Des propos recueillis par Benoit Tilkens.
Tu nous avais rendu visite à la médiathèque de Liège début juin l’année passée, pendant la tournée pour la sortie de l’album Notre silence. Quelles nouvelles depuis lors ?
Ça se passe très bien. Il y a eu beaucoup de concerts depuis l’an dernier, grâce au succès qu’a eu le disque. J’aime beaucoup les concerts, les tournées. L’accueil du public est bon en général.
Le disque a provoqué comme un effet boule de neige:d’abord sur internet, ensuite dans les médias. Le bouche à oreille à fonctionné dès la sortie du disque au mois de juin.
Il y a donc eu beaucoup de beaux concerts: en France, en Belgique… On va en Suisse au mois de mai. Et on retourne fin de l’année en Espagne. On part aussi en Italie en juin, jouer sur un festival à la Villa Medicis.
J’ai eu l’occasion de te voir lors de ton concert à Liège l’année passée et l’énergie que vous dégagiez m’avait vraiment marqué – vous êtes quand même en formule duo guitare-chant et batterie - , c’était vraiment très impressionnant de puissance. Le jeu de ton batteur, Patrice Carlier m’a rappelé la batterie sur certains albums de Shellac, entre autres, le dernier album de Shellac où je trouve qu’à la fois le son et le jeu de batterie sont très puissants et en même temps presque acoustiques.
Ce n’est pas vraiment surprenant puisque c’est une référence assez importante pour nous Shellac mais également d’autres groupes qui sont aussi dans cette veine-là. Effectivement, il y a de ça. L’album prend aussi une puissance supplémentaire sur scène de par l’aspect live par rapport à une écoute album qui est beaucoup plus feutrée.
Pour le moment, tu es en tournée. Mais quels sont tes projets pour la suite ? Je mets un pluriel à projets parce qu’il me semble que tu as l’habitude de travailler en parallèle sur différents projets.
Pour l’instant, je travaille sur un prochain album mais j’ai un peu arrêté tous mes projets parallèles. La seule chose sur laquelle je travaille encore, c’est le travail que je fais avec Béatrice Utrilla qui est vidéaste, photographe. On travaille ensemble sur de la vidéo. Moi, je travaille sur le son et les textes. On commence à faire ce dont on rêvait depuis un petit moment: de la performance live tous les deux, moi avec ma guitare et elle avec ses images.
Aux mois de mai et juin, nous ferons deux performances dans le cadre de la sortie d’un DVD consacré à ses travaux, dont certains que nous avons réalisés ensemble.
Pour le reste, j’ai vraiment envie de me concentrer sur mes chansons et mes disques.
Et la sortie de ce nouvel album est prévue pour quand ?
Pour 2013. Je ne sais pas trop quand, j’ai commencé à écrire et je ne me fixe pas vraiment de date… Quand j’aurai un bon disque, je l’enregistrerai et je le sortirai. Pour l’instant, j’ai deux, trois chansons écrites. Je suis en train de débroussailler pour trouver une direction qui ne sera pas forcément très éloignée de Notre silence mais de nombreuses choses doivent encore être mises en place et surtout il faut écrire des chansons.
Tu vas jouer à l’occasion de la Fête de la musique à la médiathèque de Namur… Il existe un réseau important de bibliothèques-médiathèques en France. Ces lieux ont-ils été des lieurs de découverte dans ton adolescence ou même encore aujourd’hui ?
Oui, bien sûr. À Toulouse, une très grande médiathèque s’est ouverte il y a une dizaine d’années. Un lieu incroyable où sont conservés un nombre impressionnant de disques, de films de livres... J’ai aimé fouiller dans les bacs à disques, dans les bacs à DVD, dans les rangées de livres… Les médiathèques sont des lieux importants pour la conservation. Sur internet de nombreux blogs commençaient à remplir ce rôle-là et qui se sont malheureusement tous effondrés suite à la fermeture de Megaupload. Mais les médiathèques restent des lieux importants aussi pour diffusion de certaines œuvres. Quand on voit aujourd’hui la durée de vie d’un disque dans une succursale d’une grande marque de magasins… Heureusement qu’il y a les médiathèques.
Ça me fait penser à ce que Dominique A. disait du plaisir qu’il avait à proposer une réédition de sa discographie qui avait complètement disparu des bacs des disquaires. Des lieux comme les médiathèques permettent de laisser tout ce patrimoine accessible.
Tout à fait. Diabologum, par exemple, n’est toujours pas réédité. Aujourd’hui, on peut aller sur internet, taper « Diabologum » et télécharger toute la discographie, mais fouiller dans un bac à disques, à DVD, ce n’est pas la même chose que de surfer via son ordinateur.
As-tu aussi un côté collectionneur ?
J’ai beaucoup de livres, de DVD mais je suis plus porté sur le disque et particulièrement sur le vinyle. J’ai beaucoup, beaucoup de vinyles. Mais je me suis assagi.
Il faut de la place et il faut de l’argent. Ce n’est pas toujours évident d’avoir les deux.
Tu as démarré ta carrière début des années 90 à un moment où tant en France qu’ailleurs, il y a quand même eu pas mal de nouveaux courants qui avaient intégré toute une tradition mais qui la remettaient en phase avec ce qu’était la société à ce moment-là. Aujourd’hui, est-ce que tu suis toujours l’actualité ?
J’essaye de la suivre. Mais je n’ai plus vingt ans: j’en ai le double. Je connais déjà beaucoup de choses. J’ai déjà entendu beaucoup de disques, je suis moins facilement excitable qu’à l’époque où j’avais vingt ans. Aujourd’hui, je suis quand même assez critique. Je pense avoir malheureusement perdu une certaine fraîcheur et une certaine excitation rapide mais en même temps avoir un peu plus de discernement.
J’écoute donc beaucoup de nouveautés, certaines me plaisent mais il y en a aussi qui ne me touchent pas beaucoup parce que je trouve que les références sont trop évidentes. L’an dernier, on a beaucoup parlé du groupe hip-hop Hot (Odd) Future. Ces gamins faisaient leurs morceaux sur leurs blogs, postaient leurs albums gratuitement et sont devenus des super stars et ont été signés. Au départ, j’avais une certaine excitation à écouter mais au fur et à mesure que je découvrais leur production, je n’arrivais plus qu’à en tirer quelques morceaux par ci par là, je n’étais quand même pas aussi excité que des mecs qui avaient dix ou quinze ans de moins que moi.
Il faut dire aussi que, passé un certain âge, tu vis sur tes références. Les dix années qui ont été les plus importantes pour moi sont celles qui se sont déroulées entre la fin des années 80 et la fin des années 90. Ce sont ces dix, douze années qui m’ont construit et c’est vrai que toutes mes références proviennent de ces années-là, même si dans les années 2000 et 2010, il y a des musiques, des artistes qui m’ont marqué.