Bien avant les musiques et les chants des artistes africains médiatisés aujourd’hui, l’Afrique, quelle qu’elle soit, a toujours pratiqué un ensemble d’expressions liées au quotidien, aux saisons, au cycle de la vie et à toutes les manifestations sociales, sacrées, rituelles et cérémonielles d’une vie en société. Ces musiques ne peuvent pas, ne doivent pas être oubliées. Elles sont les témoignages indispensables d’une diversité culturelle d’une extrême richesse. Elles sont les balises essentielles de l’histoire des musiques, de toutes les musiques, et de leurs évolutions respectives. Elles sont les traces de l’inventivité et de la créativité humaines. Comment les approcher sinon en faisant confiance à une discographie mine de rien écrasante mais écrasée par le marché du disque de consommation. Pourtant ces dizaines de disques incroyables, enregistrements de terrain, sont là pour nous rappeler qu’avant de devenir une mode, les musiques du monde intéressaient déjà les preneurs de sons, les universitaires, les chercheurs, mais aussi les producteurs de disques et donc les amateurs de musiques, les vrais, ceux qui osent prendre le risque d’écouter, d’apprendre et de comprendre, alimentés par une saine curiosité.
Ces disques sont présents dans les collections de la Médiathèque
et s’attachent souvent à présenter les musiques traditionnelles
de peuples précis. Ceux-ci sont plus nombreux qu’on le croit à
avoir été enregistrés et la meilleure façon de s’en
rendre compte est d’en dresser une liste non exhaustive, un peu sommaire
sans doute, mais qui a au moins le mérite d’apporter un éclairage
favorable sur cette diversité de peuples et d’expressions.
Les Akan constituent un ensemble de peuples vivant en forêt, ou en lisière
de celle-ci, au Ghana et au sud-est de la Côte-d’Ivoire. Dans ce
dernier pays, ils se divisent en plusieurs groupes parmi lesquels les Baoulé,
tandis qu’au Ghana, ils comprennent notamment les Ashanti et les Fanti.
La plupart de ces peuples connaissent encore la royauté. Ils vivent de
culture et d’élevage. Les Baoulé cultivent notamment cacao
et café.
Les Dagomba ou Dagbamba vivent au nord du Ghana dans une zone de savane où
ils sont essentiellement fermiers. Leur musique est centrée sur un rôle
social important accordé aux ensembles de percussions d’une complexité
rythmique étonnante. Ce sont des musiques qui rendent hommage à
diverses personnes, en général de grands noms de l’histoire
du peuple. Ces musiques se jouent sur un ensemble de tambours d’appels
(lunga) de tailles diverses et sur des tambours basse (gungon). Des variantes
existent, hiérarchiquement moins importantes que les jeux de tambours
mais exerçant la même fonction sociale; il s’agit alors de
jeu de vièle à une corde pour accompagner des chants de louanges
ou des proverbes et conseils.
Les Dan sont des agriculteurs et éleveurs du centre-ouest de la Côte d’Ivoire, du Liberia et de Guinée. Ils font partie de la branche sud des Mandingues, au même titre que les Gouro. Leur société est riche en traditions musicales fonctionnelles. Parmi celles-ci, les pratiques liées à la sortie des masques sont de grande importance.
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Les Diola sont agriculteurs, éleveurs et pêcheurs des rives du Casamance au sud du Sénégal. Leurs musiques sont directement liées à cette vie sur la terre. Ils connaissent de grands rituels de fécondité en relation directe avec les récoltes.
Les Dogons vivent au sud du Mali, en zone sahélienne. Agriculteurs, ils
vivent sous l’autorité d’un chef politique et religieux.
Leur vie est encore très ritualisée et la société
des masques joue un rôle important dans la socialisation du sacré,
notamment lors des cérémonies funéraires. Le dama se tient
tous les deux ou trois ans, lorsque plusieurs personnes sont mortes. Il sert
à faciliter le départ des âmes. Toute une série de
masques interviennent avec chacun sa symbolique et sa chorégraphie parfois
très acrobatique. Ils sont accompagnés de voix et de percussions
(tambours cylindriques et tambours d’aisselles). Le rythme est différent
pour chacun des masques représentant des animaux, des personnages ou
des manifestations des esprits ou du cosmos.
Les Dogons pratiquent également un long rite de plusieurs jours, le bulu, lié au cycle agraire. Les cultivateurs reçoivent des dons symboliques, des épis, qui représentent les forces du mil, indispensables aux futurs semis et récoltes. On joue alors tambours, sifflets et flûtes, on chante et on danse.
Les Ewé (ou Evhé) vivent au Togo, Ghana, Bénin et Nigeria. Ils sont cultivateurs, artisans, pêcheurs. Ils ont beaucoup vécu du commerce du sel (qu’ils extraient eux-mêmes) et de celui des esclaves. Ils ont des croyances proches de celles des Yoruba avec des cultes rendus aux divinités comme dans le vodun.
