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Le Cap-Vert.

 

Le Cap-Vert, pour la plupart d’entre nous, se limite à la voix de Cesaria Evora, grande dame de la chanson mondiale, ambassadrice de ses îles, chanteuse incontournable de la morna, baptisée la diva aux pieds nus par un show-business avide d’images faciles. Cesaria est incontournable, il faut l’écouter mais il ne faudrait pas, pour autant, oublier les autres chanteuses et chanteurs de cette infime partie d’une Afrique à nulle autre comparable.

Du côté des traditions ancestrales, le Cap-Vert a connu une longue pratique du batuque. Il s’agit d’une tradition musicale liée aux naissances, mariages et baptêmes. Les femmes y jouent des percussions et battents des mains. Une chanteuse entonne un chant social, une sorte de chronique de la vie utilisant abondamment la métaphore pour dénoncer les injustices ou parler librement; les autres reprennent en choeur. Le style est dansé sur des rythmes qui vont crescendo, jusqu’à ce qu’un des participants commence une improvisation poétique qui est le finaçon, moment culminant du batuque. Cette improvisation est prise comme une prophétie parce qu’elle s’inspire des événements importants et, qu’avec une sagesse bien populaire, elle va critiquer, dénoncer, révéler les injustices, les problèmes sociaux ou politiques...

Cette pratique fut interdite et clandestine pendant longtemps, elle est ressortie de l’ombre après l’indépendance du Cap-Vert en 1975. Le batuque est aujourd’hui joué par des groupes avec accompagnements de guitares, percussions et une vièle monocorde, cimboa.

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La morna, tant chantée par Cesaria, est un chant mélodique triste et sentimental, au rythme lent, style fondamental des îles du Cap-Vert. Découvertes par les Portugais en 1460, ces îles de l’Atlantique africain ont été peuplées de colons portugais et d’esclaves africains. Ces différentes influences culturelles ont donné naissance à une expression originale, créole, synthèse d’apports portugais et de traditions africaines.

Les compositions les plus connues sont l’oeuvre d’Eugenio Tavares de l’Ile de Brava. Ce poète du début du siècle a donné au genre son véritable lyrisme. Dans les années 30, un nouveau style apparaîtra qui servira de modèle pendant de nombreuses années, il est surtout l’oeuvre de Francisco Xavier Da Cruz. De tous les genres cap-verdiens, la morna est certainement le plus raffiné mais également le plus ancien. Plus tard, on verra l’avènement de morna-balada à textes politiques, engagés dans la lutte pour l’indépendance du pays. Ensuite, dans les années 80, la morna se modernisera par l’apport d’instruments nouveaux, électrifiés, et bénéficiera d’un regain d’intérêt grâce au retour discographique des grandes chanteuses Titina, Celina Pereira et Cesaria Evora.

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La coladeira, quant à elle, est un genre musical moderne au rythme rapide. Ses racines viennent notamment de la morna et d’autres styles propres aux îles. On y parle d’amour mais aussi d’humour ou encore de critiques à l’encontre de la société. Le genre est autonome depuis les années 60. Il se joue en groupe comprenant en général deux ou trois guitares, un cavaquinho, un violon ou une clarinette et des percussions. La coladeira évoluera énormément par la suite, allant jusqu’à se jouer avec des instruments électriques. Dans les années 70, elle deviendra chanson engagée auprès des étudiants de Lisbonne. La coladeira chantera alors l’indépendance du Cap-Vert, la lutte contre le colonialisme, puis continuera à évoluer vers des descriptions de la vie sociale.

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Cesaria Evora : la voix de Saint Vincent.


