Découvrir

Un monde de chanteuses, un univers de chanteurs.

 

On l’a vu, les djelimousso ont un rôle important, elles exercent une tâche ancestrale sans cesse redynamisée dans un monde en constante évolution. Elles sont la voix d’une Afrique que rien ne fige. Mais on constate vite, à l’écoute de la chanson africaine, qu’il n’est guère besoin d’appartenir à la caste des chanteuses professionnelles pour s’exprimer haut et fort.

Dans le Wassoulou, au sud-est du Mali, depuis une trentaine d’années, de nombreuses chanteuses se sont imposées avec un style mélangeant les traditions des Mandingues et des Peuls. Elles ont travaillé avec des musiciens qui ont osé étoffer les ensembles traditionnels à l’aide d’instruments venus d’Occident, sans pour autant dénaturer la musique africaine. Ces chanteuses ont aussi, surtout, osé s’imposer comme chanteuses engagées, chroniqueuses de la vie quotidienne africaine, combattantes féministes. Oumou Sangaré, une de ces grandes chanteuses, le dit elle-même, «les femmes du Wassoulou prennent plus de liberté que celles des autres régions du Mali». Le style de ces chanteuses, qui ne sont pas nécessairement des griotes, est connu de par le monde comme étant le style wassoulou.

Et les chanteuses de Guinée :


Sur une base traditionnelle, une chanteuse comme Nahawa Doumbia a créé une chanson qui s’inspire également des traditions du Wassoulou. Elle a fait du rythme didadi une musique de chanson moderne engagée, prenant notamment la défense des sans-papiers.


D’autres suivent un tracé très personnel mais aux multiples racines traditionnelles. On pense particulièrement à Rokia Traore dont les deux disques méritent une écoute attentive.


De la même manière, on peut insister sur le fait que la région regorge de grands chanteurs et de groupes essentiels dont la plupart sont nés ou ont été forgés dans la foulée d’un élan créatif important en Guinée et au Mali. Lorsque Sékou Touré prit le pouvoir en Guinée en 1958, il créa deux mouvements importants. Celui des ballets africains et celui d’orchestres modernes représentant la nation ou ses régions. Guitares, cuivres et chants créèrent l’essentiel de cette nouvelle musique. Nouvelle certes mais profondément ancrée dans les traditions malinké, dans les épopées anciennes, dans un chant africain qui a cependant osé chercher des éléments jazz ou cubains et des textes en français. C’est notamment le fameux Bembeya Jazz National, les Amazones de Guinée ou encore Balla et ses Balladins.

Quant aux ballets africains, ils remontent à 1947. Keita Fodeba fonde alors l’ensemble Fodeba-Facelli-Mouangue qui deviendra ensuite les Ballets Africains puis le Ballet National de la République de Guinée, sous le régime de Sékou Touré. Fodeba et sa troupe devinrent de véritables ambassadeurs de la culture d’Afrique occidentale. Le travail des ballets peut être considéré comme un travail essentiel tant sur la recherche des traditions que sur leur mise en valeur et leur diffusion devant un large public. On y découvre des extraits de l’épopée mandingue et de l’histoire du balafon, mais aussi des musiques liées aux rites d’initiation et aux préceptes moraux et codes de conduite de la société mandingue. On y entend percussions, balafon, kora, flûtes, harpe bolon… Le répertoire couvre tout le territoire guinéen, ne se limitant pas aux traditions mandingues. Beaucoup de troupes se sont créées dans la foulée, inspirées par l’expérience, voire même à partir de musiciens formés au sein des ballets guinéens. On peut citer l’Ensemble National des Percussions de Guinée, puis des groupes plus restreints comme Wofa, mais encore d’autres Ballets travaillant sur une formule identique en d’autres pays africains.

Au Mali, le gouvernement socialiste des années 50 avait également créé des orchestres modernes, comparables à ceux de Guinée, représentant les cultures nationales et régionales. Ils sont devenus d’autant plus célèbres qu’ils ont fait éclore des carrières personnelles de grande importance. C’est ainsi que Salif Keita et Mory Kante ont fait partie du Rail Band du buffet de la gare de Bamako. Quant au formidable guitariste Mama Sissoko, il fit partie du groupe Super Biton de Ségou.

Au Sénégal, la chanson a pris une importance nouvelle également, s’éclatant entre plusieurs styles mais en continuant de puiser aux sources traditionnelles. Le mbalax est un rythme wolof joué sur le tambour mbung mbung et les sabar. Des musiciens l’ont modernisé en confiant certaines parties du jeu aux guitares et claviers. Ils y ajoutèrent des éléments venant du jazz, de la soul, voire du zouk. Ils adaptèrent leurs textes aux préoccupations du moment et une nouvelle chanson sénégalaise était née, dont les principaux protagonistes sont le groupe Xalam et Youssou N’Dour. Le genre est devenu célèbre dans les années 80, désignant de manière générique la nouvelle musique sénégalaise.

D’autres chanteurs sénégalais créent leur style, souvent typique, emprunt de diverses influences mais néanmoins très personnel. C’est le cas de Baaba Maal, excellent chanteur et guitariste d’origine Toucouleur. Ce non-griot n’hésite cependant pas à faire revivre par sa voix et sa guitare certaines pièces du répertoire des djeli. Il donne à cette nouvelle chanson sénégalaise ses plus belles pages acoustiques, notamment avec son comparse Mansour Seck. Il sera moins efficace dans certains débordements électriques. On peut en dire autant du groupe Toure Kunda, capable d’une chanson très africaine, tout en souplesse et en finesse, juste appuyée de guitares acoustiques et de percussions intelligentes, mais capable aussi d’une chanson pop se noyant dans les recettes musicales internationales. Il ne faut pas oublier non plus l’important mouvement sénégalais qui s’est inspiré de musiques cubaines et de rumba. Une chanson juteuse, chaloupée, cuivrée, souvent soutenue par de très bons orchestres comme Baobab ou le très actuel Africando.

Erreur : Référence incorrecte (Attention aux espaces !)


Pour le Sénégal :