Les Fon sont des cultivateurs du sud du Bénin et du Togo. Ils se divisent
en plusieurs sous-groupes parmi lesquels les Mahi. Les Fon proprement dits sont
assez proches des Yoruba, notamment par la pratique du culte vodun. Voir texte
«Le Nigeria, le Bénin et les Yoruba».
Au sud du Burkina Faso, vivent les Gan ou Kaaba, population venue du Ghana il
y a plusieurs siècles et réduite aujourd’hui à quelque
10.000 personnes. Organisés autour d’une royauté et des
activités, ils pratiquent culture et élevage dans une zone de
savane arborée. Leurs musiques sont extrêmement riches, aussi diversifiées
que le sont leurs activités. On y entend de nombreuses polyphonies vocales
et un riche instrumentarium parmi lequel des tambours parlants. Ces traditions
et leurs évolutions les plus récentes ont été très
bien documentées par Patrick Kersalé dans deux disques qui méritent
une attention particulière.
Les Haoussa sont un des principaux peuples du Nigeria. Ils vivent également
au Niger. Leurs occupations sont partagées entre agriculture et élevage
dans les savanes et plaines et artisanat ou commerce dans les villes. Ils connaissent
également la fonction de griot.
Les Kpelle qui parlent une langue mandingue vivent essentiellement au Liberia.
Une partie d’entre eux, les Guerzé habitent les forêts entre
la Guinée, la Côte-d’Ivoire et le Liberia. Ils vivent essentiellement
de cultures et cueillette. Ils pratiquent de riches polyphonies chantées
notamment à l’occasion de rituels très complexes.
Le terme Kru désigne les Krumen, habitants des régions côtières
de Côte-d’Ivoire, mais aussi un ensemble de populations de la Côte-d’Ivoire
et du Liberia, parmi lesquels, notamment, les Kru du Liberia, les Guéré
ou Wé de Côte-d’Ivoire et les Bété du même
pays.
Les Lobi vivent au nord-ouest de la Côte-d’Ivoire et au sud-ouest du Burkina Faso, en région de savane. Ils sont originaires du Ghana et vivent essentiellement d’agriculture. Le culte des ancêtres est essentiel et les funérailles sont des événements particulièrement importants, ritualisés en deux phases appelées premières et secondes funérailles. Les xylophones sont systématiquement joués à ces cérémonies. Les musiciens sont des personnes initiées, respectées, détenant un pouvoir quasi mythique. Aux funérailles, les formules rythmiques sont jouées au tambour bembe et le xylophone joue des motifs polyphoniques tandis que le musicien chante des références au quotidien ou à la vie du défunt. Parfois, il traduit en musique, via le xylophone, ce qu’un proche du défunt vient dire devant le musicien. Ce jeu de xylophone et les musiques funéraires ont inspiré certains musiciens occidentaux qui se sont rendus en Afrique pour apprendre auprès de maîtres Lobi. Ce fut le cas du percussionniste suédois Bengt Berger qui étudia avec Kakraba Lobi.
Les Mandingues sont un ensemble de populations, estimées à plus de quinze millions, vivant essentiellement au Mali, en Gambie, au Sénégal, en Côte-d’Ivoire, en Guinée, en Sierra Leone et au Liberia. On les appelle Malinké en Côte-d’Ivoire et en Guinée, Mandinka ou Maninka au Mali, Mendé en Sierra Leone, Mandingo au Sénégal. De nombreuses branches portent des noms différents, comme par exemple les Vai au Liberia.
Les Maures vivent au Mali, en Mauritanie et dans le Sahara-Occidental. Ils sont
éleveurs nomades vivant dans le Sahara et le Sahel occidental et central.
Voir le
chapitre sur la Mauritanie.
Les Peul ou Fulbe vivent en zone de savane dans tous les pays d’Afrique de l’Ouest. Ils se divisent en quatre clans et en de nombreux sous-groupes. Certains sont citadins tandis que d’autres continuent de nomader avec leurs troupeaux. Les musiques de ces derniers ont encore des liens étroits avec cette vie d’éleveur.
Au Burkina Faso, ils chantent le doohi, sorte de chant social, collectif, bourdonnant et guttural, réparti en deux groupes formant deux voix qui émettent des sons sans signification. Il s’agit d’une musique de divertissement à laquelle prend part tout adolescent qui le désire dès la mue vocale. Etant une technique d’endurance et de puissance, le doohi apparaît dès lors comme une épreuve de virilité liée au cycle de la vie des pasteurs. Ces sons répétés viennent sans doute d’imitations des animaux avec lesquels ils vivent en symbiose, soit les boeufs, soit les crapauds vivant autour des points d’eau.
