les Occidentaux ont tendance à vouloir frapper et tenir des rythmes exceptionnels, ils cherchent la performance et le son. Les Africains cherchent «tout simplement» à faire parler l’instrument, lui faire dire quelque chose que les publics directement concernés comprennent.
Mais le djembé n’est pas le seul instrument de ce verbe musicalisé, de ce message rythmé, de ce vocabulaire musical.
A travers toute l’Afrique, beaucoup de jeux de percussions servent à rythmer des événements importants. Il s’agit souvent d’ensembles de plusieurs tambours frappés à la main ou avec des baguettes (parfois avec les deux) selon les endroits. Le jeu est en polyrythmie. La plupart des cultures ont des ensembles de batteurs qui interviennent dans des conditions précises et dont la musique est une dimension d’un certain nombre de rites ou cérémonies : initiations, funérailles, levées de deuil… Dans les sociétés d’Afrique occidentale, les batteurs (un ou plusieurs tambours basse, un ou plusieurs djembés ou sabars) jouent pour les cérémonies d’imposition des noms aux nouveau-nés, les circoncisions et excisions, les mariages, les sorties de masques ou rites religieux liés aux sociétés secrètes, les fêtes du calendrier agraire, les affrontements de lutte traditionnelle et d’autres fêtes de divertissement ou encore pour accueillir des délégations venant d’ailleurs. Le nombre de tambours, leurs formes et factures, varient selon les ethnies ou sous-ethnies.
Chez les Mandingues, les ensembles de percussions, dont le djembé est soliste, sont joués pour diverses fêtes sociales, rites et événements saisonniers. Parmi ceux-ci figurent les travaux agricoles. Il arrive que les batteurs jouent pour encourager le travail aux champs, notamment le labourage, ou pour les fêtes de fin de récolte.
Le djembé en disques :
Les messages envoyés par les tambours sont des exemples de communication
musicale qu’on rencontre fréquemment en Afrique. Un moyen consiste
à envoyer des signaux codés c’est à dire des phrases
ou des rythmes qui ont une signification prédéterminée
et connue du groupe. Une autre façon de faire est d’envoyer un
véritable message reproduisant la tonalité des mots et formant
alors d’authentiques phrases imitant la voix humaine. Beaucoup de langues
africaines sont tonales et les instruments peuvent reproduire cette structure
tonale, ne faisant en fait que parler comme les hommes. Il s’agit, souvent,
d’informer la population d’un événement comme une
naissance ou un décès, ou d’inviter à un rassemblement.
Les tambours dits d’aisselle ou tama, percussions en forme de sablier
jouées en Afrique occidentale, sont d’ailleurs appelés,
en anglais, talking drums (tambours parlants). Ils produisent des hauteurs variables
et peuvent donc facilement émettre des messages phrasés et rythmés.
Pour ce faire, le musicien module en jouant sur la tension des peaux.
les conditions de circulation pourraient être difficiles pour les Médiathèques mobiles ce week-end ; rendez-vos sur les blogs des Discobus 2, Discobus 3 et Discobus 4 pour plus d'infos
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