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Le Nigeria, le Bénin et les Yoruba

 

Les Yoruba sont un ensemble d’une trentaine de groupes vivant au Nigeria et au Bénin principalement mais également, suite à des migrations, au Togo et au Ghana.

La religion traditionnelle a toujours été essentielle pour ce peuple, elle est connue mondialement dans la mesure où le culte des orishas ou esprits fondateurs a suivi les esclaves et a donné naissance à des pratiques similaires en plusieurs communautés afro-américaines.

Les Yoruba du Bénin et du Nigeria ont un ensemble complexe de cultes de possession. Les musiques des plus importants de ces rites sont jouées sur un groupe de tambours appelé bata. Celui-ci se divise en général en deux sections. L’une fournit la structure, le support, maintenu tout au long d’une seule pièce musicale. La seconde section est jouée par un tambour (la mère) qui joue en solo, en interaction avec le support. Un autre tambour peut servir de lien, de connexion entre les deux sections. Le nombre de tambours composant un ensemble bata peut varier selon les endroits et les circonstances (de trois à cinq en général). Les bata jouent les musiques des cultes Shango et Egungun. Ce dernier est un culte des ancêtres très pratiqué, notamment durant les funérailles, pour symboliser la résurrection du défunt. Egungun est le lien entre le mort et les vivants. Shango représente le tonnerre. Il se manifeste durant des cérémonies, en prenant possession des mediums qui l’ont préalablement choisi comme étant leur orisha. Les rythmes vont crescendo pour que la danse soit de plus en plus frénétique et que l’esprit se manifeste.

Il est intéressant de comparer avec le culte vodun des Gun et Fon du Bénin. C’est un culte voisin, les orishas des uns étant l’équivalent des vodun des autres. Il existe plusieurs catégories ou familles dans le panthéon vodun. Les médiums suivent un enseignement au cours duquel ils apprennent des chants et danses liés à la divinité qui concerne chacun d’eux. La plupart des musiques ont dès lors une fonction spirituelle liée directement à ces cultes. Les séances, qui peuvent être très longues, sont jouées sur diverses percussions menées par une cloche gan et chantées par un chanteur leader et un chœur. Différents cortèges et cérémonies existent, avec parfois l’intervention de trompes en cornes. Certains mènent à des séances de possession avec transes des initiés. D’autres font partie d’un ensemble complexe de rites liés au culte vodun dans son ensemble, en ce compris les cérémonies funéraires où le devin vient communiquer aux familles ce que les divinités ou leurs intercesseurs ont à révéler


La culture yoruba est également riche en jeux de tambours (certains étant essentiels pour les musiques rituelles) et en musiques modernisées mais basées sur les traditions ancestrales

Parmi les styles traditionnels qui ont joué un rôle déterminant dans le développement et l’avènement de musiques nouvelles, on peut citer l’apala et le waka. Le premier est une musique traditionnelle du nord du Nigeria, née parmi les communautés yoruba converties à l’Islam. Cette musique existe depuis les années 40, mélangeant les rythmes yoruba et les musiques d’origine islamique. Certains chanteurs ont eu un immense succès avec des chansons distillant des préceptes moraux et des proverbes typiquement africains. Haruna Ishola a lancé le nom de cette musique en créant le Apala Band. Le waka est une musique chantée par les femmes du Nigeria sur accompagnement de percussions jouées par les hommes. Outre les percussions, il arrive que le lamellophone agidigbo fasse partie des instruments du waka. C’est une musique des Yoruba islamisés et elle est souvent chantée dans un contexte en partie religieux (funérailles ou mariages).


La musique juju est une musique yoruba moderne. Le style est né à Lagos, dans les années 30, musique cosmopolite issue de la rencontre de populations d’origines diverses (y compris anciens esclaves du Brésil et de Cuba) venues travailler dans cette ville portuaire. Le terme juju pourrait venir de la langue yoruba (langue tonale) et désigner les mouvements du tambourin lancé dans les airs et rattrapé par le musicien. Après la Deuxième Guerre mondiale, quelques changements importants transforment le genre : l’introduction du tambour yoruba en forme de sablier, l’électrification de la guitare, l’arrivée du marché du disque avec ses nouvelles influences. La musique juju devient spécifiquement yoruba, jusqu’à véhiculer un certain nationalisme et servir les candidats politiques. Les groupes s’élargissent à huit ou dix musiciens et jouent une musique de danse où l’on retrouve les rythmes yoruba, des influences latines, des influences de la country (la pedal steel guitar dans certains grands groupes), des airs venus d’hymnes chrétiens et d’autres influences européennes et latino (l’accordéon chez I.K. Dairo). Les chants sont souvent des chants en l’honneur de la tradition ou en hommage à des dignitaires. Beaucoup de chanteurs ont traité de la guerre civile et de la situation politique et économique. Les années 70 et 80 ont vu la musique juju se développer encore dans les mains de deux super stars du style, Chief Commander Ebenezer Obey et King Sunny Ade et de leurs groupes où les guitares se multiplient en nombre. Le fuji est une évolution de la musique juju. C’est une musique qui revient plus aux sources, délaissant les guitares électriques. Les prémisses du genre remontent aux années 60. Un style de danse fut alors créé à partir d’éléments venant des musiques apala et sakara. Basé sur les percussions yoruba et le tambourin sakara, le style s’impose surtout à la fin des années 80, supplantant la musique juju. Sikiru Ayinde Barrister en est le musicien le plus connu. Petit à petit, bien sûr, le fuji a évolué, notamment avec l’apport d’autres instruments tels que les guitares hawaïennes et le développement de grands orchestres aux percussions multiples.


Quant à l’afro-beat, il est essentiellement lié à son créateur, Fela Anikulapo Kuti, Nigérian d’origine yoruba. Il créa une musique moderne, dynamique et engagée, reprenant des schémas de chants à réponses africains dans un contexte musical épais aux emprunts venant de la musique soul, du jazz et de la musique highlife. On y entend guitares, claviers, basse, batterie, percussions, cuivres, chœurs féminins, ensemble sur lequel évoluent des danseurs. Kuti dénonce les corruptions politiques, le jeu des grandes puissances, la condition des pays dits «sous-développés»; dès les années 70, il fait de l’afro-beat la musique de l’anti-establishment au Nigeria, ce qui lui vaudra d’innombrables ennuis. Il fut un des chanteurs les plus engagés, les plus dérangeants et les plus controversés d’Afrique. Après son décès en 1997, Femi Kuti, son fils, a repris le flambeau.