Les Peul Wodaabe ou Bororo, quant à eux, connaissent encore des rassemblements annuels où se célèbrent divers événements, tels que mariages, naissances et initiations. À cette occasion, les hommes se maquillent et se parent pour rivaliser de beauté. Ils pratiquent ensuite, plusieurs nuits d’affilée, différentes danses en ligne, sur un seul rang. Ils roulent les yeux et les écarquillent, ils montrent leurs dents blanches et tournent la tête en tous sens en offrant de larges sourires. Ils ondulent légèrement, s’avancent l’un après l’autre, font tinter les clochettes fixées à leurs chevilles, le but étant de se mettre en valeur, pour que les femmes présentes dans l’assemblée choisissent les plus beaux d’entre eux. C’est un système complexe et propre aux Wodaabe, leur permettant des liaisons libres et exogames suite à ces danses, système destiné à maintenir l’unification tribale.
Eleveurs, agriculteurs et pêcheurs, les Songhaï vivent au Mali et au Niger. Leur société actuelle doit beaucoup aux nombreux métissages de peuples et de cultures qui ont contribué à la façonner. Les musiques demeurent essentielles et les griots jouent leur rôle.
On a vu dans la publication «Africalia I. L’Afrique du Nord»
que les Touareg sont déjà présents sur les territoires
d’Algérie et de Libye. Ils sont également nombreux au Niger
et au Mali, pays qu’ils ont parfois dû fuir suite à de violentes
répressions après leurs revendications autonomistes ou simplement
humaines.
Ils sont encore éleveurs nomades, issus de populations berbères venues vers le Sahara au départ du Maroc et de la Libye.
La femme joue un rôle important au sein des expressions musicales touarègues. Elle chante, joue le tambour tindé et la vièle monocorde imzad. Celle-ci accompagne une poésie chantée qui ne porte pas de nom précis commun aux différents groupes touaregs (on dit parfois tesâwit dans les régions du sud). Souvent, la musicienne accompagne de son jeu le chant d’un homme. Elle peut aussi jouer la mélodie en solo ou encore chanter elle-même. Elle peut encore composer ou improviser de nouvelles pièces accompagnées des battements de mains de l’assistance. On connaît peu de joueuses d’imzad aujourd’hui.
Le tindé est un mortier à piler le grain. Lorsqu’il est couvert d’une peau de chèvre, il peut servir de percussion. Il accompagne un genre musical touareg appelé aussi tindé. Le tindé est chant, danse et rassemblement à dimension musicale. Il est exécuté par une soliste qui chante une forme poétique traitant des héros, de hauts faits de guerre, de la valeur des femmes. Parfois, il s’agit de chants de séduction et d’envoûtement exécutés pendant les parades des chameaux qui tournent autour des femmes exécutant le tindé. Un choeur d’hommes et de femmes répond à la soliste et frappe des mains. Le tindé anime de grands rassemblements, la parade de chameaux ou les réunions de séduction. Le tindé nomnas est constitué de chants de louanges essentiellement; le tindé n’gouma est lié à la possession, il comprend des chants d’exorcisme.
Les hommes jouent le teherdent, un luth à trois cordes qui est l’instrument
des griots aggouten, poètes et conteurs. Teherdent est aujourd’hui
l’appellation d’un style de chant masculin très répandu
dans les régions touarègues du sud mais également en Algérie.
Le chanteur s’accompagne sur ce luth (parfois à la guitare depuis
peu) auquel se joignent les battements de mains de l’assistance. Le teherdent
est un genre qui s’est urbanisé. On y chante encore l’histoire,
les héros du passé et leurs combats, mais aussi le présent,
l’exil, les changements de société.
Les Senoufo vivent essentiellement d’agriculture sur des territoires répartis entre le Mali, le Burkina Faso et le Ghana. Ils sont divisés en nombreux sous-groupes, parmi lesquels les Fodonon qui ont un ensemble très complexe de musiques liées aux funérailles et comprenant divers types d’expressions parmi lesquelles musiques et danses de masques jouent un rôle essentiel. Ceux-ci sont liés aux sociétés secrètes et ont des rôles précis variant selon le type de funérailles (homme ou femme).
Peuple de Gambie et du Sénégal, les Wolof vivent en zone sahélo-soudanienne et s’adonnent à l’agriculture, l’élevage et la pêche. Leur langue est la langue nationale du Sénégal. Ils connaissent les castes de griots (gewel) et des jeux de percussions importants.
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Voir le texte: «Le
Nigeria, le Bénin et les Yoruba».
" Le Discobus 3 n'a pu circuler ce dimanche 12/2 et est en réparation ce lundi 13/2 : pas de stationnement à Ath, Antoing, Leuze et probablement Mouscron . .
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