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Chopin n’a cessé de vivre. A vérifier en Médiathèque.

 

 

Si l’œuvre formelle de Frédéric Chopin est close en fonction du nombre d’opus connus officiellement, rendant compte de son activité de créateur au moment de sa mort, « ce que Chopin signifie aujourd’hui » n’a cessé d’évoluer, de s’altérer, de se complexifier au gré des utilisations qui sont faites de ses compositions. La contemporanéité de Chopin s’évalue au départ de l’immense travail d’interprétation qui n’a cessé, après sa mort, d’interroger sa musique, de la répandre, de la transformer soit directement par des partis pris de lecture et d’exécution de ce qui est écrit sur la partition, soit indirectement par les multiples jeux d’influences dont les cercles s’élargissent au fil des modes, des croisements avec l’évolution d’autres champs musicaux annexes et qui n’étaient pas prévisibles à l’époque où composait Chopin.
Dans le film de Bruno Monsaingeon, « Piotr Anderszewski, voyageur intranquille », le brillant virtuose s’amuse à écorcher l’idole en soulignant ici combien « c’est de la musique de macaroni », là « à quel point c’est au niveau le plus bas de la variété française ». Mais, je vous rassure, c’est pour mieux tendre l’oreille (la sienne, la nôtre) vers d’autres moments où la génialité reste stupéfiante, pleine de grâce, inexplicable. Toujours est-il qu’à l’époque de Chopin, la variété française dont il est question n’existait pas en tant que telle. Quelque part, en glissant sur ce terrain mélodique « facile », populaire, le compositeur incorporait de la narrativité sentimentale peu courante dans la musique classique. Prémisse d’une certaine forme de modernité par sa perméabilité aux discours des sens.
Toujours est-il que la contemporanéité de Chopin se mesure notamment à la quantité impressionnante d’enregistrements qui restituent chacun, à leur manière, une certaine fidélité à l’œuvre, des formes de liberté par rapport à l’écriture, en tout cas, dans la recherche de respect à l’esprit de Chopin, chaque enregistrement livre aussi une vision personnelle, subjective de Chopin. Il y a ainsi un élargissement significatif de l’entité Chopin.

Une institution comme la Médiathèque, dédiée à la lecture publique musicale, a vocation de conserver la mémoire de cet élargissement, par la discographie, de l’univers musical des compositeurs. Notre collection rassemble en CD six cents enregistrements différents. Et nous conservons encore plus de cent vingt microsillons qui, en principe, n’ont pas été réédités en CD. Cette entité représente les points de vue sur Chopin de six cent seize pianistes différents. Toutes les informations sur ce catalogue musical sont encodées dans notre base de donnée. Il y a là, forcément, un outil de médiation idéal pour accéder à l’œuvre de Chopin, pour y dénicher les incontournables, les tournants, pour mesurer l’apport des interprètes, comment, depuis que l’enregistrement existe, ils ont travaillé à garder Chopin pleinement vivant, parmi nous. Nous avons enrichi cet outil de médiation et l’avons doté de clefs d’entrée critiques et de conseils d’écoute pour qu’il soit plus performant et accessible, et plus utile tant pour les initiés et les chercheurs que pour le grand public voire les néophytes : on peut maintenant indiquer les œuvres essentielles, recommander des choix parmi les interprètes « historiques », signaler les interprètes récents qui s’illustrent par un regard particulièrement neuf, insérer du rédactionnel, des informations qui puissent servir de guides.
La composition d’une grille de mots-clefs diversifiés permet de pénétrer l’œuvre de Chopin selon des thématiques différentes, chacune éclairant la personnalité et le rayonnement du compositeur.
Des compilations d’extraits musicaux, à écouter en streaming sur le site de la Médiathèque, font office d’éléments d’analyse de l’œuvre, terrain d’approche, structure d’écoute, repérage de l’ampleur de l’œuvre et outil d’initiation. Parce que nous sommes convaincus que le média physique reste un outil de connaissance important, la discographie physique sera présentée dans nos médiathèques, scénographiée selon les mêmes mots-clefs et appareil de conseil. Nous avons aussi prospecté l’influence de Chopin dans le non-classique et nous sommes attachés, dans notre travail de médiation quotidienne, sur notre site et via les médiathèques, à combattre certains clichés qui l’enferment dans le stéréotype parfois fade, ou pauvrement clinquant, du romantisme.

Pierre Hemptinne
Directeur des Collections de la Médiathèque