« Même Dieu a les pieds nus, on a inventé les sandales par après », explique Cesaria Evora avec ce petit sourire qui en dit long. La chanteuse reconnaît aimer se promener sans chaussures. Quant à savoir si elle est une diva, elle dit elle-même que cette étiquette lui a été collée par d’autres. Pour faire vendre ? Peut-être. Qu’importe, elle préfère se dire chanteuse populaire, porteuse de tradition. Un rôle assurément plus simple, moins énervant que les vocalises d’une diva. Cesaria Evora n’a rien d’une diva mais elle a les pieds nus de ces femmes du peuple qui font la navette entre le puits et le village, une cruche sous le bras ou sur la tête. Comme elles, elle voyage inlassablement entre la source traditionnelle de Saint Vincent et le monde entier, sans perdre une goutte de cette eau limpide dont elle nous abreuve. Ici et là, le vent dépose à la surface du récipient quelques scories, quelques poussières qui se diluent sans réellement altérer le goût. Cize est une porteuse de tradition, elle a cette voix inaltérable, toujours jeune et terriblement mature, une voix sans âge, ancestrale et nouvelle, taquine et grave, sucrée-salée. Rien ne sert de lui coller une image de diva ou un âge quelconque, c’est la tradition qui passe, digne, résistante, presque impertinente. Il faut l’écouter aller et venir comme un ressac, régulière comme une marée. Un clapotis de cordes, sans fissures, lisse, calme, ondulant légèrement; un piano qui s’en vient caboter par dessus, ronronnant, rythmant les flots musicaux : une musique qui tangue, légère. Et cette voix qui plane, volant sur ces flots de musique qu’elle rase sans jamais sembler les toucher. Une voix indépendante qui se suffit à elle-même au risque de ridiculiser les arrangeurs les plus inventifs. Coupez la musique, la voix continue de virevolter avec cette souplesse, cette aisance délicate, elle n’a point besoin de musiciens; elle se nourrit essentiellement des paroles de ces mornas et coladeiras avec lesquelles elle partage son île et son océan. Cesaria Evora a ancré son âme à Mindelo tandis que sa voix se promène libre sur la planète, mais elle revient toujours à son port d’attache, se poser parmi les siens, loin du monde agité.

Cesaria aime les rencontres entre sa tradition et celles de Cuba ou du Brésil; elle a ces musiques au fond de sa cruche et les chante à sa manière, bien au-dessus des flots, toujours libre. Si l’on regrette parfois la simplicité des premiers disques, cette rondeur suave des cordes de guitare et cavaquinho juste soulevées par un piano, une simplicité qui fait parfois place à une surcharge de violons ou de cuivres cubains, c’est cependant encore et toujours la voix qui nous emporte, à en oublier la musique.

Pour la chanteuse, une bonne morna est une chanson qu’elle sent en elle, qu’elle chante de l’intérieur, tant musicalement que poétiquement. Elle a donc fait confiance à ces auteurs qui l’accompagnent depuis longtemps : Teofilo Chantre, Manuel De Novas, Pedro Rodriguez… Leur propos reste celui de Cesaria : chanter son pays, chanter les siens, embrasser sa terre, avec cette nostalgie typique que les Cap-Verdiens expriment à leur manière. Une nostalgie que Cesaria définit encore par le terme sodade : un mélange de joie et de tristesse, de bonheur et de malheur, un coktail de sentiments propres à ces pays où l’horizon est à la fenêtre et voit les gens partir et revenir…


Cesaria Evora :

Teofilo Chantre :

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Outre la morna et la coladeira, l’expression cap-verdienne actuelle a développé une modernisation d’un style ancien, le funana, musique traditionnellement chantée et dansée, jouée avec un accordéon et une percussion faite d’un couteau raclé sur une barre de fer. Le style est originaire de l’île de Santiago où il était pratiqué dans le cadre de rituels. Sur ces rythmes traditionnels, s’est petit à petit créée une musique moderne, électrifiée. Le funana devient alors une des expressions majeures du Cap-Vert, au même titre que morna et coladeira. Le groupe Finaçon en développe alors la version la plus moderne. Ils mélangent allègrement les genres tels que funana et coladeira (ils appellent ce style funacola).

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