
Le 5 avril 2012 disparaissait à l'âge de 41 ans la chanteuse et photographe américaine Cynthia Dall, une artiste rare et singulière dont la carrière discographique fût intimement liée à celle du chanteur Bill Callahan. A cette époque, précisément entre 1992 et 1996, Callahan se cache toujours derrière le pseudonyme de Smog, ses chansons semblent encore décharnées et glaçantes, elles n'ont pas encore entrevue la lumière, pour cela il faudra attendre le milieu des années deux-mille. Lorsque Cynthia Dall croisa son chemin elle s'était déjà fait connaître en réalisant des photographies sous forme d'autoportraits à la Cindy Sherman pour le fanzine féministe Roller Derby, dirigé par la performeuse Lisa Carver. Sa voix unique et ensorcelante (quelque part entre Lisa Germano et Hope Sandoval) se fera entendre pour la première fois via une face B d'un 45 tours de Smog, le tourmenté et magnifique « Wine Stained Lips » en 1993. S'en suivra ça et là d'autres apparitions à peine murmurées sur le mini album Burning Kingdom et sur les albums Wild Love et The Doctor Came At Dawn. Il est pourtant difficile d'imaginer que Cynthia Dall réalisera en 1996 un disque à la beauté foudroyante, un opus qui ne porte pas de nom : Untitled, sans titre. Une pochette énigmatique illustrée par une estampe japonaise comme porte d'entrée idéale à cet univers à la rigueur contenue et au désespoir infini. Si les musiciens Jim O'Rourke et Tom Mallon ne sont pas étrangers à la cohérence du disque c'est pourtant bien le couple Dall/Callahan qui porte en lui les clés de ce dédale de mélancolie comateuse. Pour entourer cette voix, les armes sont peu nombreuses (violoncelle, légers accords dissonants à la guitare, piano minimal) mais ces différents éléments marquent les esprits de façon telle qu'il est difficile d'en sortir totalement indemne. Il est pratiquement impossible de revenir d'un tel disque, que ce soit pour l'auditeur mais aussi pour son auteur qui mettra six ans à donner une suite à cet essai trop beau pour être vrai. Sans Bill Callahan mais avec tout autant de justesse dans la démarche, Cynthia Dall reprit les choses là où elles s'étaient finies sur Untitled via la très touchante comptine russe « Krutitzuh Viertitzuh » et publia un deuxième album encore plus rachitique que le premier, le très confidentiel Sound Restores Young Men.
Depuis on était resté sans nouvelles d'elle avec le secret espoir de la voir revenir une troisième fois nous hanter avec ses chansons mélancoliques et désabusées. Selon ses proches elle était en train d'écrire cette suite qui ne devrait hélas nous parvenir qu'à titre posthume.
En attendant et pour lui rendre hommage je vous propose une sélection de titres (avec et sans Bill Callahan) assez représentatifs de son oeuvre.
Bonne écoute.
David Mennessier